Véronique Hervouët — « Les dessous archaïques de la crise identitaire »


Document du mercredi 25 juillet 2012

par  P. Valas

Ce texte exceptionnel est publié en avant première avec l’aimable autorisation du « Cercle Aristote » et de son auteur. Il est une des plus brillantes contributions à l’ouvrage « La nation au XXIe siècle, une idée d’avenir ? » à paraître début 2010.

« Les dessous archaïques de la crise identitaire,

par Véronique Hervouët, psychanalyste »


 
Véronique Hervouët

 

Parler de la crise identitaire c’est tout d’abord la situer dans son contexte de crise généralisée : crise économique, crise de l’éducation, crise de l’enseignement, crise des institutions… On peut se douter que ces crises ne sont pas seulement concomitantes. Elles résultent et participent d’un effondrement systémique de la civilisation occidentale. Mon propos consiste à repérer la lame de fond qui l’anime.

Dans le contexte de relativisme politique et culturel que nous traversons, nous pouvons constater que nombre de mots et concepts ne fonctionnent plus comme vecteurs de sens au service de la pensée mais comme des agents de communication au service de « l’air du temps ». Je désigne par là l’idéologie distillée par le discours médiatique, constituée d’émanations inconscientes, de fantasmes, non-dits et dénégations des passages à l’acte en cours (1).

Ainsi en est-il du mot « identité », utilisé confusément pour parler de soi et des autres, à divers titres d’appartenance communautaire, notamment sexuelle, ethnique, religieuse, régionale.

Nous reconnaissons dans cette déclinaison les composantes d’un autre concept à succès : « la diversité » dont les médias nous rebattent les oreilles. Tant pour la légitimer que pour effacer au plus vite de nos mémoires le souvenir d’une cohésion sociale fondée sur le respect des valeurs républicaines, les droits et les devoirs inhérents à la citoyenneté.

Les revendications identitaires contemporaines se manifestent sur un mode passionnel confinant à la violence, mâtiné de victimisme que leur accréditation institutionnelle (2) rend explosives.

Nous y détecterons d’emblée les symptômes d’une souffrance existentielle généralisée, d’une grave crise identitaire.

Afin de l’ouvrir à l’analyse, nous rapporterons tout d’abord ce terme obscur d’ « identité » à la question de « l’Être » qui le sous-tend.

Aborder cette dialectique primaire de « l’Être » nous ramène aux fondements les plus archaïques des sociétés humaines.

— Des archaïsmes inamovibles

Les fondements archaïques dont il est question sont non seulement génériques à l’ensemble de l’humanité, mais encore intrinsèques à la structure psychique de tout sujet humain. Si l’on peut qualifier ces fondements d’archaïques, c’est parce qu’ils se rapportent à notre double appartenance au réel biologique et à la réalité langagière. C’est en effet dans cet espace d’ambiguïtés que, depuis des temps immémoriaux, l’identité subjective est appelée à se construire et se réaliser. La problématique identitaire qui submerge le monde contemporain (passionnelle, caractéristique de son ancrage dans la vie intime) s’articule manifestement aux tremblements de cette phase archaïque. Il est donc urgent d’aviser en quoi consistent ces archaïsmes, parce qu’ils participent de l’histoire de chaque sujet et qu’à ce titre ils sont structurellement récurrents. Mais surtout parce que leur contention est au principe de l’élaboration et du maintien des processus de civilisation (3).

Comment se construit l’identité ?  

L’identité n’est pas une réalité matérielle. C’est une construction qui se réalise par la médiation de la parole et qui comporte deux niveaux inter-dépendants.

L’un constitue et régit l’économie intime de chaque sujet.

L’autre, collectif et institué, en prend le relais pour façonner et structurer le champ social (traditions, religions, lois).

— La construction identitaire du « sujet »

C’est lors de l’acquisition du langage que se produit l’émergence du Sujet humain. C’est en effet le langage qui, dans la relation intersubjective, interpelle le sujet comme tel et le construit en lui donnant reconnaissance.

Mais en même temps le langage le divise. Car l’Autre de la parole laisse dans le sujet une empreinte en creux, qui fait manque. Ce manque à « être », qui frappe l’existence humaine du sceau de l’incomplétude, est ce qui fonde le désir.

S’il est vrai que le désir est suscité par un objet convoité, il n’en reste pas moins que le vide qui le cause est de structure. C’est en quoi aucun objet, fut-il le plus désirable, n’est approprié pour le combler. La satisfaction du désir laisse toujours à désirer C’est ce qui fait dire que le désir est insatiable. Quoi qu’ils possèdent, les humains en proie au désir, c’est-à-dire au « manque-à-Être » qui les creuse, réclament « toujours plus »…

Mais quel est donc cet obscur objet du désir ?

Le désir réfère incontournablement à celui de la mère. Celui-ci constitue en effet une entrave à la demande d’amour et à la satisfaction des besoins de l’enfant, qui voudraient que sa mère se consacre entièrement à lui. C’est pourquoi l’enfant veut être l’objet du désir de sa mère.

