Daniel Demey : Lettre ouverte à un tiers de passage


Document du mercredi 8 juin 2016
Article mis à jour le 6 décembre 2010
par  P. Valas

bernin
 

Lettre ouverte à un tiers de passage 1

Commentaires sur « La jouissance du corps de l’Autre… n’est pas le signe de l’amour ».2  

Dans la ligne du passage d’un tiers dans notre forum, autour de la lecture du séminaire Encore, deux points de vue se dégagent. Ils ne sont pas antinomiques.
D’abord, celui que nous ne sommes pas encore sorti de l’âge traditionnel de l’institution, que nous ne sommes pas encore à l’époque de sa modernité, et comme la fable des trois prisonniers racontée par Lacan, que « la passe » pour sortir de « la prison de l’Autre » institutionnel requiert de l’acte de concert à bon escient, une éthique qui donne place à l’amour. Ensuite, que nous pouvons nous réjouir de ce que la castration est non seulement belle et joyeuse, mais qu’elle est notre entrée dans la jouissance, un réel autant que l’est l’amour dont nous sommes les passants, les passeurs de la dette.
Et rassemblant ces deux points de vue, qu’il y a là de belles perspectives d’avenir : satisfaction.

Introduction  

C.V et moi avions tiqué sur cette phrase en travaillant le texte de Lacan. D’abord la contestant, nous nous demandions comment il pouvait en arriver à dire cela… Nous tenions la question en réserve, mais pas du tout décidés à en rester là, à prendre cette assertion à la lettre ou alors comme une « bêtise »…une de ces bêtise justement, propre à vous faire dresser les cheveux sur la tête ou à piéger ironiquement peut-être par ce joué de la langue une crédulité trop grande chez le lecteur. Qui sait ? Lacan n’était-il pas malicieux ?

Aussi, votre question à ce sujet samedi matin a sonné comme un réveil et c’était utile. Je pense dès lors, sans minimiser ce qui a précédé, que nous avons bien travaillé et que le travail se faisait bien :processus signifiant d’échanges de signifiants autour de cette question qui a pu extraire « collectivement » les signifiants cruciaux –lettre, bêtise, amour… qui ont pu énergiser la recherche la rendant bientôt bouillonnante et passionnante.
« Jouissance » du savoir dans « l’ignorance partagée », gai savoir donc, au rendez-vous de l’acte de se jeter à la casserole de ses mots, de ses bribes, au risque encore de dire, et de dire même des « bêtises ». « Jésus Marie, par tous les saints…, quel bon heurt de se retrouver un peu ! »
N’est-ce pas que nous sommes là au cœur de la démonstration même du texte d’Encore, comme dans l’articulation en chair et en os de ce à quoi il veut parvenir à nous convier, dans la praxis du signifié qu’il cache ? Que le savoir n’existe pas, qu’il ne peut en être question que d’une jouissance à l’œuvre dans le partage et le respect de chaque énonciation, que comme effet de l’ignorance multiple, pari sur le travail et la copulation des signifiants, de leur surgissement, que sur l’anticipation du nouvel enfant, du nouveau texte, du « changement de raison, de discours » du signe là, de l’amour qui serait que la ronde est en marche inexorablement qu’elle ne peut s’empêcher de s’écrire…
Encore, de la jouissance, du gai savoir… dans l’ex-pression du corps, dans ce qui s’en détache par le dire et qui nous touche, nous pince ou nous caresse : « r-éveille-toi ! ».
 
essaim
 

1er point de vue : Un collectif, un gai savoir, une assemblée pas sans l’éthique de l’amour.  

C’est le processus du « savoir » en marche ; le seul qui peut nous offrir les baskets qui seyent à nos pieds… Ce que l’on attend -de penser non pas avec la tête, mais avec les pieds 3- d’une assemblée de travail de psychanalystes autour de leur objet d’élaboration : le discours psychanalytique.
Et nous savons que cela est précaire…Il faut en effet déjà se trouver autour de la table, ne pas s’être senti empêché préalablement d’y arriver, et, ou « obligé, contraint » de rester absent, derrière la porte, parce que refusant de supporter la honte du stigmate du déchet, ou la pitié condescendante sur une fatalité. Il faut s’y savoir préalablement accueilli, attendu, à cette table, et aussi, ne pas s’y sentir exclu, malgré qu’on y soit assis, y être « réellement » comme appelé et invité : « dîtes… »
Au préalable-je pense l’avoir entendu de notre intervenant- au préalable de tout commencement, il faut qu’il y ait l’amour.
Là, bien sûr, on peut se poser des questions, et des questions qui renvoient au Texte : « la jouissance de l’Autre n’est pas le signe de l’amour », que « l’amour tient-il dans le fait que ce qui apparaît, ce n’est rien que le signe ? » 4
Le signe comme intersection, comme intervalle, comme entre-deux d’un possible à venir, serait-ce ça l’amour qui fait signe, qui engage…et qui appelle l’autre ?
La jouissance de celui ou de celle en position d’Autre, de celui ou de celle qui dit non seulement : « Je ne veux pas travailler avec toi ! mais qui assortit cela d’un « et je prends la place que tu voulais occuper en t’excluant » qu’implique-t-elle ?…
Ainsi, cette occupation de la place par l’exclusion du membre qui s’autorisait d’une place de « dire », n’est pas le signe de l’amour. Ce que nous dit aussi cette phrase « La jouissance de l’Autre n’est pas le signe de l’amour ». C’est que de cette manière, on rate l’amour, on détruit le « commencement ».

