La dépression n’existe pas… la douleur d’exister oui


Document du lundi 10 août 2015
Article mis à jour le 21 mai 2011
par  P. Valas

soleil levant
 

La dépression n’existe pas…La douleur d’exister oui.

Patrick Valas

Pour la Psychiatrie « nouvelle », comme on dit le Beaujolais nouveau, La Dépression est située dans les plis du cerveau. C’est une maladie constituée par un continuum syndromique pharmaco sensible. S’agit-il de la découverte d’une entité qui aurait été inaperçue par la psychiatrie classique et par la psychanalyse comme on semble l’affirmer ?

Je laisse cette psychiatrie savourer ce qu’elle croit être son triomphe, dans la vaste connivence sociale de la doxa à laquelle elle collabore sans réserve avec le scientisme, dont le bras armé est la culture de l’évaluation. Sa visée dans ce domaine, entre autres, est de naturaliser le Parlêtre. Sur cette pente cela conduira irrémédiablement à en faire une chose évaluable par n’importe quel ordinateur, puisque que c’est lui qui en fournit les modélisations – à cet égard, la complexité de ses nosographies rend indispensable son usage. Non seulement pour dresser la cartographie du fourre-tout des manifestations polymorphes de cette affection et établir ses typologies, mais aussi pour en calibrer le traitement, essentiellement par des médicaments, voire même enfin pour prétendre prévoir dès le plus jeune âge la possibilité de sa survenue, son pronostic et même son avenir, quitte à convoquer une cause génétique, aujourd’hui plus qu’avant impossible à démontrer- le « génie » génétique étant une forme exténuée du Père Noël. Le programme de cette nouveauté pour le profit d’une clinique du médicament vise l’éradication de toute clinique du sujet et des discours. Elle a pour effet un appauvrissement de la langue et le retour assuré à l’obscurantisme. On peut s’étonner que, du côté des sciences de la vie dont les avancées sont indéniables, il n’y ait aucune protestation contre l’usage abusif de ses découvertes. En effet les techno-sciences n’opèreraient plus du tout le simple ajustage de ses moyens à des finalités censément posées par l’homme, mais rendraient possible la transformation insensible du Parlêtre en matériau humain. D’où s’éclaire l’expression des ressources humaines, comme on dit ressources pétrolières. A vrai dire Lacan n’y croît pas tellement. Pour lui les gadgets produits par la technologie resteront des symptômes et ne parviendront pas à dissoudre la structure. A cet égard, il loge la Science comme pensée au voisinage du discours hystérique. Autrement dit elle est agencée par le sujet.

Il est vrai, ce qui est à distinguer du Réel, il est vrai qu’il n’y a de fait que de dit, on a dit : « Dépression », du coup elle existe. Si l’on en croit les statistiques, il y a des déprimés de plus en plus nombreux, et même des sujets qui ne savent pas qu’ils le sont, il faut le leur dire. Nous avons donc à prendre cela en compte.

En 1938, c’est-à-dire il y a 70 ans, Lacan, qui n’était pas encore lacanien, qualifiait la dépression d’être la grande névrose contemporaine, sans pour autant la situer dans les plis du cerveau. Ayant pris un autre départ, Il soulignait, quelques 20 années plus tard, dissipant les malentendus, « La distance ici gardée au réel peut soulever en effet la question de la coupure intéressée, qui, si elle n’est pas à faire entre le somatique et le psychique solidaires, s’impose entre l’organisme et le sujet, » [1]

Ceci n’est pas raison pour se précipiter à qualifier la psychosomatique. Il y a des distinctions à faire entre le sujet, le corps et l’organisme. Ne pas croire aussi que la biologie c’est le réel. Elle ne l’aborde que par des représentations, c’est-à-dire des métaphores, mais ça les biologistes n’en veulent rien sans savoir. Au point où ils en sont, ils ne sont pas prêts de s’en apercevoir. Bref, dans la psychanalyse ne nous sommes ni des « hyliques, matérialistes », ni des « psychiques ». Peut-être des « pneumatiques » que le souffle de la parole et le cristal de lalangue animent.

La clinique psychanalytique, est une clinique du sujet dans sa singularité. Elle procède dans sa pratique d’une hystorisation (avec un y) de la position du sujet dans les discours où il est empêtré. Donc une clinique pas sans éthique.

Freud, et Lacan, usent fort peu du terme de dépression, et jamais dans son sens psychiatrique. Ils n’en font pas une entité spécifique. Elle n’appartient pas à telle ou telle structure clinique, ni ne la qualifie. Ce qui implique d’en rendre compte à partir des coordonnées structurales par où se distingue la névrose, la perversion et la psychose.

Au-delà de ses manifestations phénoménales, il s’agit pour la psychanalyse comme pratique de faire émerger le fond de vérité qu’elle masque, le réel qu’elle touche et dans chaque cas en quoi elle relève d’une causalité qu’il s’agit de cerner.