Ce désir premier reste inscrit dans le psychisme comme une indélébile référence. Et comme le désir féminin est orienté du côté mâle, le symbole phallique qui lui est associé est investi d’un prestige unique et référent qui est à l’origine du phallocentrisme qui structure le psychisme de tous les sujets humains (quel qu’en soit le sexe), mais aussi les institutions de l’ensemble des sociétés humaines. Ce phallocentrisme a pour conséquence que le sexe féminin ne trouve place dans l’inconscient qu’en tant qu’Autre-privé-de-phallus.

Ce désir originaire et infantile d’être le phallus constitue le prototype de tout désir d’« Être ». C’est ce que nous allons vérifier concernant celui qui sous-tend les revendications identitaires.

— L’identification sexuelle : « avoir » ou « ne pas avoir »

Cette symbolique phallique fondatrice étant posée, la découverte de la différence sexuelle — qui est pour l’essentiel découverte de ce qui manque à la mère — est un moment déterminant dans la construction psychique du sujet. Elle fait basculer le désir de l’enfant de la problématique primordiale de « l’être » vers celle de « l’avoir » où le sujet est appelé à s’identifier sexuellement. « Avoir » ou « ne pas avoir » le phallus, telle est l’alternative. C’est le moment au cours duquel la symbolique phallique vient s’ancrer dans l’imaginaire (4). Cette séquence est déterminante car elle amorce la destitution de la mère de sa position de toute puissance et permet d’introduire la loi du père.

— L’assomption du désir dans le champ éducatif judéo-chrétien

Dans la société occidentale, la culture s’est façonnée dans les champs linguistiques hébreu, grec et latin — qui ont engendré les valeurs de justice et d’égalité inscrites dans les Évangiles — et s’est structurée sur le modèle du droit romain (5). Ceci se traduit dans les textes religieux par une dévalorisation radicale de la jouissance qui implique dans le champ social une application égalitaire mais très contraignante de l’Interdit. Cette configuration singulière a déterminé un modèle éducatif qui engendre une forte culpabilité et une frustration douloureusement ressenties sur le plan individuel. Ces dispositions se sont cependant avérées très productives sur le plan collectif car elles ont favorisé l’émergence de l’autocritique et positivé le doute, terreaux fertiles de la pensée créative qui constitue le moteur du développement socio-économique et culturel occidental.

Il y a cinquante ans à peine, les processus normatifs psycho-éducatifs s’élaboraient encore sous ces auspices.

Dans la cellule familiale, l’Interdit était incarné par le père, dont le rôle majeur était de séparer la mère et l’enfant. La meilleure façon pour le père de s’opposer au désir de l’enfant pour sa mère étant de faire valoir les prérogatives du sien. Le désir de l’enfant restait ainsi en souffrance, interdit. C’est à l’issue d ’une période dite de « latence » et à la faveur des poussées hormonales de l’adolescence que le désir pouvait refaire surface. Il incitait le sujet à s’affranchir de l’interdit paternel, à renoncer à son objet incestueux en se reportant vers un objet de désir choisi hors du cercle familial.

Cette configuration liée à cette chronologie montre que l’avénement du désir du sujet, qui permet son affranchissement, est lié structurellement à l’énoncé de l’Interdit (6).

— L’identification par appartenance dans les sociétés traditionnelles

Dans la plupart des sociétés traditionnelles, les interdits vont dans le sens d’une moindre pression sur les pulsions, voire de leur aménagement social et institutionnel. Le phallocentrisme s’y manifeste explicitement par la prévalence du sexe mâle. Ceci se traduit par une application inégalitaire des Interdits et contraintes qui se concrétise par l’affectation d’un statut inférieur aux femmes, généralement étendu aux minorités ethniques et religieuses (7). La satisfaction sexuelle masculine y est privilégiée et le report du désir de la femme sur celui de la mère légitimé. Dans ce contexte, la relation fusionnelle mère-fils s’épanouit librement jusqu’à l’approche de l’adolescence. La rupture de ce lien puissant s’effectue généralement sur le mode de la circoncision. Pratiquée au moment de l’adolescence, cette ablation partielle de l’organe impliqué dans le désir exerce une menace explicite et concrète qui suscite la terreur chez les garçons, occasionnant non seulement la rupture avec la mère mais aussi avec l’Autre-sexe. C’est ce « mauvais aiguillage du désir et de la Loi » (8) qui engendre la mise à l’écart, la dévaluation et la discrimination des femmes que l’on peut constater dans la plupart des sociétés traditionnelles.

Cette bipartition sexuelle assure une fonction identitaire qui conditionne l’équilibre psychique des individus et l’ordre social. Mais le phallocentrisme, qui affecte aux deux sexes des valeurs si tranchées, se projette en enjeux vertigineux sur les procédures identificatoires.

L’appartenance sexuelle masculine détermine en effet cet enjeu majeur qu’est la dignité du sujet, la supériorité qui s’y attache mais aussi la position dominante dans la relation dominant/dominé que légitime l’organisation sociale.