Au niveau d’une lecture anthropologique de la religion, on retrouve la même conséquence.
Un Dieu de colère, un Autre de « chair » disons célébré et vénéré institutionnellement dans sa fonction de violence et de castration réelle et qui menace, est un Autre dans lequel l’homme projette que ce Dieu-là peut « jouir », et exprimer par sa jouissance ce à partir de quoi doit se faire et doit être respectée la loi. Les hommes face à ce Dieu dans cette fonction de jouissance qui lui est accordée ont tout intérêt à ramper ou a raser les murs pour ne pas le réveiller dans son sommeil, de peur qu’il n’éructe sur eux une quelconque malédiction. S’ils font des « bêtises »…tiens, tiens…nous y revoilà, ils ont intérêt à ce que cela ne se sache pas, à le faire en catimini, ou comme je l’ai dit à se protéger préventivement de l’irruption de ces bêtises, en ayant une attitude frileuse ou poltronne par rapport à la nouveauté, par rapport au réel de l’autre, par rapport au risque de « réveiller » la colère de Dieu…d’une précipitation dans le Réel.
A ce Dieu, l’histoire religieuse, l’anthropologie humaine a fait succéder un Dieu d’amour. Il s’agit pourtant du même Dieu… car lui, n’avait pas bougé, mais eux, les hommes, avaient bien bougé. Ils ont fait succéder au Dieu de colère, de crainte du déversement de sa jouissance, un Dieu d’amour et de paix, un Dieu délivrant l’homme du miroir infernal de la crainte de voir surgir l’horreur à tous moments. Cela me rappelle une autre formule de Lacan, dans le séminaire l’Angoisse : « Seul l’amour permet à la jouissance de condescendre au désir » !
C’est toute une histoire de passage, de rupture dans la transmission qui ne fait pas rupture totalement puisqu’elle conserve ce qui ne bouge pas…Dieu… ou le Réel,- on dirait ça aujourd’hui- qui revient toujours à la même place… Et c’est assez compliqué, cette histoire de ce passage dans l’histoire religieuse, qui est bien notre histoire, celle de notre fondement. La mort du Fils de Dieu et sa « résurrection » comme Fils de Dieu dans le langage, renverse cet ordonnancement de la Loi à la crainte et à la colère divine, tributaire de la jouissance de l’Autre.

Pour ceux et celles qui ne voient pas encore bien le rapport avec notre assemblée…Il s’agit pourtant bien de l’enjeu du même passage, de l’enjeu d’une même passation de rapport à l’Autre de la Loi ; à savoir de la passation du siège d’une castration qui fait peur, qui est redoutée, et qui doit être prononcée par une figure de la Loi, par une instance de « Père », de garantie de la loi, sinon, c’est le Réel qui arriverait, au siège d’une castration qui n’est plus crainte, car elle est dépassée imaginairement et symbolisée non plus dans ce qui doit faire obéissance de l’homme aux règles en vigueur, attribuées à Dieu, mais dans ce qui ouvre à l’immanence même de ce qui est une invention heureuse des hommes, à leur capacité d’ « aimer » en deça de la preuve de l’Autre, hors champ de l’emprise et de la terreur de son surmoi. La transgression du « surmoi » mis dans Dieu, dans l’Autre, dans l’institution également, c’est ce qui permet et amène l’homme à dire, et à se positionner bien, dans une décision, dans un acte avant que la réponse ne soit intervenue ; c’est ce qui l’engage à croire, à lui faire poser une assertion anticipativement à sa preuve. Nous sommes là au corps même du désir, à la substance de réelle du transfert… à la perception du signe de l’amour.

