Jacques Hochmann : Les chemins de l’autisme. Nouvel article N° 469

Des psychopathies à la neurodiversité.

Document du mardi 28 mai 2019

par  P. Valas

JPEG - 37.9 ko

Jacques Hochmann : Les chemins de l’autisme.  


Des psychopathies à la neurodiversité.
Professeur émérite à l’Université Claude Bernard (Lyon 1), médecin honoraire des hôpitaux de Lyon.
Auteur de Histoire de l’autisme. Paris, Odile Jacob,2009.

Depuis son individualisation en 1943, simultanément par Hans Asperger et Leo Kanner, l’un à Vienne, l’autre à Baltimore, l’autisme infantile a été l’objet d’une publicité considérable et de conflits qui ont dépassé les cercles professionnels.   

Il est devenu aujourd’hui un problème de société alimentant des campagnes de presse, des émissions de radio et de télévision
souvent biaisées, des polémiques sur les réseaux sociaux, des manifestations dans la rue, des
poursuites contre la France devant les tribunaux européens.
Après que l’Assemblée nationale française ait voté une loi pour le définir comme un handicap nécessitant des soins et une éducation spécifiques, certains députés n’ont pas hésité à empiéter sur la liberté de
prescription des médecins, en soumettant un projet de loi puis une résolution pour interdire
toute référence à la psychanalyse dans la prise en charge des enfants autistes au profit des
thérapies comportementales.

Pendant ce temps, des mouvements de familles, au mépris des libertés universitaires, exigeaient la seule application dans les formations d’un prétendu « socle des connaissances » qui avait leurs faveurs.
L’autisme occupe des rayons entiers dans les librairies ou les bibliothèques et continue à faire l’objet de nombreux programmes de recherche et de plans gouvernementaux soutenus par le lobbying efficace d’une « élite associative » 1.

Pourquoi tant de passions ?   

Beaucoup d’écrits sur l’autisme sont l’œuvre d’auteurs qui se sont affirmés personnellement engagés, parents d’autistes ou autistes eux- mêmes.
Les enfants autistes, de longue date, exercent sur ceux qui s’en approchent un mélange de compassion pour des familles soumises parfois à un véritable martyre, dans leur solitude, dans l’incompréhension de leur entourage, dans l’absence, l’insuffisance ou l’inadaptation des solutions proposées, et d’étrange fascination devant un personnage énigmatique.

Je n’en suis pas exempt.   

J’ai consacré une large partie de ma vie professionnelle à tenter, avec une équipe particulièrement stable et motivée, d’apporter au long cours, en lien étroit avec leurs parents, une aide à un certain nombre de sujets souffrant de troubles envahissants du développement, pour surmonter leurs angoisses, contracter des relations avec autrui aussi paisibles et aussi harmonieuses que possible, s’insérer à l’école et y faire des apprentissages, acquérir une certaine autonomie dans la vie en société, sans se voir pour autant obligés de renoncer aux particularités de leur être au monde 2.
Cela exige un investissement affectif et expose à des partis pris souvent exclusifs qui obèrent l’esprit
critique nécessaire à une discussion scientifique.

Je ne prétends donc pas me soustraire totalement à la curieuse atmosphère de propagande haineuse qui entoure les débats sur l’autisme.   

Elle connaît un regain aujourd’hui avec la parution récente du livre d’une historienne américaine, Edith Sheffer, sur Les enfants d’Asperger, sous titré, dans l’édition française, Le dossier noir des origines de l’autisme et dont nous devons la traduction à l’initiative de Yann Craus, de Jérémie Sinzelle et de Jean Marc Dreyfus 3.
L’histoire, enrichie par des recherches récentes, peut néanmoins contribuer à mieux nous faire comprendre l’évolution du concept d’autisme, en replaçant la démarche de ses auteurs dans son contexte, mais aussi en établissant des liens de filiation entre eux, en montrant quel était leur héritage et contre quoi ils s’élevaient.

Elle permet de déconstruire certaines images que nous gardons du passé et qui continuent à déformer notre vision du présent.   

D’un point de vue plus général, elle ouvre sur les paradoxes du diagnostic en psychiatrie.

LES PRÉALABLES À L’AUTISME :DE L’IDIOTIE À LA CONSTITUTION SCHIZOÏDE…etc.


Publications

Derniers articles publiés

Navigation

Articles de la rubrique