Ces enjeux identitaires sont d’autant plus angoissants qu’ils interviennent sur une base vacillante : le manque à « Être » constitutif du sujet. C’est ce manque structural du sujet qui place sous le signe de la précarité le symbole phallique et suscite l’angoisse de sa perte. Au point de s’opposer à l’assomption du désir. Ce qui est le cas quand pèsent des menaces concrètes telles que la circoncision sur le pénis.

C’est pour contrevenir à cette précarité de l’identité phallique que les sociétés traditionnelles éprouvent la nécessité de l’authentifier par la privation ostentatoire de l’Autre.

Ce dispositif qui fait supporter à l’Autre la charge du manque, de l’indignité, de la culpabilité et de la honte, constitue pour ceux qu’elle épargne, un écran efficace à leur propre faille subjective, aux frustrations qu’elle engendre et favorise ainsi une certaine stabilité sociale. Mais l’assomption problématique du désir masculin, qui entrave les processus d’affranchissement individuel, la négativation de la culpabilité et du doute qui dissuadent l’autocritique et donc la pensée créative, tendent à confiner le socius dans l’immobilisme et l’anémie économique (9).

De la carence du désir à la crise identitaire  

Nous venons de voir comment se structurent et se différencient les montages de l’identité dans la société chrétienne et les sociétés traditionnelles. Nous allons maintenant aborder la crise identitaire contemporaine. C’est-à-dire comment se sont déstabilisés les modèles identitaires, éducatifs et culturels que nous avons exposés.

Tout d’abord, que se passe t-il quand une société comme la nôtre congédie l’Interdit et ses applications pour leur substituer le contraire, le principe de l’Impératif de jouissance (10) ? Je pointe en ces termes les mutations sociales, économiques et culturelles que résument parfaitement deux slogans bien connus : « Il est interdit d’interdire » et « Jouissons sans entraves ».

Au niveau de l’élaboration subjective  

Dans un contexte familial où la présence paternelle tend à s’effacer, la séparation de la mère et de l’enfant devient aléatoire. Le désir tend alors à se perpétuer sur le mode primaire et narcissique du désir « d’être », articulé au désir de la mère. Quant à l’identification sexuelle, elle devient hypothétique faute de la contribution du père et de sa loi pour assurer la représentation de la différence sexuelle et engager l’affranchissement du sujet. Ce qui vient alors à émerger à l’état brut, désarrimé du désir d’objet qui le positive, c’est le manque à « être », c’est-à-dire le vide structurel intérieur qui habite l’être humain du fait qu’il parle.

Les symptômes de cette carence identitaire s’expriment de multiples façons. Sous la forme de marquages du corps qui tentent de pallier à l’effacement du sujet du langage et du désir : percings, tatouages, coiffes, rasages, marques et accessoires vestimentaires ostentatoires. Où nous reconnaîtrons le retour spontané et privatisé de rituels identificatoires, comparables à ceux qui sont institués dans les sociétés primitives et tribales.

Cette faillite subjective et cette carence du désir se projettent dans le champ de la consommation sur le mode de l’achat compulsif, de l’anorexie et de la boulimie.

Tandis que dans l’espace médiatique, qui a pris en otage les procédures sociales de reconnaissance en les cantonnant dans les limites de la notoriété, elle prend le caractère pathétique de la fascination pour le vedettariat et la quête effrénée de célébrité.

Sur le plan sociétal, la quête identitaire se poursuit sur le mode de la revendication d’appartenance (sexuelle, ethnique, religieuse), connotée, comme nous l’avons vu, des rivalités et frustrations qu’engendre toujours la recherche aléatoire de « l’être ».

Cette quête identitaire comporte aussi un revers : le dégoût et le déni de soi. Position que l’on peut constater, sur le plan individuel, par l’expansion du suicide (notamment chez les jeunes, les chômeurs, les victimes du stress en entreprise).

Le relativisme culturel  

Le dégoût et le déni de soi se manifeste aussi au plus haut niveau politique. Il prend les dehors d’un « relativisme culturel » qui se donne les gants d’un humanisme universel où les cultures et civilisations seraient différentes mais en leur fond et valeurs équivalentes.

Cette considération relève d’un aveuglement (inconscient ou volontaire) mais aussi d’un ethnocentrisme occidental. Car les valeurs supposées à ce « multiculturalisme universel » sont celles des Droits de l’Homme. Que cela plaise ou non ces valeurs humanistes sont issues des valeurs égalitaires énoncées dans les Évangiles. Ce sont elles qui ont permis, sur le temps long, de battre en brèche les principes inégalitaires, sexistes et tribaux (qui régnaient dans le champ occidental comme partout ailleurs) et qui régissent encore aujourd’hui la plupart des sociétés traditionnelles.

C’est en quoi le concept de l’Homme Universel ne concerne que l’Homme au singulier. L’individu. Il ne peut s’étendre aux différentes sociétés humaines qui sont loin d’être universelles en leur valeurs, modes de vies et conceptions de l’Homme (notamment celle de la Femme, qui constitue quand même la moitié de l’humanité).