On perçoit que les enjeux de notre « modernité » et « post modernité » se sont déjà retrouvés à l’époque du Christ.

Jusqu’à cette question de notre invité, je me trouvais assez mal d’être là, ce samedi matin de novembre. Je pensais au membre absent…pas nécessairement à lui dans sa teneur « narcissique », mais à lui dans son absence « signifiante », pour le manque, pour le trou que ce refus de travailler avec lui dans cette place qu’il demandait d’occuper pour s’essayer… au risque de dire des bêtises, creusait, définissait maintenant dans l’assemblée, et pour le manque que constituait la perte de la richesse de son apport en « signifiants bêtes »… en lettres de jouissances susceptibles de nous toucher, de nous éveiller, de nous pincer ! 5
Je reste prisonnier du malaise que cette formalisation d’une exclusion de place où malheureusement la jouissance de l’Autre semble bien être intervenue comme prépondérante dans sa décision, a créée.
Le gai savoir est précaire… extrêmement, et parfois j’enrage que l’éthique ne nous arrête et ne nous fasse tourner la langue sept fois dans la bouche avant de parler, avant de le défigurer. J’ai vécu samedi, malgré mon malaise à cogiter tout ça pendant la présentation d’ H.D, une matinée enrichissante sur cette question de la jouissance, de l’amour, du « savoir » où il est…où il n’est pas ; j’ai vécu un espoir qui a traversé la désillusion. C’est tombé comme ça, parce que c’était Encore, ce chapitre là, et notre tiers du jour…qui a levé la question à débusquer.

Le problème de l’éthique reste entier… si, la jouissance de l’Autre est intervenue comme je le pense, pour refuser une place à quelqu’un qui s’y proposait humblement, alors, il faut pouvoir requestionner la place de l’éthique, dans l’après coup même, et prendre ses responsabilités, et la remettre sur la table des discours, quitte à revenir sur nos actes.

L’histoire ne s’arrête pas à ça, à ce qui s’est passé…comme pour « l’holocauste » qui de manière très opportune, l’ après-midi est venu rappeler pour moi l’urgence de faire valoir l’éthique de l’acte non comme relevant d’une « jouissance de l’Autre », fixée par une représentation, par un savoir, mais comme « assertion de la certitude anticipée » comme ce qui permet « de surmonter le fait que la certitude n’est pas fondée par ce qui la précède, mais qu’elle anticipe sur ce qui va suivre » 6, qui fait que dans l’acte, nous avançons toujours sur du vide, que l’acte ne bouche pas le vide de sa prédication comme savoir, comme représentation, comme fantasme.
Toute la question du transfert est là, et avec elle, le préalable de l’amour à tout commencement. Il faut croire en l’humanité de l’autre avant qu’il ne doive en faire la preuve… c’est la définition essentielle du droit qui rejoint ici la pratique psychanalytique. C’est l’absolue nécessité de spéculer sur le bénéfice du doute, qu’il doit toujours profiter à l’accusé, que la charge de la preuve de son innocence ne lui incombe pas.
C’est autour de ce point d’extrémité ultime que s’établit la limite à la jouissance, la vitalité du tiers et le barrage à la jouissance de l’Autre. C’est en ce point que se « réelise » le clivage et que se vérifie la bascule dans le mal.
C’est cette position rigoureuse qui peut garantir à une société, à un groupement humain, à un collectif de psychanalystes, de ne pas verser dans la logique paranoïaque de l’exigence de la preuve comme préalable !

Au contraire de la logique paranoïaque, c’est celle de l’antécédence de l’amour qui fait non seulement qu’ « une décision doit être tranchée avant de l’avoir résolue » mais qui garantit aussi qu’elle ne soit pas prise dans la configuration paranoïaque d’une image répondant à une autre image, d’un fantasme s’articulant à un autre fantasme dans une jouissance d’identification… C’est cela qui doit- en tant que nous serions membres de cette construction d’institution, en tant que nous pourrions nous « identifier », nous y reconnaître comme vivants, en tant que signifiants de cette institution psychanalytique pour d’autres signifiants, membres de ce collectif de travail, de pensée, et de « jouissance »-, c’est cela qui doit nous renvoyer à l’image et à l’idée que nous sommes dans les actes de cette aventure, des hommes dignes d’être des hommes et des psychanalystes dignes d’être des psychanalystes.
La position d’exigence éthique va de pair avec la perspective analytique. Elle ne nous laisse pas tranquille, et si on opte plutôt pour la tranquillité, c’est qu’on se trompe d’éthique, et qu’on se trompe aussi de lieu pour la psychanalyse. Le bousculement est notre lot, c’est même une condition.

