PASSE LACAN, morceaux choisis


Document du lundi 11 juin 2018
Article mis à jour le 21 novembre 2017
par  P. Valas

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PASSE, PASSANT, PASSEUR.  

I)-…Il est vrai que des passeurs ont été très bien désignés.
Je veux dire que c’était des gens sérieux, honnêtes, capables, menant des analyses propres, je les ai choisis parmi ceux-là, parmi les frais émoulus, ou encore en analyse, et ils ont reçu ceux qui eux-mêmes se trouvaient, se croyaient en état ou humeur de témoigner de leur affaire.

1972-10-14 JACQUES LACAN A L’ECOLE BELGE DE PSYCHANALYSE

II)-Alors, l’expérience a donc commencé.
Il y avait des gens qui étaient choisis par ceux qui étaient déjà installés dans le système ; pour les faire sortir de leur système, il faut forcément prendre appui sur le système lui-même : il y a aussi des gens qui ont été désignés.
Il ne faut pas croire que cela donne du tout des résultats scabreux, chahutants.
Il est vrai que des passeurs ont été très bien désignés.
Je veux dire que c’était des gens sérieux, honnêtes, capables, menant des analyses propres, je les ai choisis parmi ceux-là, parmi les frais et moulus, ou encore en analyse, et ils ont reçu ceux qui eux-mêmes se trouvaient, se croyaient en état ou humeur de témoigner de leur affaire.

1972-10-14 JACQUES LACAN A L’ECOLE BELGE DE PSYCHANALYSE .

III)-C’est que les passants en arrivent par cette expérience de la passe, à un résultat absolument pas croyable, à une précipitation de tas de choses qui étaient là encore en suspens dans leur analyse. […] De même, et vous voyez comme tout ça, c’est d’une relation très très complexe, il n’y a pas d’exemple où le témoignage des passeurs eux-mêmes n’était…, c’est les passeurs qui montraient même souvent le témoignage le plus saisissant, dans la mesure où même maintenant […] cette expérience de la passe était pour tous […] une chose absolument consumante, brûlante, absolument chavirée, n’est-ce pas, et ça se voit dans des effets qui étaient absolument considérables.
1972-10-14 JACQUES LACAN A L’ECOLE BELGE DE PSYCHANALYSE

IV)-

Il ne suffit pas qu’un analyste croie avoir obtenu la fin d’une analyse, pour que, de l’analysant arrivé à ce terme, lui, pour l’avoir élaboré, fasse un passeur.   

La fin d’une analyse peut n’avoir fait qu’un fonctionnaire du discours analytique.
C’est maintenant souvent le cas.
Le fonctionnaire n’est pas pour autant indigne de la passe, où il témoignerait de ses premiers pas dans la fonction : c’est ce que j’essaie de recueillir.
Pour le recueillir d’un autre, il y faut autre dit-mension : celle qui comporte de savoir que l’analyse, de la plainte, ne fait qu’utiliser la vérité.
Avant de s’engager là-dedans la tête la première, témoignera-t-il que c’est au service d’un désir de savoir ?

V)-

le savoir qu’il a trouvé, crû dans son propre.  

N’importe qui ne saurait en interroger l’autre, même à en être lui-même saisi.

Il entre peut-être dans sa fonction sans reconnaître ce qui l’y porte.

Un risque : c’est que ce savoir, il lui faudra le construire avec son inconscient c’est-à-dire le savoir qu’il a trouvé, crû dans son propre, et qui ne convient peut-être pas au repérage d’autres savoirs.
De là parfois le soupçon qui vient au sujet à ce moment, que sa propre vérité, peut-être dans l’analyse, la sienne, n’est pas venue à la barre.
Il faut un passeur pour entendre ça.
1974-05-08 NOTE QUE JACQUES LACAN ADRESSA PERSONNELLEMENT A CEUX QUI ETAIENT SUSCEPTIBLES DE DESIGNER LES PASSEURS
Parue dans Analyse freudienne presse, 1993, n° 4, p. 42.

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Je ne vends pas la mèche du baratin pour les passeurs.   

VI)-On est bougrement plus dur dans l’être pourtant, personne ici ne le sait donc quand on abdique d’être sujet.
On voit que vous n’avez jamais été à la guerre, vous êtes tous à quelque degré enfants de Pétain, en 14 pas nés encore.
Pour vous, c’est immémorial : il en reste pourtant un témoignage à la hauteur, pour n’être ni d’un futuriste qui y a lu sa poésie, ni d’un salaud de publiciste rameutant le gros tirage : c’est Le guerrier appliqué, de Paulhan.
Lisez ça pour savoir l’accord de l’être avec la destitution du sujet.