Bref, même si les mots ne sont pas tabous pour la psychanalyse, le terme de dépression fera-t-il carrière dans le vocabulaire de la psychanalyse ? Il est permis d’en douter. Il est trop évocateur d’une conception « gonflante » de la psyché, qui emprunte à la notion de « tension psychologique » de Pierre Janet. Plus encore il reste contaminé par son usage en météorologie, géologie et surtout enfin dans le domaine boursier. À cet égard faut-t-il rappeler que la tentative d’établir une métapsychologie économique et énergétique de l’appareil psychique chez Freud n’a pas abouti pour des raisons de structure. S’il y a bien une pente au biologisme dans son œuvre, qu’il veut enraciner dans le réel, il ne cède pas sur ses concepts. Ainsi les pulsions restent selon ses propres termes : « Des êtres de mythe grandioses dans leur indétermination ».

Pour aller dans ce sens je vous livre cette paraphrase éhontée de Lacan,« extracté » de son texte « Mon enseignement » [2] :
Pour faire notre science, ce n’est pas dans la pulsation de la nature que nous sommes entrés. Nous avons fait jouer des petites lettres et des petits chiffres, et c’est avec ça que nous construisons des machines qui marchent, qui volent, qui se déplacent dans le monde et vont très loin. Ce sont des choses qui ont leurs organisations propres. Cela n’a absolument plus rien à faire avec ce qu’on a pu rêver sous le registre de la connaissance. Les ordinateurs viennent de là, c’est ça la science. Bien sûr ça ne marche pas tout seul, mais jusqu’à nouvel ordre il n’y a aucun moyen de faire un pont entre les formes les plus évoluées des organes d’un organisme vivant et cette organisation de la science (surtout quand on s’engage dans les impasses du réductionnisme moléculaire ou atomique pour aborder le vivant).
Pourtant, ce n’est pas tout à fait sans rapport. Là aussi, il y a des lignes, des tubes, des connexions. Mais un cerveau humain, c’est tellement plus riche que tout ce que nous avons pu construire comme machine. Pourquoi ne se poserait-on pas la question de savoir pourquoi ça ne fonctionne pas de la même façon ?
Pourquoi ne faisons-nous pas, nous aussi, en vingt secondes, trois milliards d’opérations, d’additions, de multiplications et autres comme le fait la machine, alors que nous avons beaucoup plus de choses qui se charrient dans notre cerveau ? Le phénomène des débiles calculateurs est bien connu. Eux ils calculent comme des machines.
Cela suggère que tout ce qui est de l’ordre de notre pensée est peut être comme la prise d’un certain nombre des effets de langage, avec lesquels nous pouvons opérer, mais d’une façon beaucoup moins performante que ces machines, alors que nous pourrions espérer avoir un rendement au moins comparable, s’il s’agissait vraiment d’un cerveau qui fonctionne de la même façon.

« Le parallélisme psycho-physique est, comme tout le monde le sait, une foutaise depuis bien longtemps démontrée. Ce n’est pas entre le physique et le psychique que la coupure serait à faire, mais bien entre le psychique et le logique ».

Prenons tout cela d’une façon un peu grossière. L’appareil langagier est là quelque part sur le cerveau comme une araignée. C’est lui qui a la prise. Mais alors d’où vient ce foutu langage ? On n’en sait rien, et il ne faut pas s’imaginer que c’est l’homme qui a inventé le langage. On n’en a aucune preuve bien sûr. On n’a jamais vu aucun animal devant nous devenir humain. Homo sapiens, il l’avait déjà le langage. C’est tout ce qu’on peut dire. Le langage il nous vient du dehors, il était déjà là avant notre naissance, et il sera encore là après notre mort. C’est tout. Qu’on ait la dessus élucubré sur Dieu,« l’âme-à- tiers », les anges, les sirènes et tout le reste du tintouin qu’on appelle comme on peut « la culture » c’est tout à fait « occidentelles » et même ailleurs. En tout cas, « ça rêve, ça rit, ça rate », c’est pourquoi il y a l’inconscient et le sujet, pour jouir et désirer.

J’ai fait ce long détour pour deux raisons, entre autres :

1 : Il y a un débat sur le caractère cyclique des troubles de l’humeur :

Pour les néo-bios, la raison en est la pulsation du vivant.

Pour la psychanalyse, elle est causée par le parasitisme langagier. C’est un fait de structure lié au battement de la chaîne signifiante, sur fond de présence et d’absence de l’objet.

2 : Il y a un débat sur la pensée.

