Patrick Valas : L’Éthique de la psychanalyse ?

Lacan voulait réécrire son séminaire « L’éthique le la psychanalyse »...

Document du samedi 4 mai 2019

par  P. Valas

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L’Éthique de la psychanalyse ?


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Lacan voulait réécrire son séminaire « L’éthique le la psychanalyse » dont il n’était pas satisfait.  

C’est même le seul séminaire dont il voulait faire un écrit.
Il ne l’a pas fait pour des raisons que nous ne savons pas.
Il faut dire aussi, qu’il y a quelque chose d’inachevé dans ce séminaire, ce qui a engendré beaucoup de malentendus.

Nombreux sont ceux qui croient que Antigone est l’incarnation même de l’éthique de la psychanalyse.  

C’est une erreur, Antigone est animée d’un « désir pur » presque sublime, inhumain, elle s’oppose à Créon, frère de Jocaste, son oncle le tyran qui a succédé à son père Oedipe et qui comme tel, maître de la cité (Polis) est au service des biens.
Antigone est la fille d’Œdipe, roi de Thèbes et de la reine Jocaste (mère d’Oedipe).


Oedipe, a été abandonné tout petit par ses parents Laïos et Jocaste, parce que l’oracle de Delphes, avait prédit au moment de sa naissance, que cet enfant tuerait un jour son père et sa mère.
  

Pris de pitié pour cet enfant au berceau, ses parents plutôt que de le noyer, attachèrent son berceau au pied d’un arbre du bord de la rivière.


Il fût recueillit encore vivant par un couple de paysans très modeste.
  

Devenu jeune adulte, Oedipe entend un jour la rumeur d’un « dit » de l’Oracle, signifiant qu’un jour il tuerait ses parents (adoptifs en fait, mais cela il ne sait pas).

Il les aimait beaucoup, et terrifié, Oedipe pour ne pas accomplir ce geste funeste, s’enfuit le plus loin possible, il se dirige vers Thebes, la « capitale » du royaume.


En chemin au moment de traverser une rivière, il est bousculé par le char d’un vieil homme très important.
  

Comme ce dernier ne veut pas lui laisser la priorité du passage, Oedipe, qui est très fort, le bouscule et lui casse la gueule…celui-ci décède sur le champ.

Poursuivant son chemin Oedipe est alors interpellé par La Sphinge (mi-femme mi dragon ailé), qui est la gardienne féroce de l’entrée à Thebes.

En effet à chacun qui se présente elle pose une énigme, et s’il ne sait pas répondre elle le dévore.

La Sphinge lui demande :« Qui, le matin marche à 4 pattes, à midi à 2 pieds, et le soir à trois pieds ? »  

Oedipe se pointe devant elle et voilà la question qu’elle lui pose :
« Qui, le matin marche à 4 pattes, à midi à 2 pieds, et le soir à trois pieds ? »

Oedipe sans hésiter lui répond : « c’est l’homme ! ». 

Aussitôt démasquée, elle se jette dans un précipice et s’écrase au fond sur les rochers.
La Vérité disparait à jamais.

La nouvelle se répand, « la cité est enfin débarrassée de ce monstre », Oedipe alors est accueilli comme un héros à Thebes, il va recevoir sa récompense.
  

Comme elle l’a promis, Jocaste la Reine l’épousera.

Elle a bien reconnu Oedipe son fils « abandonné », au fait qu’il marche en boitant, car il a un « pied enflé », traduction de son nom Oedipe, mais elle ne le dit pas.


De même que tout le monde a reconnu qu’il est celui qui a tué Laïos, mais aussi motus et bouche cousue.  


Ils auront ensembles 4 enfants.

Au fond, Lacan le note, pas d’inconvénient à ce qu’une mère puisse faire des enfants avec son fils.

Ceci pour souligner que l’inceste ne se réduit à l’acte sexuel entre un parent et un de ses enfants, il y faut autre chose, qui se joue sur le plan de la transmission de la parole et du langage, qui donc ne transgresse pas les lois de l’exogamie (du registre du symbolique ), qui existent avec leurs variantes dans toutes les civilisations de toujours.


Au début tout va pour le mieux au royaume, à ceci près que Oedipe « veut savoir, la vérité ».  


Il cherche, et il cherche, malgré Jocaste qui lui dit :
« arrêtes, arrêtes ! », il ouvre tous les placards, et découvrent qu’ils sont remplis des cadavres nauséabonds de cette lignée royale.


La peste s’abat sur la ville.  

Cela dégage une telle puanteur que la peste s’abat sur la ville…
Oedipe s’arrache les yeux - « tellement ça crevait les yeux ».

Il est alors chassé de la ville, et va se réfugier dans le temple à Colone, tandis que Jocaste, honteuse de son inceste plus que consentie se suicide.

Œdipe, s’exile à Colone sous la conduite d’Antigone, sa soeur Ismène les y rejoint.
Les Thébains essaieront en vain de les enlever, sans succès.

« Mieux vaudrait ne pas être né ».  


Les « Sages du Royaumes » le harcèlent « pour savoir aussi ! », et lui se plaint auprès d’eux, que dans la nourriture qu’on lui apporte tous les jours, on ne lui met pas « les cuisses de poulets » qui sont son dû, compte-tenu de son statut de Roi.

Il entraine finalement l’un d’eux dans l’enceinte sacré du temps et lui souffle à voix basse : « Mieux vaudrait ne pas être né ».


Et « il se dissout dans le Réel », dit Lacan, pour qui Oedipe ne meurt pas.
  

D’où de cette malédiction pour tous et pour l’éternité .
Après la mort d’Œdipe, les jeunes femmes reviendront volontairement à Thèbes où le roi Créon, leur oncle, avait promis de marier Antigone à son fils Haemon. 