Je m’arrête ici, alors que je voulais commencer par la fin… mais je remarque que j’ai pris ce détour et qu’il est déjà long à parcourir et peut-être à digérer.
Je vous saurai gré de me faire savoir votre souhait ou non à ce que je poursuive et à vous faire parvenir la suite, qui devrait revenir plus précisément à l’état du questionnement où nous étions arrêtés samedi matin…« La jouissance de l’Autre n’est pas le signe de l’amour »
Que peut encore et aussi vouloir dire cette phrase sinon qu’elle nous met face au fantasme, à la bêtise…face l’amour comme à son illusion, mais qu’on aurait bien tort de croire et de s’en tenir seulement à cela. Car non, pour l’amour, il y a bien autre chose que la capture fantasmatique qui intervient. C’est peut –être bien cela, cette précaution latente dans la phrase de Lacan.
J’espère pouvoir y revenir et n’avoir pas dit trop de bêtises.
 
borro
 

2e point de vue :Amour et topologie  

2e point de vue : l’amour est topologique, le lieu d’un dessaisissement et d’une reprise, d’un (réel) signifiant qui creuse la place de l’autre comme un berceau, un effaçon, un dire qui tend à l’autre le lieu de son articulation. Et cet autre, n’est pas moins que ce « je est un autre » 8.

Ce n’était pas fini… à propos de ce que cette phrase de Lacan pouvait vouloir dire. Il y avait eu la « fin du temps réglementaire », une ponctuation du temps pour nous alimenter dans l’entre-deux de la macération et de la mastication.
En terminant le point 1, j’en arrivais à ceci, que cette phrase « La jouissance de l’Autre n’est pas le signe de l’amour » peut encore et aussi être un signalement, et vouloir dire qu’elle nous met face au fantasme, à la bêtise…face l’amour comme à son illusion et qu’on aurait bien tort de croire et de s’en tenir seulement à cela. Non, pour l’amour, il y a autre chose que la capture fantasmatique et l’illusion amoureuse qui interviennent.

Et cela pose alors une autre question, celle du signe de l’amour et de l’amour comme signe.
Puisque la jouissance de l’Autre n’est pas le signe de l’amour, où alors donc se cacherait le signe de l’amour ? Y en aurait-t-il un et si oui pour quel objet, car quel objet pourrait rendre compte de l’amour ? Je ne vais pas repartir sur « L’amour tient-il dans le fait que ce qui apparaît, ce n’est rien que le signe ? » de la pg 21, bien que je croie qu’on y reviendra dans la question de ce lieu de dessaisissement.
Je suivrai la piste de la formation de ce lieu par le dessaisissement de la preuve et de la certitude imaginaire que le surmoi nous met en phase d’exiger.

Pour Lacan, l’amour c’est « donner ce que l’on n’a pas ». Ce qui pose l’amour déjà dans une propriété particulière, celle d’être un insaisissable ou quelque chose qui nous échappe. A partir de là, de cette propriété insaisissable de l’amour, comment imaginer le saisir en un objet autrement que comme celui d’une traversée, comme au travers de la jouissance des amants au plus fort même de ce qu’ils croient, dans l’étreinte de leur fantasme, de leur « bêtise », dans ce pouvoir d’illusion et de semblant où ils se donnent l’un à l’autre de se trouver ?

En eux donc, malgré cette conjonction des corps, l’amour ne peut être saisi que comme passage et fugitivement. Et il n’est pas signé par la jouissance. Pourtant, il a ses lettres qui ne sont pas sans effets de corps et sur le corps. Un mot, une façon même de dire qui est dans le son, voire même dans un grognement, touche l’autre, vous ouvre, vous blesse… Si l’amour n’est pas en eux, pris, défini dans le un de leur corpsjonction, c’est qu’il est ailleurs. Mais où ? Comme le furet qui passe, il court plus vite que son ombre