Pour les biologistes la pensée se tient dans le cerveau. Avec l’aide des psychologues positivistes, ils nous refont aussi le coup de la pensée sans mot, que l’on croyait définitivement enterrée depuis des millénaires. Donc pour eux pas de problème, le rat pense et parle. On le savait déjà depuis l’antiquité mais aussi grâce à La Fontaine et ce que nous a confirmé Walt Disney, qui est aussi une figure du Père Noël.

La psychanalyse confirme qu il n’y a pas de pensée sans les mots, comme celle du rêve par exemple. Autrement dit elle fonctionnent comme la parole dans le champ du langage. Donc liée à lalangue, participant du même parasitisme, elle vient du dehors avant que d’être incorporée le plus souvent sous la forme de représentations imbéciles. Lacan a pu ironiser, non sans raison, sur le fait que la pensée pouvait aussi bien se tenir dans les peauciers du front comme chez le hérisson. Que l’on pouvait aussi bien penser avec les pieds. L’homme peut souffrir de sa pensée comme de son corps. De même que la parole est la forme de « cancer » dont il est affecté du fait du parasitisme langagier. Du coup ce n’est pas un privilège que d’être parlant. C’est même plutôt un plus grand risque de devenir débile par rapport à d’autres espèces animales.

 
les noeuds de Lacan
 

L’institution du sujet : moments de la structure.   

Moment 1 :

Il faut partir de ce que Freud dit du nourrisson qui au début de la vie est en proie à la détresse fondamentale, Hilflosigkeit, du fait de son entière dépendance à L’Autre premier maternel.

Vous savez que chez ce nourrisson il y a une jouissance première de tout le corps qui se manifeste comme une palpitation de la vie, dont on ne sait rien. Après la suffocation orgastique de la naissance, le premier cri, puis le cri qui se répète, chez l’enfant à son réveil en un crescendo de jouissance insupportable comme la manifestation d’une douleur d’exister, témoignent de cette jouissance, d’avant la parole, d’avant lalangue. Dans le corps à corps avec sa mère qui l’apaise, en réponse au ronron, à la lallation de son babil, le nourrisson reçoit d’elle les mots de lalangue privée dite maternelle qui font traces. N’importe quel élément de lalangue, est au regard de la jouissance du corps, un brin de jouissance, puisqu’elle s’est faîte de ce jouir même, en se surajoutant à elle. C’est en ça qu’elle étend ses racines si loin dans le corps. Elle anime sa jouissance, et la civilise [3]. Autrement dit la convertit en satisfaction. (Qu’elle puisse se fixer avec une telle prégnance sur l’organe mâle est une énigme qui semble ne pas avoir d’équivalent dans le règne animal). Dans cette relation si intime entre le jeune enfant et sa mère, la parole c’est le rapport sexuel, qui s’écrit entre deux générations voisines, comme un bain de jouissance par cette transmission de lalangue [4].

Mettant un terme au ravage qui s’amorce, la mère et le père interviennent. Non pas comme des fonctions, ce que l’on entend trop souvent dans nos milieux, mais bien comme êtres de chair, désirants et parlants pour que l’enfant puisse renoncer, de son propre (insondable décision de l’être) à ses satisfactions premières.

Comprenez maintenant comment et pourquoi le tout petit dès les premiers jours de sa vie, pris dans un bain de langage, peut-il offrir son être à la prise du signifiant. À L’appel du désir de L’Autre, répond comme le dit Lacan « une insondable décision de l’être », c’est une décision de jouissance. On saisit ici comment la prise du désir n’est rien que celle d’un désêtre. Ce qui veut dire que le sujet existe par le signifiant pour autant qu’il a renoncé à son être.

Il y a des sujets qui n’y parviennent pas. Ils sont dans le langage mais à cause d’une faillite langagière de structure, Forclusion du Nom-du-Père, ils ne peuvent pas faire lien social de discours auquel ils n’ont pas accès. Ce sont les autistes et les psychotiques. Il y a des nourrissons qui sombrent et se laissent mourir.

Moment 2 :

C’est par exemple ce qu’illustre Freud avec l’observation de son neveu âgé de 3 ans, qui surmonte sa détresse et sa tristesse éprouvées des absences de sa mère, par le jeu de la bobine. Par la vocalisation alternée des signifiants fort/da il symbolise la présence-absence de sa mère et la détruit comme objet que la bobine représente comme symbole. Par son acte l’enfant élève son désir à une puissance seconde dans son rapport au Désir de L’Autre maternel. Le fort/da est d’abord symbole comme meurtre de la Chose constituant dans le sujet l’éternisation de son désir. D’où le scandale de la vérité freudienne que le désir est porté par la mort. Le fort/da n’est plus simple scansion, mais véritable fondement de l’édifice subjectif du désir.

Moment 3 :

Le stade du miroir.