Au cours de la guerre des Sept Chefs, ses frères Etéocle et Polynice s’entre-tuèrent. 

Créon, frère de Jocaste, alors au pouvoir fit donner à Etéocle une sépulture décente, mais il ordonna que le corps de Polynice, qu’il considérait comme un traître à sa patrie, restât sans sépulture à l’endroit où il était tombé.

Créon ordonna que le corps de Polynice, qu’il considérait comme un traître à sa patrie, restât sans sépulture à l’endroit où il était tombé.  

Antigone, convaincue que la loi divine devait l’emporter sur les décrets humains, décida de rendre les honneurs funèbres à son frère. 

Surprise par les gardes elle fut amenée devant le roi.

Créon condamna Antigone à être enfermée vivante dans le tombeau des Labdacides où elle devait mourir de faim.  

Pour ne pas se souiller, Créon la condamna à être enfermée vivante dans le tombeau des Labdacides où elle devait mourir de faim.

Ismène voulut partager son sort mais sa soeur refusa car elle n’avait pas eu, en son temps, le courage de s’opposer à Créon.

Argie était très amoureuse de son époux Polynice elle aida sa belle soeur, Antigone, à l’enterrer malgré l’interdiction de Créon qui la condamna à mort.

Le devin Tirésias rapporta à Créon ces paroles à peine obscures où il devait sous peine de malédiction « enterrer les morts et de déterrer les vivants ». 
  

Créon comprit et se précipita au tombeau pour le faire ouvrir mais il était déjà trop tard.
Antigone s’était pendue avec sa ceinture et son amant éploré, Haemon, chercha d’abord à tuer son père et en le maudissant il se suicida à son tour suivit dans son acte par sa mère, Eurydice, la femme de Créon qui se trancha la gorge.

Antigone est animée d’un « désir pur » presque sublime, inhumain, elle s’oppose à Créon, son oncle le tyran qui a succédé à Oedipe et qui comme tel, maître de la cité (Polis) est au service des biens.
Antigone, lui opposerait en quelque sorte, les Lois du ciel, qui exigent que tout être humain, quel que soit ce qu’il a fait dans sa vie, en bien ou en mal, a le droit à une sépulture, pour que son cadavre ne pourrisse pas dans la poussière et soit mangé par les oiseaux charognards, en sorte qu’il sera errant pour l’éternité.
Il s’agit en cette légende de Polynice, son frère cadet qui a rejoint les ennemis de son peuple et qui a été tué, à la guerre, Créon pour lui faire payer sa trahison interdit que sa dépouille mortelle, soit enterrée.
Antigone refuse ce verdict et vient pendant la nuit recouvrir le cadavre de terre, pour le préserver de cette malédiction de Créon, qui est quand même son oncle.
Fou de rage, Créon la condamne à être enfermée vivante dans une caverne dont l’entrée est bouchée pour toujours. 

On sait la suite…


Lacan a-t’il apporté du nouveau concernant l’éthique nouvelle que la psychanalyse pourrait élaborer ?  


Précisons ici que l’éthique se distingue de la morale, laquelle relève des « bons sentiments », qui eux dépendent de la jurisprudence.

Pour avancer un peu dans ce champ, qui n’est pas sans difficulté, Il faut d’abord rappeler que dans Le banquet de Platon, que Lacan analyse avec beaucoup de soin, mais pas sans tâtonnement non plus, il désigne Alcibiade comme étant « l’Homme du désir », celui qui en cède pas sur son désir.


Alcibiade est, selon Lacan « L’homme du désir ».  

Si l’on sait que Alcibiade a passé sa vie à changer de camps, au gré de son désir, faisant des enfants un peu partout, aux reines ou aux princesses de ceux dont il se faisait l’allié, tantôt servant les ennemis d’Athènes, tantôt avec les perses, tantôt comme Hoplite à la bataille de Mantinée, dont il était un des héros (blessé à cette occasion, Socrate le porta sur son dos pour le mettre à l’abri (de là est née leur amitié, tumultueuse du fait d’Alcibiade).

Le désir qui insiste dans une demande toujours la même « indestructible » écrit Freud à la fin de son ouvrage princeps. l’Interprétation des rêves, le désir qui git dans l’inconscient, n’est pas sans se manifester dans le Sinthome singulier propre à chaque sujet.  


Un Sinthome que l’on hérite de sa lignée, et pour dire que ce n’est pas un conte de fée, Lacan précise qu’il se constitue sur trois générations.


Ainsi, quand le grand-père est une canaille, le petit-fils est une canaille lui aussi.
  

Du côté des femmes ce que se transmet de mère en fille c’est un « ravage ».

À cet égard, sans mauvais esprit, si une femme peut se vouer à un homme comme étant son « sinthome », pour une femme un homme est toujours « un ravage ».

Lacan ne fait pas dans la dentelle.


Il y a donc le « sinthome-il », et le « sinthome-elle ».  


Parce qu’en effet, il est bien réel qu’il y a des hommes (en tant que mâle), et des femmes (en tant que femelle).

À chacun sa chacune et à Lacan sa lacune. 


Bref pour en finir provisoirement avec ce work in progress, il faut ajouter selon Lacan, qui souligne ainsi l’horizon de ce qu’il appelle l’Éthique de la psychanalyse :


« Qui n’est pas amoureux de son inconscient erre ».
 « Et pour la première fois dans l’histoire vous allez pouvoir ne pas aimer votre inconscient, autrement dit vous allez pouvoir errer ». 
  

Voilà pourquoi j’ai nommé un groupe que j’ai créé sur Facebook, L’Éthique de la psychanalyse ?


Le point d’interrogation c’est ça le plus important.


Patrick Valas le 3 mai 2019


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