patrick Valas, bienvenue de l’enfant au monde.


Document du mardi 31 mars 2015
Article mis à jour le 1er avril 2015
par  P. Valas

JPEG - 17.3 ko

bienvenue de l’enfant au monde.

La vie fœtale « autarcique » et liquidienne, de celui que dans notre rude langage psychanalytique nous nommerons « l’assujet-fœtus » :  

Le fœtus est plongé dans le liquide amniotique contenu dans ses enveloppes, nourri par osmose parce qu’il est séparé de la mère par la barrière placentaire qui est un organe de son corps propre auquel il est relié par le cordon ombilical, ses vaisseaux sanguins se complexifient en réseaux et ne communiquent pas avec ceux de la mère.
Dés la 15e semaine le fœtus connait une période de croissance importante.
En très accéléré :
De semaine en semaine tout se met en place et chaque organe commence à remplir son rôle.
Les os se développent et s’épaississent.
Les os du crâne demeurent cependant malléables ce qui facilite l’accouchement.
Ils ne sont pas soudés entre eux, les fontanelles ne se fermeront que plusieurs mois après la naissance.
Le système digestif commence à produire une substance noirâtre, le méconium, qui s’accumule dans ses intestins.
Le fœtus bouge, commence à tourner la tête, les yeux s’ouvrent.
On observe un changement notable :
Le cerveau se développe, le système nerveux central se constitue ainsi que le système nerveux périphérique qui lui est corrélé.
Rêve t’il ?
Certains l’affirment.
Les reins se développent avec l’appareil urinaire et le sexe du foetus.
S’il s’agit d’un garçon, le pénis est maintenant visible.
S’il s’agit de la fille les trompes de Fallope et l’utérus sont en place.
Le cœur travaille de façon soutenue : il pompe environ 24 litres de sang par jour et bat à environ 140 battements par minute en irrigant ce petit corps en développement.
Il commence à « respirer », « inspire » et « expire » du liquide amniotique dans ces poumons ce qui contribue à la formation des alvéoles pulmonaires.
Il bouge, donne des coups de pieds, touche le cordon ombilical, il l’agrippera, le tirera, le repoussera, etc.
Ses mains deviennent plus agiles.
Ses jambes commencent à être plus longues que ses bras.
Il bouge de plus en plus, se déplace dans l’utérus, se retourne, remue les bras et les jambes, touche ses orteils, son visage se dessine joliment , etc.
Il perçoit aussi les sons.
Un bruit intense peut le faire sursauter : tous ses membres s’étirent en réaction !
Il entend la voix de sa mère, les battements de son cœur et les bruits provenant de sa digestion, etc.
Certains sons extérieurs, lorsqu’ils sont forts ou à proximité lui parviennent, mais ils sont diffus.
Les premiers cheveux pointent doucement, avec les ongles et peu à peu le fœtus perd ce qui lui servait de protection dans l’utérus : le lanugo (duvet) et le vernix caseosa (substance visqueuse).
Son visage est bien formé.
On peut avancer que le petit d’homme pendant la gestation est un être actif, agissant sur son développement intra-utérin qui n’est pas sans donner un écho à ce qu’il perçoit du monde extérieur via sa mère.
Au bout de 9 mois il est bon pour le service.

La vie aérienne :   

Elle commence à l’accouchement au moment de la venue au monde comme nourrisson,
Pour sa « sortie » du corps de la mère, il participe activement à la manœuvre, les sages femmes et les obstétriciens le savent bien.
Le premier cri est attendu en raison de sa valeur vitale, c’est un Réel, mais aussi sa dit-mansion Symbolique.
Jusque là le fœtus à l’étroit dans sa « caverne utérine » qu’accentue son passage obligé par la gaine vaginale et les contractions de sa mère, fournit un travail de titan pour se dégager.
Aussitôt son corps « décompresse » les alvéoles pulmonaires se déploient, tandis qu’on coupe le cordon ombilical, la voie respiratoire est dégagée, l’enfant crie ce qui vide les poumons du liquide amniotique, suit une inspiration profonde les poumons se remplissent d’air pour la première fois le cycle respiratoire trouve son rythme en s’accordant avec les battements du cœur, etc.

Ce petit d’homme nouveau né, dans notre rude langage psychanalytique nous le nommerons « l’assujet-nourrisson ».

Il faut à présent quitter le terrain de la biologie pour donner sens en termes analytiques à certains phénomènes physiologiques observés ici.
D’abord affirmer catégoriquement qu’il n’y a pas de traumatisme de la naissance.
Le nourrisson est un athlète parfaitement capable de franchir les étapes successives de l’accouchement.

  • Il n’en est pas de même pour un enfant prématuré mis par nécessité vitale en couveuse.
    Les séquelles traumatiques sont non seulement d’ordre physiologiques mais aussi subjectives par carence du « nursing » qui se substitue aux soins proprement maternel.
  • Pour la mère c’est autre chose et cela dépend de sa subjectivité en ce moment crucial, surtout si elle a été obligée d’en passer par une césarienne.