C’est un moment crucial de cristallisation de la structure subjective nouée à l’imaginaire. Il se produit chez l’enfant entre 6 mois et 18 mois. Plus près de 6 mois pour être plus précis, dont en moment très précoce. Il s’agit de la constitution du narcissisme et de ses instances moïques, soit de l’imaginaire spéculaire du sujet, sous la gouverne de l’Autre du signifiant. Il ne faut pas l’oublier, parce que c’est la raison pour laquelle les animaux n’y ont pas accès.

Je retiendrai deux scansions essentielles pour notre thématique.

  • La première scansion est ce temps où l’enfant anticipe sa maîtrise dans son image virtuelle donnée par le miroir- Moi-idéal. Il n’est pas sans se retourner vers l’adulte qui le porte pour quêter son approbation, dans l’état de jubilation, pouvant aller jusqu’à l’extase où il se trouve. C’est un sentiment de toute-puissance qui participe d’un mode de connaissance paranoïaque.
  • La deuxième scansion marque l’ouverture d’une faille qui s’ouvre entre cette image virtuelle d’une toute-puissance et le réel de sa condition où l’enfant est renvoyé en même temps à son impuissance originelle. Lacan avait d’abord liée celle-ci à la prématuration organique du début de la vie pour la corréler ensuite à l’action du signifiant qui sépare de l’organisme le corps pulsionnel en le morcelant en zones érogènes. Celui-ci correspond à l’image réelle (soit le réel de l’imaginaire) qui est l’image inconsciente, signifiante du corps qui se distingue du schéma corporel que donne l’image virtuelle. L’enfant en éprouve détresse, douleur d’exister, effets de dépersonnalisation, terreur du morcellement. C’est ce que Mélanie Klein a très bien élaboré comme phase dépressive dans le développement de l’enfant. Lacan lui emprunte souvent ses termes en qualifiant le stade du miroir comme phase schizo-paranoïde.

Une fois de plus on retrouve bien dans la manifestation de ces phénomènes l’alternance entre les manifestations de jubilation, d’éveil, de triomphe pouvant aller jusqu’à l’extase, voire la béatitude et les manifestations de détresse, de tristesse, de désespoir et de douleur d’exister. Ces phénomènes cessent aussi brusquement qu’ils sont apparus, témoignant d’un fait de structure, d’une touche du réel. Elles peuvent se reproduire dans d’autres moments du cours de la vie. On trouve ici avec Le stade du miroir les coordonnées möbiennes de ces positions extrêmes que sont par exemple l’acédie monacale et sa détresse mélancolique et l’expérience mystique avec son extase allant jusqu’à la béatitude.

À cet égard je voudrai donner un conseil à ceux qui ont à faire à des sujets déprimés, en dehors de tout contexte thérapeutique. Par exemple pour quelqu’un de votre entourage :

Il ne faut jamais les secouer, et même ne pas leur demander de le faire eux-mêmes, pourquoi ?

Parce qu’il se trouve au bord du morcellement, comme un verre de cristal qui peut être brisé par la vibration de la voix d’une chanteuse d’Opéra. En effet ce sujet se trouve empêché et en proie à l’émoi, dont le sens étymologique signifie perte de pouvoir, abattu — il le dit explicitement : « Je suis empêché, je ne peux rien faire ». Au mieux il commet l’acting-out de vouloir rester au fond de son lit, dans sa chambre, lumière fermée, volets clos. C’est le minimum de l’acting-out, qui n’est pas rejet de l’inconscient, mais appel qui n’attend pas l’interprétation comme réponse. Si vous le forcez, il va franchir un pas et faire des tentatives de suicide à répétition, en prenant 3 comprimés de Lexomyl, au mieux ça rate, car il ne veut pas vraiment mourir, mais arrêter de souffrir. Si vous le forcez encore un peu plus, vous le poussez au maximum de l’émotion, qui signifie mouvement qui se désagrège, réaction catastrophique. Tandis qu’il est porté au maximum de l’angoisse et de l’embarras – il le dit aussi : « Le m’effondre, je suis très angoissé, tout est barré ». Le passage-à-l’acte, par rejet de l’inconscient n’est pas loin. C’est l’acte suicide brutal, sans appel sans parade, sans retour. Il se jette par la fenêtre ou sous un métro.

Voilà il faut faire confiance à la structure, que le sujet prenne son temps, une bascule va le faire sortir de son refuge. La psychanalyse, ni ne prescrit ni ne proscrit les médicaments. Il faut savoir que se sont les « bonbons » du Père Noël. Leur maniement est délicat, il doit être subtil, et bien suivi. On ne donne pas des anti-dépresseurs à quelqu’un pour le revoir tous les trois mois. Souvent les prescripteurs ont la main trop lourde. Comme les bonbons donnent des caries, les psychotropes, qui ont tous des effets d’addiction, entravent le travail de l’inconscient qui est déchiffrage, soit le gay-sçavoir, qui est une vertu comme meilleur traitement de la tristesse.