Libre à chacun, à tout Homme de la planète, d’adhérer aux valeurs humanistes, de se les approprier. Et même de les faire revivre quand elles sont aujourd’hui trahies par leurs plus indignes héritiers.

L’usage pervers du terme « racisme »  

Les promoteurs du relativisme culturel sont de ces héritiers indignes. Ils exercent leurs basses-besognes sous couvert de la « belle-âme », étayée de la menace. Celle-ci consiste à faire appel en permanence à cet argument qu’est le « racisme » pour culpabiliser, discréditer et paralyser leurs contradicteurs.

Pour en finir avec cet argument fallacieux, il faut savoir que le racisme — qui est la haine et la discrimination de l’Autre en tant que tel — a pour prototype le mépris, la haine et la discrimination de cet Autre générique qu’est l’Autre-sexe. Or, c’est précisément ce racisme originel — l’infériorisation et la discrimination des femmes — qui structure les mœurs des sociétés traditionnelles. Et c’est précisément sur ce point que portent la plupart des critiques qu’elles suscitent. Le relativisme culturel, qui qualifie ces critiques de « racistes », considère donc qu’il est raciste de s’opposer au racisme. Cette inanité ne fait que s’ajouter aux multiples symptômes d’aliénation de la pensée occidentale contemporaine.

Il est impératif d’étudier cet effacement du sens parce qu’il est le vecteur d’autodestruction de notre culture mais aussi la cause de notre impuissance à y résister.

La substitution du chiffre à la lettre et l’effacement du Sens  

Le relativisme culturel est issu de la désacralisation de l’Homme qui est intervenue au cours des quarante dernières années, quand s’est imposée la société de consommation. Celle-ci a substitué à l’Interdit fondateur « judéo-chrétien » le mot d’ordre opposé : l’Impératif de jouissance qui propulse aujourd’hui la marchandisation du monde et l’industrialisation mondiale de la finance.

Cette désacralisation de l’Homme est liée à celle de la Parole. Les sciences ne sont pas pour rien dans cette dévaluation du verbe. Les performances des sciences exactes et de la technique leur ont conféré une telle crédibilité que la croyance y a trouvé refuge, leur conférant un immense pouvoir qui a porté sur les fondements même de la pensée. Ayant l’efficience pour visée et le chiffre comme outil de mesure, les sciences ont en effet attribué au chiffre le pouvoir de dire la Vérité qui était autrefois fonction de la lettre et des Lettrés. C’est ainsi que le quantum s’est substitué au qualitatum. Quant aux valeurs éthiques qui structuraient la pensée et permettaient d’annexer la technique et l’économie aux décisions politiques, elles ont fait place à la valeur comptable qui impose désormais la prévalence des critères économiques. La logique d’inversion qui sous-tend cette désintégration des structures du langage a pour conséquence de rendre inefficients la plupart des concepts fondateurs de la pensée occidentale, notamment le concept philosophique de « valeur ».

Il n’est donc pas superflu de le redéfinir : les valeurs c’est ce par quoi s’expriment les conceptions du Bien et du Mal qui constituent les fondements de « la » morale (11), c’est-à-dire la boussole et les garde-fous des sociétés humaines.

Ces critères d’évaluation du Bien et du Mal et donc de « la morale » participent de l’élaboration, du respect et de la transmission de normes qui ont pour mission d’assigner un cadre — des limites — au champ d’action des différentes composantes humaines de la société. Mais ces critères s’avèrent fort différents d’une civilisation à l’autre.

Du point de vue de la société occidentale  

Celui des Lumières et des Droits de l’Homme, l’évaluation du Bien et du mal s’élabore à l’aune du critère d’humanité. Le Droit occidental se spécifiant d’opposer des limites à la voracité des plus forts pour garantir le droit des plus faibles.

C’est là prendre le contrepied de la tendance archaïque, qui a cours dans la plupart des sociétés traditionnelles où le Droit a pour fonction de légitimer et maintenir l’arbitraire des inégalités sociales.

En optant, au nom de l’efficacité scientifique et marchande, pour des « valeurs » comptables, la société occidentale s’est détournée du langage et du Sens qui donnaient accès à sa conception du Bien et du Mal.

Ce faisant, elle a répudié l’humanisme qui est issu du meilleur de ce que le christianisme avait engendré : ces valeurs de justice, d’égalité et de solidarité, qui donnent sens au concept d’intérêt général.

Le fantasme identitaire des « élites » mondialisées  

La valeur comptable à laquelle est aliénée la société occidentale réfère à un réel dépourvu de sens autre que la jouissance des objets, auquel l’Homme de la masse en tant qu’agent économique et matière première (12) est peu à peu assimilé. Dépouillé de sa dignité de Sujet unique et irremplaçable, de la sacralité que lui avait conféré le christianisme, l’Homme n’est plus protégé contre les pulsions destructrices qui l’animent.