Mais alors, l’amour peut-il être autre chose qu’une illusion appelée à s’écraser ? Ne peut-il s’éprouver autrement que dans la définition d’un semblant ?
L’amour, insaisissable, je l’écrirais plutôt du côté d’un réel qui marque le corps, comme une écriture qui réalise le manque. L’amour, c’est la castration.
La zone érogène, est justement ce lieu du corps dit-cerné, où le corps s’évanouit à sa propre substance… frisson, stupeur et tremblement…
Un lieu sur le corps de transcendance…de signe, qui ne « s’attrape » que de son effet, de l’effacement de la chose dans le signe. Et quand l’autre, par un petit quelque chose sur lui, ou sur elle vous renvoie à ce signe sur vous, ça vous atteint en vous transperçant, en vous faisant vaciller. L’amour, c’est marqué du signe de votre castration dans le réel.
Dans l’amour, nous sommes castrés. Là où la jouissance ne voudrait pas l’être, et être toute, l’amour nous fait reconnaître, nous fait (sa)voir que nous sommes en miroir de l’autre qui nous « touche », qui nous « fend », un « pas tout ». Et ça n’est pas simple ni à reconnaître, ni à vivre. Cela bouleverse et c’est difficile à articuler…d’ailleurs, les amoureux en savent quelque chose, qui bafouillent, ou bien qui tombent en pamoison…hors langage, dangereusement épris. Ça tombe…ça exige d’accepter de mourir…à soi, à son image, à sa représentation, à son idée ; de se laisser aux mains, à la merci de l’autre qui va faire, qui va dire, qui va s’accorder ou bien qui va dénier, qui va refuser…qui va refouler cette confrontation de soi avec sa Chose. Car nous sommes mis devant la question du refoulement et de sa levée ; de ce qui peut ouvrir sans que « tout foute le camp », devant la « vérité » du refoulement et donc devant l’horreur en même temps que le désir de la Chose.
L’amour est un péché, une transgression de l’innommable de la Chose. On y va sachant qu’on y mourra. Et quelques fois, on y survit, on traverse cette petite mort…mais ce n’est pas sans l’Autre. L’Autre qui nous précède et qui nous attend, dans son désir à « ne pas céder sur son désir »…parce que l’Autre, nous apprend depuis le passé que c’est l’antécédence de l’acte, le non savoir de la réponse qui porte la réponse ; que l’amour, ainsi nous devance et nous appelle imperturbablement, de manière lancinante pour celui qui l’éviterait, à son signe, à notre castration, qu’elle rencontre celle de l’autre et que bon an mal an nous nous y articulions.

L’amour, ça passe par une sexualité, par des corps dans la jouissance. Comme on le dit communément, on fait l’amour.
C.SOler nous dit en pistant Lacan que dans la transmission généalogique, il y a sinon de l’inceste, du moins de l’obscène… un passage, une transmission de la rencontre avec la levée du refoulement, avec le réel de la Chose. « Sans doute est-ce ce qui justifie Lacan à évoquer un rapport sexuel entre les générations, lequel on le voit bien, est autre chose que l’acte incestueux. » 9

Il serait donc à faire, affaire malgré tout d’un acte, et pour les amants, d’un à prendre en le laissant derrière eux, après eux…dans ce qu’ils ne peuvent saisir d’eux, qui fait réel d’une inscription du vivant dans laquelle ils se reconnaissent au-delà d’eux, et où ils sont reconnus par l’Autre… dans un au-delà de leur représentation de tout ce qui pourrait être une conceptualisation de la pensée et qui pourtant est une conception, qui donne vie et consistance de chair signifiante, incarnation dans le signifiant de leur amour, de leur bêtise. On ne fait pas l’amour sans quelques signifiants de l’amour, sans dire et sans que ce dire n’ait quelque effet de lettre(s) d’amour qui vont parfois, dans le meilleur des cas, à prendre chair dans la présence réelle d’un autre… d’un autre appelé dans son signifiant.
 
discours
 

Daniel DEMEY

03/12/2010

1 Marc Strauss était l’invité du Forum de Liège le 26/11/2010 pour la lecture du séminaire Encore et une conférence.

2 Lacan, Séminaire Encore pg 11 ed Seuil 1975

3 Lacan

4 Séminaire Encore, ibidem pg 21

5 « N’importe quel fait de discours a ceci de bon qu’il fait de la lettre » Encore pg 79 version Ali, cité par Ch. Fierens in Théorie et clinique psychanalytique pg 88

6 Marc Strauss …au risque de me tromper peut-être mais je ne crois pas, conférence à Liège 26/11/2010

7 ibidem

8 Arthur Rimbaud

9 C.Soler in L’ inconscient réinventé, Puf 2009, pg 38


Documents joints

Lacan Encore 20 mars 1973, 9<sup class="typ

Commentaires

Daniel Demey : Lettre ouverte à un tiers de passage
mercredi 19 juin 2013 à 09h37 - par  nuvendiffdon1975

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Krzysztof Balicki

jeudi 15 septembre 2016 à 19h18 - par  Francine Godin

Tout dépend. Le rapport de l’homme au corps de la femme n’est pas le même que le rapport de la femme au corps de l’homme. Je ne parle qu’en mon nom et sur la base de ma grande expérience. Et la maniere dont l’homme fait l’amour dit tout de lui. Francine Godin, analysante

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