Moment 4 :

L’Œdipe.

Freud, Mélanie Klein, Lacan, chacun à sa façon démontre, comment l’incidence de la castration symbolique, dans la structuration du désir à travers le défilé œdipien a toujours un effet dépressif. Pour le dire mieux un effet de mortification voire de détresse passagère sur le sujet. En résulte, chez la petite fille sa sortie par l’angoisse qui est l’équivalent pour elle de la castration, et pour le garçon sa sortie par le complexe de castration. Cet effet dépressif est causé par la part à consentir de perte de jouissance que comporte l’intégration des signifiants organisateurs du désir en le corrélant à la Loi. Mais alternativement le sujet triomphant de l’épreuve en éprouvera aussi un sentiment de joie, voire d’euphorie, de bon heur (que j’écris en deux mots comme Lacan, pour évoquer le registre de la bonne rencontre). Voilà déjà un premier jeu d’alternance entre la tristesse et la joie. Vous avez tous pu observer comment votre enfant bougon, irritable et morose, ailleurs, dans la lune, depuis quelques mois, qui se réveille transfiguré, joyeux. Une étape décisive est franchie, c’est un fait de structure.

Seulement voilà, l’intégration de la loi symbolique, n’est jamais pleinement réalisée, il y a toujours une part de ratage, c’est dans cette marge que le Surmoi (cicatrice, de l’Œdipe écrit Freud) trouve à se loger et produit les effets de son incidence, soit notamment le sentiment de culpabilité inconscient qui est à distinguer de la conscience de culpabilité, laquelle est ressentie parfois de nos petits méfaits quotidiens.

Qu’une légère vacillation du sujet se produise par rapport à la structure, et l’on passe du tranchant du signifiant dont se détermine la division du sujet, soir sa coupabilté à la culpabilité liée au Surmoi qui se manifeste sous la forme de sentiment d’indignité, d’illégitimité accompagné d’auto-reproches, avec des effets de dépréciation, et de tristesse. Le Surmoi ne présentifie pas la loi de l’interdit de l’inceste, il est au contraire le commandement impératif obscène et féroce du jouir impossible. A lui céder, ces exigences se faisant toujours plus pressante, peuvent conduire le sujet dans l’abolition de son désir et au désespoir jusqu’à ne plus éprouver que la pure douleur d’exister. C’est ce qui arrive aux victimes des écrits de Sade, subissant des tourments pour l’éternité au-delà de la vie, alors que leurs bourreaux en retour sont plongés dans l’extrême de la douleur d’exister, par la démonstration qu’ils font que la vie n’a plus de sens pour eux.

En résumé ce que nous appelons l’institution du sujet s’écrit $. C’est-à-dire sa division par le signifiant qui le représente pour un autre signifiant en quoi consiste son aliénation aux signifiants du désir trouvé dans l’Autre. C’est ce qui se produit chaque fois qu’un sujet accède à une nouvelle fonction symbolique désirée ou forcée comme je l’ai déjà dit. S’il y a moment de triomphe, il n’est pas en même temps sans que se produise, du fait du fading du sujet et de la mortification de sa jouissance, une série d’effets que je désigne par les termes de désêtre, désert, détresse et douleur d’exister, convoquant la souffrance du sujet dans le silence des pulsions de mort. Cela ne dure pas.

Admettons ici que $ soit un petit mathème de la tristesse. Voilà la constellation des effets et des affects de la dépression d’aliénation au signifiant dans l’institution du sujet. Sujet qui est porté à l’existence au prix d’un deuil à faire de son être.

On y retrouve toujours ce même battement de la structure et les affects qui s’en produisent comme fait de discours où s’alternent éclats de sanglots en et rires en cascade, qui sont aussi bien des manifestations du corps causées par la pensée.

Dès 1900 Freud a renoncé à sa Neurotica, dans laquelle il convoquait la causalité du trauma, au profit du fantasme, dans la surdétermination des choix, par le sujet, de la névrose, de la perversion ou de la psychose. Elles sont chacune des positions normales du sujet par rapport à la structure – raison pour laquelle la clinique psychanalytique n’est une clinique du déficit mais du sujet toujours responsable de ses choix qui relèvent de l’éthique. Il est bien clair que ce n’est pas la société qui engendre le refoulement mais le contraire. C’est la société qui s’édifie du refoulement – il suffit pour le saisir de lire Totem et tabou.

Le fantasme est la réponse du sujet dans sa rencontre avec la castration de la mère, son manque symbolique, autrement dit celui de l’Autre du signifiant. En témoignent les théories sexuelles de l’enfant, pas moins savantes ni plus connes que celles des dits adultes.

Le fantasme donne la clé de la position du sujet par rapport à la structure incorporée.