Cette dévaluation de l’Homme est accélérée par la mondialisation médiatique et économique. Celle-ci consiste à faire gouverner des masses toujours plus vastes et anonymes par un nombre toujours plus restreint d’individus hypermédiatisés.

Il en résulte une division de la collectivité humaine en deux catégories :
— une masse d’êtres humains anonymés, tels un bétail, auxquels est affecté implicitement un statut de « sous-hommes »,
— et une petite élite mondiale de sujets hyper-identifiés, gratifiés d’exorbitants privilèges économiques et symboliques leur conférant un statut d’exception qui confine à celui de « surhommes ».

Cette bipartition humaine signe la fin de l’Homme Universel et le retour des féodalités.

Le sacrifice culturel : par pertes et profits  

Cet élitisme à dimension planétaire est le vecteur politique et médiatique du relativisme culturel. Il consiste à accorder reconnaissance aux exigences de l’Autre, liées à sa « différence », sans condition ni contrepartie. Mais qu’on ne s’illusionne pas sur cette apparente générosité. Si les « élites » ne demandent rien en échange de la légitimité qu’elles accordent aux revendications identitaires, c’est d’une part parce que ça ne leur coûte rien et aussi parce ce qu’elles ne leur confèrent aucun sens. Tout comme elles ne confèrent aucun sens à leur propre héritage culturel. Parce qu’elles ont cessé d’y associer leur identité qu’elles projettent désormais dans un miroir à la dimension du monde… qu’elles entendent diriger !

Le relativisme culturel, pour ancré qu’il soit dans les fantasmes identitaires des « élites », ne l’est pas moins dans celui du profit. C’est en ce point qu’il s’articule au totalitarisme économique.

Les revendications identitaires des sociétés traditionnelles, qui ont pour objet de faire appliquer leurs principes inégalitaires et légitimer des relations de domination indexées à la différence sexuelle, se substituent en effet avantageusement aux revendications économiques auxquelles les peuples occidentaux ont associé leur dignité. Mais ce que les accommodements consentis par les « élites » impliquent, c’est de subvertir les fondements égalitaires de la Loi occidentale.

L’Histoire et la géopolitique la plus contemporaine nous enseignent que de telles concessions du Droit impliquent tôt ou tard d’autres exigences, notamment territoriales. Mais ceci ne décourage pas les « élites » qui commencent à y faire droit sans état d’âme. Parce que ces territoires ne représentent plus rien pour elles. Leur désir étant de donner réalité à un monde sans frontières, pour avoir accès aux seuls territoires qui leur importent : ceux qui détiennent les ressources énergétiques.

La satisfaction des revendications identitaires des sociétés traditionnelles en territoire occidental a pour contrepartie le sacrifice des populations d’accueil. À commencer par leur héritage culturel où s’enracine leur identité et leur mode de vie. Un mode de vie auquel ils sont d’autant plus attachés qu’il s’est construit au prix de luttes et sacrifices qui ont permis, sur le temps long, d’élaborer une société où s’équilibrent la liberté individuelle et l’intérêt général. C’est-à-dire la moins pire, sinon la meilleure des sociétés possibles.

Le Nouvel-Homme du Nouvel Ordre Mondial  

On nous parle de l’avènement d’un « Nouvel Ordre mondial », d’une « gouvernance mondiale »… Cette visée suppose logiquement l’avènement d’une nouvelle humanité mondialisée. C’est-à-dire, in fine, son unification.

L’éloge de la « diversité » et le relativisme culturel recouvrent en effet un idéal paradoxal d’uniformisation humaine et culturelle. Celui-ci présente tous les caractères fantasmatiques de « l’Homme Nouveau ». Cet idéal s’exprime dans les mêmes termes racialistes que la sinistre version précédente, mais sous une forme inversée. Il s’agit cette fois-ci de promouvoir l’émergence d’un Homme planétairement unifié, mais sur le mode de « l’hétérogénéité métisse » et de « hybridité culturelle » (13). Cette élection n’en souligne pas moins l’existence de « races pures », mais cette fois pour les condamner à disparaître, pour le bien de tous. Sous cette vision messianique d’un futur où l’humanité serait enfin réconciliée avec elle-même grâce à l’effacement des différences, se profile à nouveau le redoutable rejet de l’altérité. Cette conception idéologique du métissage présente un point commun avec cet autre versant de la crise identitaire qu’est l’homosexualisme (14) : ils sont sous-tendus par le même fantasme phobique et totalitaire d’Unicité. La raison en est que la problématique inhérente à l’altérité a pour prototype celle de la différence sexuelle ’15). Dans les deux cas, l’idéologie a pour objet d’abolir le Réel de la différence et de lui substituer le fantasme d’un fusionnement où l’UN résorberait l’Autre.

Loin d’instaurer la pacification des conflits identitaires, il est notoire que toute tentative d’effacement des différences contribue au contraire à leur exacerbation (16). En suscitant l’essor réactionnel du phallocentrisme qui les sous-tend. Les angoisses, rivalités et frustrations liées à la précarité de l’identité phallique génèrent alors une multiplicité de processus de ségrégation et revendications. Ceux-ci créent les conditions de guerres civiles qui ressemblent en tous points aux guerres tribales où la pulsion de mort, la phobie et la haine sont indexées à celles de l’Autre, déterminé comme toujours à l’aune de signes ayant valeur de castration.