VII)-J’ai raté ça de très peu, mais je vous ai eus de l’an 60 à 63.
On se sent assez bien dans son être, quand un nommé dindon (en anglais) tranche de votre discours de dix ans comme si c’était un air de flûte destiné à induire vos élèves à la marque d’identification que sa perspicacité n’a pas laissé échapper : soit le port du nœud papillon (sic, j’en appelle aux témoins).
Pour une destitution subjective, c’en est une qui suscite l’être, croyez-moi.
Sans doute aussi l’être de ceux qui y assistaient impavides.
Les références que j’évoque, n’ont rien à faire avec le désir d’être analyste.
Je ne vends pas la mèche du baratin pour les passeurs.
Mais la seconde peut-être appelle examen sur la nature du désêtre qui en l’occasion est en face. Car je ne songe pas à l’extraire du désir du psychanalyste, même si c’est un faux pli.
Nous avons vu des psychanalystes trempés, comme s’exprimait ce psychosociologue, – car ce n’est pas moi qui ai fait fonctionner un tel être en notre sein – trempée dans du jus de Kapo, sans doute.
Mais évoquer les camps, c’est grave, m’a-t-on dit.

1967-12-06 RÉPONSE AUX AVIS MANIFESTÉS SUR LA PROPOSITION (VERSION TRANSCRIPTION)

VIII)-

fonction du passeur : elle ne constitue ni une promotion, ni même la sanction de ce qu’une analyse soit tenue pour réussie, fût-ce seulement par l’analyste qui présente le dit.  

a) fonction du passeur  : elle ne constitue ni une promotion, ni même la sanction de ce qu’une analyse soit tenue pour réussie, fût-ce seulement par l’analyste qui présente le dit.
C’est une charge dont l’analyste au titre d’A.E., investit quelqu’un qu’il tient pour capable de recueillir une information concernant la passe et d’en témoigner auprès du jury d’agrément, supposé non sans fondement être un collège averti.
C’est seulement en conséquence que le passeur doit avoir l’expérience du psychanalysant, mais il n’est pas obligatoire qu’il l’ait parcourue de par l’acte du psychanalyste qui le présente, non plus que par celui d’un psychanalyste de l’École.
Il en résulte qu’en principe, l’A.E. pourrait se dispenser d’informer la personne qu’il juge propre à servir de passeur, qu’il la propose pour cette charge.
Le faire ne relève que de la courtoisie et l’élu garde le droit d’en décliner l’honneur.
S’il l’accepte, il ne saurait se récuser pour aucun examen qu’il lui soit alloué au titre de la passe.
L’aurait-on laissé ignorer sa présence sur la liste, comme c’est concevable il peut en démissionner à la première occasion qui l’en informe, comme à une ultérieure aussi bien, mais en tout cas sans retour.
b) question de la passe : le passeur est d’autant moins un « passé » qu’il n’est là que pour une analyse logique de la passe, dont on ne sait présentement ni ce qu’elle est, ni si elle est comme décidable.

La seule définition possible du passant c’est qu’il n’est pas sans le savoir.   

C’est à ce titre qu’il ne saurait être admis à faire épreuve de son passage sans la permission expresse de son psychanalyste.
Cette permission nécessaire n’est qu’un non-désaveu, nullement une palme au titre d’une psychanalyse « réussie ».
Elle consent à ce qu’un candidat s’offre à contribuer à un jugement qui l’intéresse sur les limites dont témoigne sa psychanalyse, et spécialement en ceci qu’elle a prétention didactique.
C’est pourquoi il est opportun qu’en tant que psychanalysant, ce candidat ait au moins franchi celle-ci : de n’être pas sans savoir qu’il est question de ces limites.

Qu’à une telle épreuve un psychanalysant soit agréé comme A.E(….) ne donne ni à l’un ni à l’autre le droit de s’autoriser du titre d’A.M.E.   

Qu’à une telle épreuve un psychanalysant soit agréé comme A.E. (cf. le paragraphe c/) fait du même coup agréer comme A.E. son psychanalyste, mais ne donne ni à l’un ni à l’autre le droit de s’autoriser du titre d’A.M.E. : soit d’être un analyste dont l’École garantisse l’omnivalence. ?

c) Sanction du passage devant le jury d’agrément : le jury peut fort bien décliner d’agréer un candidat au titre d’A.E. sans que ce fait n’entache en rien ni la pertinence de la psychanalyse parcourue, ni la capacité du psychanalyste qui permet la présentation, non plus que ce fait ne présume de ce que deviendra le candidat comme analyste.

…qu’il ait en lui une promesse de contribuer utilement au travail des A.E.  

De la présentation en effet, le jury tire un enseignement, mais il ne s’en suffit pas.
Il faut que celui qui le fournit, en ressorte comme situé au point propice à ce que d’autres présentations trouvent leur recours de la sienne, autrement dit qu’il ait en lui une promesse de contribuer utilement au travail des A.E.