Le fantasme est un scénario, une phrase qui met en scène le désir et la jouissance du sujet dans sa corrélation à l’objet. Lacan peut donc l’écrire de la façon suivante :

$ «  » a
$ est l’être signifiant du sujet. Petit a est son être de jouissance.


 

Le fantasme est une machine à plaisir. Il est le soutien du désir dont il assure le plaisir propre en le maintenant dans les limites du Principe de plaisir. Il régule ainsi la jouissance sous la bannière de la Loi, c’est-à-dire de la fonction phallique. Si le fantasme vacille, perd sa consistance ou se dissous, il y a au-delà de son seuil intrusion de la jouissance dont l’étoffe confine à la douleur.

Dans sa valence imaginaire le fantasme est un habillage narcissique de l’objet. C’est l’objet désiré et aimé qui s’écrit i (a) qui est devant le sujet, se distinguant de l’objet petit a qui cause le désir est se trouve en arrière, ce qui se formule ainsi :

a-----------$ [] ----------i(a)
Cause du désir---Sujet---objet désiré (semblable, partenaire, autres objets)


 

On a parlé des états dépressifs, dépression d’aliénation au signifiant, liée à l’institution, à la subversion du sujet dans la dialectique du désir. C’est-à-dire corrélée au refoulement, donc située du côté de $.

À présent On aborde les manifestations dépressives, qui sont dépressions de séparation de l’objet et de la chaîne signifiante.

A : les dépressions liées à la perte de l’objet : états amoureux et deuil.

C’est un classique dans la tradition Freudienne. Après Deuil et mélancolie (en 1915), dans Symptôme, inhibition, angoisse (en 1923) Freud en donne l’élaboration suivante :

La perte d’un objet désiré et aimé, cause chagrin et douleur jusqu’à la douleur d’exister. Les amarres signifiantes et objectales du sujet étant rompues, la vie perd tout sens car elle est désertée du désir, entraînant désarroi et détresse. « Un seul être vous manque et le monde est dépeuplé ».

La peur de souffrir, provoque l’inhibition que Freud qualifie comme « une limitation fonctionnelle du moi ». Elle amène le repli du sujet, qui ne peut plus affronter une tâche dépassant ses capacités psychiques : reconnaissance de ses fantasmes sexuels ou transformation de ses affects, etc. La tristesse qui s’ensuit est un état transitoire, caractérisé par le retrait des investissements d’objets par la libido, qui s’accompagne, d’un appauvrissement du Moi. Le sujet désintéressé du monde se retire pour se mettre, croît-il à l’abri. Le deuil est le paradigme de ces états.

Le Deuil consiste en effet pour le sujet dans la perte de l’objet paré de tous les traits signifiants qui le rendaient être cher et aimable entre tous. Ce sont justement ces traits qui constituent l’habillage narcissique de l’objet i (a) soutenant le sujet dans son rapport au monde, et dont on dresse l’inventaire par les rituels funéraires, comme rappel de sa mémoire aux vivants. Ils constituent la série des qualités exaltées du défunt, produisant chez le sujet sentiments de tristesse, de regret et de remords de ne l’avoir pas assez aimé, mais aussi de reproches pour soi-même et contre lui de nous avoir quitté.

Dans le travail de deuil il y ce premier temps d’idéalisation de l’Autre, i (A), soit une idéalisation de celui qui est devenu Autre par sa mort, et auquel on s’identifie. La perte de l’objet entraîne pour le sujet la perte provisoire de signifiants. Un trou dans l’Autre, en sorte que le fantasme du sujet vacille, et ne peut plus tamponner la douleur, autrement dit la jouissance, qui le submerge.

Dans un second temps le travail du deuil accomplit sa boucle jusqu’à son terme. L’objet aimé est séparé de ses insignes, de sa parure narcissique, c’est-à-dire de sa brillance phallique – on parle bien de dépouille mortelle à la Levée du corps. Il en résulte qu’il passe du statut d’objet désiré et aimé dans le fantasme, i (a), à celui de désêtre, pur objet a inassimilable, que l’on peut laisser reposer en paix pour l’éternité – ce qui permet au sujet dans la réalisation de sa perte, de reprendre ces signifiants en les remaniant pour pouvoir les projeter sur un nouvel objet. Le trou dans L’Autre est à nouveau cerné. Le deuil est accompli. S’agissant du deuil, Freud décline la série dans l’ordre suivant :

Deuil (perte de l’objet), douleur, inhibition, tristesse et dépression qui marque le terme du processus.