Les ressorts archaïques du victimisme identitaire  

La problématique phallique sous-jacente à la construction identitaire que nous venons d’examiner permet de comprendre le sens et les enjeux mais aussi le caractère formel des revendications identitaires contemporaines.

Nous pouvons remarquer qu’elles en présentent toutes les caractéristiques et paradoxes : un style impérieux et violent, une formulation victimaire exprimant un sentiment de privation et d’humiliation — c’est-à-dire d’outrage à la « dignité » phallique.

C’est en quoi les revendications identitaires ne peuvent être confondues avec celles de la « lutte des classes ». Car les revendications économiques sont mobilisées par des valeurs égalitaires et motivées par le manque à « avoir » qui peut être solutionné par des gratifications matérielles négociables. Tandis que les revendications identitaires, qui sont mobilisées par le manque à « Être », ne peuvent trouver réponse satisfaisante à leur quête de « dignité » qu’en instaurant en leur faveur des rapports de domination.

Car il en est de la « dignité » de l’Être comme du symbole phallique : rien ne permet mieux de l’attester que de s’en assurer le privilège par la privation de l’Autre.

L’offensive opportuniste et la « passion d’être soi » des sociétés traditionnelles  

C’est à l’opportunité de la désintégration du système symbolique occidental, de la profonde aliénation de sa pensée, de l’effondrement de ses systèmes éducatifs et institutionnels, de la débâcle économique et sociale, de la déchéance de ses mœurs et — cerise sur le gâteau — de l’auto-reniement que recouvre le relativisme culturel, que les sociétés traditionnelles ont repris confiance en elles-mêmes (17).

Elles affirment une passion « d’être soi » d’autant plus grande qu’elles avaient douloureusement douté d’elles-mêmes. Notamment pendant les Trente glorieuses au cours desquelles la société occidentale s’était illustrée par son succès économique et social et avait pu développer une marge appréciable de liberté individuelle. Au point qu’elle avait suscité un questionnement constructif au sein même des société traditionnelles ’18).

Force est de constater que les choses ont bien changé. Au point de s’inverser. Puisque c’est au sein même du champ occidental que les sociétés traditionnelles entendent aujourd’hui imposer leur loi.

Il faut dire que les sociétés traditionnelles ont toujours été en difficulté dans leur contact avec la société occidentale. Leurs frontières ont toujours été le lieu de conflits violents en raison des mœurs et des lois qui les opposent.

A fortiori, immense est la difficulté pour les faire cohabiter au sein de l’espace régi par le Droit occidental quand celui-ci impose l’égalité des sexes et un statut identique aux différentes religions. Notamment quand s’ajoute le verrou de la laïcité qui assure l’éloignement des religions de l’espace politique.

Contournant la difficulté et sans perdre de vue leurs intérêts (que nous avons précédemment exposés), la solution choisie par les « élites » est d’amender le dispositif légal occidental afin de permettre aux sociétés traditionnelles d’introduire le leur.

C’est sous couvert de “l’ouverture à l’Autre”, au nom d’une « démocratie » départie de ses valeurs fondatrices et soumise aux pressions des lobbies communautaristes, que s’accomplit le sacrifice des valeurs humanistes et républicaines.

Ainsi voyons-nous, au sein même de la patrie des Droits de l’Homme, restaurées l’inégalité entre les sexes et ses fonctions sociales archaïques.

Nous pointerons sous ces générosités de surface la tentative d’un forçage politique et culturel qui se donne pour moyen l’instrumentalisation de la culpabilité chrétienne. Opérant sous le masque de la “belle âme”, cette culpabilité se donne une visée singulière qui est sa propre extinction. Mais également celle de l’égalitarisme chrétien qui sont les deux ennemis du libertarisme et du libéralisme. Parce que la culpabilité et l’égalitarisme chrétiens assignent des limites à la jouissance. Cette entreprise pourrait bien atteindre son but par la subversion du Droit et l’ouverture du champ culturel occidental au système symbolique inégalitaire archaïque dont le christianisme l’avait émancipé.

La positivité de l’autocritique et du doute  

Pour conclure je dirai que c’est une difficulté pour tout être humain d’être structuré par son éducation et sa culture. Ces lieux de nos enracinements sont lestés de pesanteurs qui nous font souvent peiner dans nos relations avec les autres. Parce qu’elles nous mettent douloureusement en conflit avec nous-mêmes.

La culture chrétienne est la culture de la culpabilité et de l’auto-critique. C’est en quoi elle s’est fait haïr par bon nombre des individus qui ont été tenus de s’y plier. Mais elle a donné naissance à une société où l’exercice de la remise en question est acceptable et même valorisé. Ce qui a été propice à la spéculation scientifique et intellectuelle, au développement économique et culturel et finalement à la liberté individuelle.