La décision du jury d’agrément, pour tout dire, se joue au tranchant qui sépare la performance de la compétence.   

Il est clair qu’une compétence s’inaugure de la performance, qui n’est jamais seulement particulière, de la psychanalyse.
C’est de ce point de passe, et pour l’interroger, que la proposition du 9 octobre 1967 entend retenir une sélection et la privilégier.
Ce qui indique cette sélection, c’est la préservation de ce joint-même de sa distorsion ultérieure par d’autres afflux qui le gonflent, et la nécessité du privilège afférent est surdémontrée, s’il le fallait encore, par les réponses les plus récemment enregistrées à la proposition.
d) en conclusion : prendre acte de ce que s’intituler A.E. dans l’École ne qualifie personne à s’autoriser d’être A.M.E. de l’École, les deux titres n’étant nullement incompatibles, ce qui prouve leur indépendance.

1969-02-09 COMMUNIQUÉ DU JURY D’AGRÉMENT À TOUS LES MEMBRES DE L’ÉCOLE

IX)-

Il n’y a pas besoin d’être A.E. pour être passeur.
  

Il n’y a pas besoin d’être A.E. pour être passeur.
C’est une idée folle de dire qu’il n’y a que les A.E. qui pouvaient désigner les passeurs. C’est en quelque sorte une garantie ; je me suis dit que quand même, les A.E. devaient
savoir ce qu’ils faisaient.
La seule chose importante, c’est le passant, et le passant, c’est la question que je pose, à
savoir qu’est-ce qui peut venir dans la boule de quelqu’un pour s’autoriser d’être analyste ?
J’ai voulu avoir des témoignages, naturellement je n’en ai eu aucun, des témoignages
de comment ça se produisait.

Bien entendu c’est un échec complet, cette passe.
Assises de l’École freudienne de Paris : « L’expérience de la passe », Deauville.
Parue dans les Lettres de l’École, 1978, n° 23, pp. 180-181.

Ceux qui se trouvent occuper cette position du passeur dans certains cas, en effet, se sont posés en analystes : ce n’est absolument pas ce que nous attendons d’eux.
Ce que nous attendons d’eux c’est un témoignage, c’est une transmission, une transmission d’une expérience en tant qu’elle n’est justement pas adressée à un vieux de la vieille, à un aîné.
Ce couloir, cette faille par laquelle j’ai essayé de faire passer ma passe, j’aurais peut-être pu en inventer une plus subtile, mais fallait pas non plus trop compliquer les choses, il fallait quand même rester dans l’ordre de ce qui se fait. J’aurais pu leur demander de devenir prestidigitateurs par exemple, mais vous voyez ce que ça aurait engendré comme fatigue ! Non, je leur ai simplement demandé ça, et je le répète, le résultat est quelque chose de tout à fait nouveau, quelque chose qui, chez aucun de ceux qui s’y sont présentés, n’a été sans effet, des effets qui sont peut-être des dégâts, après tout, pourquoi pas ? Mais des dégâts, chacun sait que, tels que nous sommes foutus, nous autres de l’espèce humaine, les dégâts c’est ce qui peut nous arriver de mieux. Bon. Eh bien je suis là avec les dégâts sur mon dos, bon ; et puis après tout, ça n’est pas plus inutile pour ça, puisque, comme quelqu’un me le faisait remarquer, si il y a quelqu’un qui passe son temps à passer la passe, c’est bien moi.

X)-1973-11-03 INTERVENTION DANS LA SEANCE DE TRAVAIL « SUR LA PASSE » CONGRES DE L’ÉCOLE FREUDIENNE DE PARIS LA GRANDE MOTTE

…celui qui se propose pour la passe est dans une toute autre position comme sujet. Il n’est même pas sujet du tout. Il s’offre à cet état d’objet qui est celui à quoi le destine la position de l’analyste. De sorte que si on l’écrème en quelque sorte, ce n’est pas du tout une récompense, c’est qu’on a besoin de lui ; besoin de lui pour sustenter la position analytique.
Ce n’est donc pas un titre qui résulte du passage, c’est tout le contraire.
Et je m’étonne qu’on n’ait pas vu ce dont pourtant ici je peux témoigner, c’est qu’il a fallu – puisqu’on a évoqué son nom – que je me roule aux pieds de quelqu’un que justement je ne veux pas renommer de nouveau, quelqu’un dont on a déjà que trop parlé, il a fallu que je me roule à ses pieds pour lui faire accepter d’être analyste de l’École.
Journées d’étude de l’École freudienne de Paris. Maison de la chimie, Paris, 9 Novembre 1975. Paru dans Lettres de l’École freudienne, 1978, n° 24, pp. 247-250.


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