Il y a des deuils sans tristesse, c’est-à-dire sans dépression, sans doute parce que le sujet est au clair dans son rapport au désir, et à l’objet – disons que l’embarras, l’émoi et l’angoisse sont levés. Sans cynisme il y a des deuils qui libèrent le sujet. Il y a aussi des sociétés qui accomplissent les rituels funéraires dans la joie des vivants, considérant que le défunt est libéré de la douleur d’exister. Freud d’ailleurs s’est moins intéressé à la dépression dans le deuil qu’à la douleur qui l’accompagne. Il s’interroge : « Pourquoi le travail du deuil est-il si douloureux ? »Y a-t-il un continuum entre cette douleur et la douleur dans ce qu’il nomme la dépression mélancolique ? Pour Freud la question de la douleur est difficile à résoudre sur le plan de la métapsychologie, de plus il ne dispose pas en 1915, des données de son Au-delà du Principe de plaisir pour y répondre.

J’en ébauche un bout de réponse, je l’ai déjà indiquée :

La douleur est un affect lié à la jouissance. C’est un retour de la jouissance ruineuse éprouvée par le sujet au-delà de sa régulation par le fantasme qui la maintient dans le cadre du Principe de plaisir. Le retrait que l’on qualifie de dépression étant comme on l’a vu, un moyen pour le sujet de ne pas éprouver la douleur en retirant son intérêt pour le monde.

L’important ici est de remarquer que Freud ne corrèle pas la dépression au refoulement, ce n’est pas un symptôme, puisque sa cause il la situe dans la perte d’objet. Lacan dirait comme un Trou dans l’Autre qui est déjà manquant. A l’inverse de la tristesse, la nostalgie est amour pour le manque dont l’objet perdu est la cause. Amour de cet objet manquant.

Pour Freud, la dépression est un effet dans le Moi. Comment la qualifier, Fait- elle signal dans le Moi, comme le dit Freud à propos de l’angoisse ? Freud ne va pas dans ce sens, puisqu’elle serait liée pour lui à un dépeuplement symbolique du monde. Bref il n’en fait pas vraiment un affect par déplacement symbolique, allant s’accrocher à d’autres représentations. Pourtant il s’en approche dans son texte intitulé Une névrose démoniaque au XVIIe siècle, en 1923. Mais il réaffirme comme dans Psychologie des foules et analyse du moi, que l’Idéal-du-moi, instance symbolique, à une fonction déprimante vis-à-vis du Moi-idéal, instance imaginaire. Quand au Surmoi il a une fonction de culpabilité, c’est-à-dire de jouissance.

Lacan va franchir le pas en 1974 dans Télévision (texte p.39), qui est rappelons-le adressée, sans la moindre concession théorique, c’est-à-dire à la vulgarisation, au grand public des non-idiots. C’est une leçon pour nous. Il pensait que plus le public serait nombreux, plus nombreux seraient ceux qui pourraient l’entendre - Michel Foucault l’approuvait de ce choix. Lacan ne part pas immédiatement, des coordonnées Freudiennes. Il définit la tristesse, soit ce qu’on appelle dépression, non pas à partir de la « tension psychique » du philosophe Pierre Janet, ni comme « état d’âme » qui dénote l’unité des fonctions du corps, mais dans la tradition du rationalisme du XVII° siècle, qui corrèle les sentiments à la pensée, c’est-à-dire au savoir. Le sentiment, le senti ment (en deux mots) toujours. Lacan use des mêmes termes que Spinoza pour dire que la tristesse est un affect lié au désordre de la pensée. C’est une passion que l’on peut dissoudre en remettent la pensée en ordre. Je vous cite ce célèbre passage de Lacan p. 39 de Télévision :

« La tristesse par exemple on la qualifie de dépression, à lui donner l’âme comme support ou la « tension psychologique » du philosophe pierre Janet. Mais ce n’est pas un état d’âme, c’est simplement une faute morale comme s’exprimait Dante, voire Spinoza : un péché, ce qui veut dire une lâcheté morale, qui ne se situe en dernier ressort que de la pensée, soit du devoir de bien dire ou de s’y retrouver dans l’inconscient, dans la structure.

Et ce qui s’ensuit pour peu que cette lâcheté, d’être rejet de l’inconscient, aille à la psychose, c’est le retour dans le réel ; c’est l’excitation maniaque par quoi ce retour se fait mortel ».

Lacan est donc plus proche de la Patristique, qui condamnait l’Acedia, et le cortége de ses manifestations tristes, que de la psychologie.

À la tristesse il oppose la vertu du gay sçavoir, pour ne pas retomber dans la glu, soit faire pour le bon heur (au sens de bonne rencontre) du sujet, usage, du déchiffrage en quoi consiste le bien dire. La tristesse c’est l’affect de celui qui se trahit lui-même. La seule chose dont le sujet puisse se rendre coupable, ajoute Lacan, c’est de céder sur son désir. Avec pour conséquence d’être toujours plus au service des biens, jusqu’à un point où le retour est impossible (le bien étant alors défini comme ce que le sujet doit abandonner pour accéder au désir). La tristesse comme faute éthique témoigne de l’égarement du sujet dans sa propre structure, autrement dit l’inconscient ou encore le désir. La tristesse rend le vécu du sujet inauthentique, mais elle est à prendre au sérieux, dans le sens des séries que j’ai évoqué précédemment, parce qu’elle peut le conduire au suicide.