Si nous tenons à notre liberté et perpétuer cette créativité qui ouvre l’avenir, nous devons d’urgence revenir à la tradition auto-critique chrétienne. Non pas pour achever de la détruire, comme s’applique à le faire la contre-culture libertaire depuis une quarantaine d’années. Mais pour la sauvegarder.

Pour ce faire, grande est la nécessité de procéder au bilan-critique de cette contre-culture. En accédant au dispositif de commande institutionnel, celle-ci s’est stérilisée et transformée en anti-culture, n’assurant plus sa survie que par le déni de réalité et un conformisme « politiquement correct ». Au fur et à mesure que s’affichent ses contradictions et sa nocivité, ce conformisme se radicalise en tyrannie qui prend la forme d’un interdit de penser médiatiquement et juridiquement assisté. Cette anti-culture c’est l’idéologie libérale-libertaire. Arrivée à son plus haut niveau de nuisance, elle désintègre le meilleur que nous avait apporté le christianisme pour instaurer en lieu et place la paupérisation capitaliste pour tous et le repli communautaire pour chacun. Une conjonction de rivalités et concurrences qui conduit à la lutte de tous contre tous.

Pour ce qui est des sociétés traditionnelles, il va sans dire que leurs ressortissants sont ni plus ni moins intelligents que les autres. Le problème fondamental de ces sociétés réside dans leur enfermement dans une culture viriliste qui frappe d’indignité l’auto-critique et le doute. La culpabilité et la faute mais aussi la responsabilité de leurs échecs y sont donc toujours affectées à l’Autre. Or, nécessité oblige d’aborder les causes — c’est-à-dire généralement les sujets qui fâchent — quand on veut vraiment résoudre un problème. C’est parce qu’elles ne supportent ni la remise en cause ni la contradiction que les sociétés traditionnelles tendent à y faire face sur le mode du victimisme offensif et du conflit violent. C’est là une difficulté majeure. Car aucun progrès ne peut advenir sans introspection critique ni dialogue.

Véronique Hervouët

 


 

1. Je désigne par le terme de « dénégation » ces alibis faussement vertueux que sont les professions de foi « humanitaires » qui servent à justifier jusqu’aux pires exactions militaires. Et la « novlangue » qui sert à occulter les régressions sociales. Par exemple le mot « réforme » (qui évoque un ajustement allant dans le sens d’une « modernisation ») utilisé pour désigner une régression vertigineuse : la démolition des services publics et sociaux ; « la concurrence non faussée », mot utilisé pour désigner la casse du Droit du travail, le retour de l’esclavage et de la loi du plus fort.

2. Nous pointons cette politique et oxymore qu’est la « discrimination positive ». Notamment celle pratiquée par la Halde (Haute Autorité de Lutte contre les Discrimination et pour l’Égalité), qui participe de la politique européenne dite de « défense des minorités ». Celle-ci consiste à encourager les revendications identitaires (linguistiques, sexuelles, ethniques, religieuses, régionales, etc), à attiser leur dimension conflictuelle en accréditant leurs discours victimaires et en les mettant en concurrence au sein de dispositifs institutionnels « anti-discriminatoires » spécifiquement conçus pour accueillir et gérer ces conflits. Cette méthode du pompier pyromane, mise au service d’une stratégie impériale notoire (diviser pour régner), a pour fonction et conséquence de dissoudre la citoyenneté, les solidarités politiques et sociales qui s’y attachent, en fragmentant le corps social en communautés concurrentes.

3. Sédiments du vécu des hommes, les normes s’inscrivent au cœur des textes fondateurs (religions, lois) et des traditions (modèles familiaux et éducatifs). Elles varient donc en fonction des civilisations. Mais toutes ont pour objet de faire obstacle au déchaînement anarchique des pulsions qui engendre la guerre de tous contre tous pour s’accaparer les objets de jouissance. En s’opposant au chaos, les applications de l’Interdit que sont les normes et les limites conditionnent l’ordre et la paix sociale, c’est-à-dire l’existence même de la société qui a pour raison d’être de protéger (y compris d’eux-mêmes) les individus qui la composent. C’est ce qui faisait dire à Freud que le degré de civilisation d’une société est proportionnel aux renoncements pulsionnels qu’elle exige.

4. « L’imaginaire » est ce qui relève du champ symbolique, c’est-à-dire du langage, mais sur le mode visuel.

5. Voir le remarquable ouvrage de Maurice Sachot sur l’héritage chrétien occidental : « Quand le christianisme a changé le monde — La subversion du monde antique » (Éd. Odile Jacob, 2007).

6. Nous nous garderons toutefois de dire qu’il suffit d’une bonne recette éducative pour solutionner les aléas de la subjectivité humaine. Les individus n’ayant toujours fait que ce qu’ils ont pu. Respecter ou transgresser la loi. Mais quand ils la transgressent, ils connaissent les risques qu’ils encourent et la culpabilité qui constituent un salutaire garde-fou individuel et collectif.