Les mots de la psychanalyse :  

J’ai reconnu que dans toutes les étapes qui vont de la gestation à l’accouchement, « l’assujet-petit d’homme », n’est pas un sujet passif mais actif.
A la naissance, au moment de la coupure du cordon ombilical l’enfant est séparé du placenta subissant ainsi sa première division vitale ce qui nous autorise à donner au placenta qui est de son appartenance le statut d’objet a.
Le premier cri est vocifération qui témoigne de son humanité (ce nouveau-né est reconnu comme tel par les tous les acteurs de la salle de travail), il faut donc lui donner statut de voix comme objet petit a.
On lui donnera son nom, il le portera, il est parlêtre.
Quant à sa première inspiration d’air elle est à prendre comme l’intrusion inaugurale dans son corps de l’Autre réel, l’étranger radical.
Le vocable « d’assujet » (Lacan), veut dire que « l’enfant s’ébauche comme « assujet » ; c’est un « assujet » parce qu’il s’éprouve et se sent d’abord comme profondément assujetti au caprice de ce dont il dépend, même si ce caprice est un caprice articulé.
Ce que je vous avance est nécessité dans toute notre expérience ». JL. Les formations de l’inconscient, le 28 janvier 1958.
On peut avancer que « l’assujet » en passe d’advenir comme sujet est l’objet a « l’être de jouissance du sujet », dans la mesure où il est venu au monde comme objet dans le désir des parents.
C’est ce qui s’observe très bien chez l’enfant dans sa sensibilité, sa réaction à la présence de la mère, et très vite son articulation en un couple présence-absence.
Ceci en raison du corps à corps avec sa mère en sorte que « l’assujet » a à faire avec les subtilités de ce que comme sujet-à-venir il était déjà là dans le discours des parents et de leurs désirs, avant même que son être de corps animal ne vienne au monde.
Je parle de subtilité, parce que le corps de l’être parlant que nous sommes présente une sensibilité sensorielle particulière qui ouvre au sujet la possibilité « d’expériences de différence exquise » par la parole (Lacan), ceci en raison de l‘affinité spécifique de notre corps au langage, sans pouvoir encore en déchiffrer l’énigme.
Comment cet « assujet » va t’il s’assujettir au désir de l’Autre parental (la mère et le père) ?
« L’infans » celui qui ne parle pas encore est dans une relation de corps à corps parlé avec sa mère, qui en lui prodiguant ses soins va dialoguer avec lui par le biais de son babil.
Cette lallation relève de « lalangue privée » dite lalangue proprement maternelle, l’enfant y baigne et s’en imprègne tandis qu’elle colonise son corps en animant sa jouissance.
Elle passera à la langue comme idiome de sa contrée puis par l’acquisition de sa lexicographie et de sa grammaire elle deviendra la langue de son pays.
D’être parlé comme « infans » qu’il était, il devient parlant comme sujet ($).
Quant au père dans les premiers mois il fait ce qu’il peut.
L’étape à franchir pour y parvenir est celle du consentement à s’assujettir au « signifiant primordial ».
Lacan situe cette confrontation de l’infans au « signifiant primordial » à un âge très précoce, sans doute les quelques premières semaines et pas au-delà de 6 mois où commence le Stade du miroir.
Qu’est-ce que veut dire le « signifiant primordial » ?
Très exactement, ça ne veut rien dire.
Le « signifiant primordial » est pur non-sens, il devient en effet porteur de cette infinitisation de la valeur du sujet, non point ouverte à tous les sens mais les abolissant tous.
Ce qui est au principe de la liberté, soit l’aliénation.
Le signifiant dans l’inconscient n’est pas ouvert à tous les sens, il constitue au contraire le sujet dans sa liberté à l’égard de tous les sens ce qui permet au sujet de s’éprouver assujetti à la refente du signifiant que le détermine comme sujet divisé ($).
« C’est devant l’Autre comme lieu d’un défaut d’origine porté dans la parole en tant qu’elle pourrait répondre, c’est là qu’apparaît le « Je », premièrement comme assujetti pour désigner ce sujet, en tant que dans le discours il ne se produit jamais que divisé.
Que l’animal qui parle ne puisse s’étreindre au partenaire qu’à s’assujettir d’abord ; c’est parce qu’il a été toujours, déjà parlant, qu’en l’approche même de cette étreinte il n’y peut formuler le « Tu es » qu’à s’y tuer, qu’il autrifie le partenaire, qu’il en fait le lieu du signifiant » (JL, 11dec 1968, in D’un Autre à l’autre).

Autrement dit en premier la mère à qui l’enfant adresse sa demande en ces termes : « Je me demande ce que tu désires, pour cela je t’institue comme Ⱥ ce que tu désires, c’est-à-dire ce qui te manque lié à ce que je te suis assujetti. »

Ce signifiant primordial est celui qui concerne « le jugement d’attribution », si je lis bien le texte de Freud La dénégation (Die Verneinung), sans lequel il n’y a pas « de jugement d’existence ».
Que Freud puisse faire usage du terme de « jugement », dans ces deux cas ne veut pas dire qu’il s’agit d’un mécanisme mais bien d’une action du sujet.
Cette action l’amène à consentir à se faire instituer comme sujet divisé ($) par le signifiant, c’est-à-dire à passer par l’épreuve de la castration symbolique.
Comme je l’ai soutenu tout au long de cet essai, chacune de ses étapes relève d’une stratégie du sujet surdéterminé par le signifiant qui est déjà là et qui préside non seulement à son être mais à sa venue au monde.

Pour conclure la dénégation névrotique de la castration, son démenti pervers ou sa forclusion ne sont pas des mécanismes passivant le sujet, ce sont des stratégies.
Patrick Valas le 1e avril 2015. Work in progress.


Navigation

Articles de la rubrique