L’homme aux hippocampes


Document du dimanche 13 décembre 2009
Article mis à jour le 18 décembre 2009
par  P. Valas

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Première contribution aux travaux préparatoires des Rencontres internationales de l’École de psychanalyse des forums du champ lacanien. Rome 11 et 12 Juillet 2010.

C’est à la lecture de Claude Léger que l’on peut prendre la mesure de la menace qui pèse sur les hippocampes.  

L’espèce est en effet menacée autant par les neurosciences que par le réchauffement climatique.

Sans Claude Léger, aurions-nous été suffisamment attentifs au changement du paradigme qui nous fait passer, s’agissant des biologistes, de L’homme-aux-rats, à l’homme-aux-hippocampes ?

En tant que psychanalystes lacaniens de surcroit, et néanmoins freudiens de structure, nous avons à trancher dans l’urgence sur une nauséeuse problématique qui se pose en ces termes :

L’hippocampe est-il un poisson ou un cheval ?  

  • S’il est un poisson, alors la friture entre la psychanalyse et la biologie est à prévoir.
  • S’il est un cheval, c’est une thèse forte, et même un peu audacieuse j’en conviens, mais je la soutiendrai sans scrupules.

Parce que si l’hippocampe est un cheval marin qui joue de la trompette, comme le montre sans la moindre équivoque le succès planétaire auprès des enfants, du film hollywoodien La petite sirène, alors nous tenons la clé de ce mystère qui hante certains hommes (ou enfants phobiques), dans la figure du Centaure. Peu importe alors de savoir s’il a 4 ou 5 pattes, laissons cela aux logiciens.

Autrement dit sommes-nous évolutionnistes ou créationnistes ?  

Nombre de lecteurs de Lacan sont plutôt créationnistes. Ils tiendraient l’essentiel de leurs arguments dans une lecture un peu cavalière de Lacan même. C’est la question du pot de moutarde qui est posée ici, de savoir pourquoi il est toujours vide alors qu’on le croyait plein en le posant sur la table pour nos invités ?

En effet, si on ne fabrique pas une nouille en mettant de la farine autour d’un trou, mais le contraire, c’est parce le signifiant qui fait trou du pot de par le savoir-faire intransmissible de l’artisan.

Cependant, la question devient difficile du fait du Dire de Lacan : « Il nia, pas de rapport sexuel ».

Dieu l’empoté, est toujours à l’horizon de la pensée créationniste. Lacan n’a jamais glissé sur cette pente. Il a toujours affirmé, par le moyen de ses fabuleuses structures, que le signifiant était déjà là de toujours, qui attend le sujet et préside même à la venue au monde de son être biologique.

Avant que d’être parlant, il y a le corps tout court qui n’est pas à confondre avec l’organisme vivant de nos savants  

Avec Freud et Lacan, nous sommes évolutionnistes, et même plus, à la pointe de la pensée de Darwin, j’y viendrai plus loin.

Darwin à fait subir à l’homme une blessure narcissique grave, en affirmant que l’homme descend du singe. Du coup Dieu, qui à néanmoins créé l’homme à son image — on peut prouver ça tous les jours, comme cela a été dit par tout le monde à notre colloque sur la religion, Dieu donc en fait une drôle de gueule, il a pris un râteau avec sa créature préférée.

Il y a cependant une faille de structure dans le système de Darwin (voire Gödel), plutôt une faiblesse dans son raisonnement.

En effet si l’homme descend du singe, ce qui est probable (sans oublier l’hippocampe qui n’est pas un poisson), nous sommes bien obligés de poser la question suivante, qui trouvera certainement sa réponse logique à partir de l’expérience clinique :

L’homme est-il descendu du singe alors que celui-ci était encore dans l’arbre ou bien en était-il descendu ou pas encore monté ?  

  • Dans la première alternative, on comprend mieux pourquoi les hommes tombent facilement des arbres ou leur restent suspendus par une corde.
  • Dans la seconde alternative, on peut saisir pourquoi les hommes ne savent pas monter aux arbres, sauf les enfants ou dans les pays où il y a des cocotiers.

Je crois pour ma part que l’hippocampe sera un meilleur vecteur pour introduire la considération du sujet dans la science, plutôt que l’éléphant de nos écrits techniques les plus sophistiqués, ou le rhinocéros de nos contrôles.

J’invite donc Claude Léger à poursuivre sa chronique, mais en lui suggérant s’il veut bien me le permettre de l’intituler Nouvelles de l’hippocampe, car il nous faudra bien accepter aussi de changer de paradigme.

J’aimerai bien intervenir à Rome sous le titre :

Avant que d’être parlant, il y a le corps tout court.

Avec René Thom, Claude Léger, Jean Rostand, Freud, Lacan et Françoise Dolto.

Argument :

La science moderne, ne peut plus rendre compte de la morphogénèse des grands organismes.

La biologie, comme la médecine du fait de leur pensée réductionniste à l’extrême, organique, tissulaire, génétique, moléculaire, atomique, corpusculaire, quantique, ne savent plus ce qu’est un corps avant que d’être parlant.

Ainsi depuis le déchiffrage du génome, on ne peut plus faire le lien entre génotype et phénotype.

Seule la psychanalyse peut trouver une réponse pertinente, sur la question du corps. Avec le stade du miroir (Lacan), l’image inconsciente du corps (Dolto) et l’hippocampe de Claude Léger, qui va ouvrir une voie royale au sujet pour son retour triomphant dans le discours de la science dont il est l’agent, par essence et par excellence.

Patrick Valas ; le 13 décembre 2009. Paris, Monparno.

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