7. Les femmes, qui portent inscrite dans leur chair l’absence du symbole phallique sont l’Autre-exclu de référence, mais ce statut dévalué s’étend aux minorités en ceci qu’elles se distinguent du groupe tribal, ethnique ou religieux dominant.

— 1. Fethi Benslama in « La psychanalyse à l’épreuve de l’Islam » (Paris, Aubier, 2002).

— 2. L’auto-critique et le doute, qui sont vecteur de progrès et de création sont de difficulté dans le champ symbolique des sociétés traditionnelles qui s’appliquent à les évacuer en assignant le « défaut » et la « faute », autrement dit la responsabilité, à l’Autre. Cette configuration contribue à l’immobilisme socio-économique et culturel que l’on peut constater dans la plupart des sociétés traditionnelles.

1. J’ai mis en évidence et analysé ces processus d’inversion dans « L’Enjeu symbolique - Islam, christianisme, modernité » (Éd. L’Harmattan, nov. 2004).
2. J’ai traité de cette question dans « Qu’est-ce que la morale pour la psychanalyse ? » et « Toute morale est-elle réactionnaire ? », en ligne sur Squiggle.be.
3. J’ai abordé cette thématique dans deux textes intitulés « Le marché de l’Humain en pièces détachées » et « Quand le néolibéralisme se révolte contre les inégalités… biologiques », en ligne sur Contrepoint philosophique.ch.
4. Je me réfère à l’analyse de Pierre-André Taguieff intitulée « Une nouvelle illusion théorique dans les sciences sociales : la globalisation comme « hybridation » ou « métissage culturel », en ligne sur l’Observatoire du Communautarisme.
5. J’ai présenté une analyse de ce sujet dans un texte intitulé « L’Homosexualisme, dernier avatar de la « révolution sexuelle » et cheval de Troie du néo-libéralisme » en ligne sur L’Observatoire du Communautarisme.
6. J’ai étudié cette problématique contemporaine de l’altérité liée à celle de la différence sexuelle dans un texte intitulé « L’identité virile en question », en ligne sur Contrepointphilosophique.
7. Le « narcissisme des petites différences » (dixit S. Freud) suffit à motiver la ségrégation et la persécution. Ces processus sont aussi analysés avec pertinence par René Girard dans « Le Bouc-émissaire » (éditions Grasset, 2002)

17. J’ai proposé un développement de ce propos dans un texte intitulé « Quand l’économisme ouvre son lit aux tribalismes », en ligne sur l’Observatoire du communautarisme

1. Ce fut le cas notamment dans la Tunisie de Bourguiba, et bien avant elle, dans la Turquie de Kemal.


Commentaires  forum ferme

Amin Maalouf "les identités meurtrières
jeudi 23 août 2012 à 10h22 - par  Ysa Gudule

« L’identité n’est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence. »
« C’est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances, et c’est notre regard aussi qui peut les libérer. »
« Rien n’est plus dangereux que de chercher à rompre le cordon maternel qui relie un homme à sa langue. Lorsqu’il est rompu, ou gravement perturbé, cela se répercute désastreusement sur l’ensemble de la personnalité. »

Véronique Hervouët — « Les dessous archaïques de la crise identitaire »
dimanche 8 janvier 2012 à 23h10 - par  Bernadette Quentin-Collin

comme quoi FB mène à tout, suite à votre lien contrepoint « Les ordures blanches » j’ai interrogé Les Âmes vivantes de Gogol « Véronique Hervouët » et suis de nouveau tombée sur votre site, article long mais très intéressant, pour moi seule en mail je me suis envoyé le lien et aussi ai fait quelques recopiages-recollages pour pouvoir y revenir
De même les « ordures b » était intéressant, Le Mépris  !
en échange un petit texte découvert hier et comme il m’en manquait la suite lecture poursuivie ailleurs aujourd’hui dimanche car j’avais le nom de l’auteur du « corps mutilé »…De la démocratie Corps au travail. Gilles Gourc. Corps mutilé.« Hassine, ses collègues d’usine, Le Carpaccio, le formateur, la machine, le corps machine, la sciure de bois, qui est le plus heureux G. ou R. ? »… désormais ce que nous sommes et ce que nous serons : des corps utiles auxiliaires des machines. Pour ceux qui n’auraient pas compris, les machines sont là pour nous le rappeler…« —) »…Quelquefois, on en vient à souhaiter l’abrutissement définitif, la lobotomie.
…Comment dire ces choses que la pudeur virile des ateliers interdit ?
…Il l’attend tellement sa retraite que « le jour où j’arrête de travailler, je prends ma caisse et je jette tout à la mer ».
Et pourtant… Pour peu qu’on lui prête une oreille attentive, on peut aussi entendre une autre petite musique ; celle de ceux qui ont été réduits toute leur vie à leur corps et qui voient avec angoisse leur capital-corps diminuer. La classe ouvrière n’est riche
…Le jour de sa retraite, Edmond veut jeter sa caisse à outils à la mer ; reste à ne pas sombrer avec sa caisse."
http://www.lekti-ecriture.com/contr…

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