On remarquera, que dans ce que je viens de développer de ces manifestations de tristesse liées à la perte de l’objet d’amour et dans le deuil, il s’agissait plus d’une perte de la brillance phallique de l’objet désiré et aimé que celle de l’objet proprement dit. Cette nuance va nous servir pour la suite.

Je ne fais que citer en passant les alternances quotidiennes entre bonne et mauvaise humeur. L’humeur pour Lacan est située « au joint le plus intime du sentiment de la vie ». C’est donc toujours un senti menteur. Alors que paradoxalement, l’angoisse qui n’est pas sans l’objet a cause du désir est un affect qui ne trompe pas. La haine aussi bien que Lacan considère comme la passion la plus lucide, à condition qu’il s’agisse pour de vrai de la haine de l’être, pas à la portée de tout sujet et non sans conséquences ultimes pour lui, se distinguant par là de la haine ordinaire, celle de l’autre le semblable. Enfin l’affect mélancolique, n’est pas non plus sans jubilation et lucidité.

1 : Les névroses.

I : La névrose hystérique

Le sujet hystérique se maintient dans l’oscillation d’un ou bien…ou bien… quant au choix de sa position sexuée. Divisé, $. Par conséquent l’indétermination de son désir insu, quant à ce qui le cause (a) et ce qu’il aime et désire, i (a), reste au registre de l’insatisfaction. Aucune réponse à ses demandes ne doit pouvoir venir le combler. C’est le sens de la stratégie de l’hystérique par la dérobade. Les rencontres manquées, les déceptions de la demande d’amour et de réparation qui se répètent, du fait d’un désir mal assuré, sont sources de douleur, tristesse et accablement. Ce qui n’est pas sans retentir sur le versant du manque d’objet et du Surmoi. Souffrance et perte du sens de la vie.

Freud a souligné comment au déclin de l’Œdipe, la petite fille avait à faire le deuil du phallus symbolique. La privation ne vaut que parce que l’objet phallique est symbolique. Or dans le réel une femme ne manque de rien. Elle ne l’a pas ce damné phallus mais elle n’est pas sans l’être et l’au-delà promis de sa jouissance supplémentaire spécifiquement féminine. Dans certains cas le deuil œdipien peut s’accompagner d’un épisode de tristesse, voire de nostalgie qui est un affect lié à l’amour du manque de ce qui aurait été perdu comme objet. Dans l’hystérie féminine, il est des cas où ce deuil est impossible à faire. La cause en est le trop grand amour pour le Père auquel l’hystérique reste attachée, avec l’espoir d’obtenir de lui réparation. Peut s’y ajouter l’incidence du Surmoi féminin, qui plonge le sujet dans une jouissance peu enviable, car au-delà de sa régulation phallique. La dissolution qu’il opère sur les idéaux rend impossible la constitution d’un semblant phallique. La surestimation narcissique de l’objet rêvé i (a) par son excès d’amour, fait qu’aucun homme réel n’est digne d’être son partenaire. Le manque phallique devenu une perte irréparable, peut conduire selon l’expression de certains post-freudiens à une véritable « mélancolie hystérique », soit à une tristesse chronique. C’est la neurasthénie, par nostalgie phallique, célébrée par les romanciers du XIXe siècle. Cette tristesse, qui n’est pas sans une certaine langueur, a trouvé sa suite amortie dans le roman célèbre de Françoise Sagan Bonjour tristesse. Alexandre Kojève en fait la critique avec ironie et détachement.

II : La névrose obsessionnelle

Le sujet obsessionnel, reste figé devant le choix sexué dans la position oscillante d’un ni l’un, ni l’autre. Autrement dit, il maintient son désir insu dans les impossibilités de le réaliser. Il y a dans ce cas promotion de l’objet par idéalisation, en similarité avec le fait d’élever l’objet à la dignité de la chose, i (A), qui dépasse sa seule valorisation phallique, i(a). C’est une façon de nier le désir de l’Autre en le déréalisant. Le sujet en est réduit en retour à se déconsidérer lui-même, jusqu’au point tournant où il se positionne pour l’exquise jouissance de se faire jeter comme une merde. Objet qui l’intéresse tout particulièrement et auquel il s’identifie de façon préférentielle. Il s’agit là d’une stratégie d’évitement. La proscratinisation, est une façon de faire le mort, pour quelle n’advienne pas, car pour lui « la mort est un acte manqué », d’où ses rituels de vérification (RSI, 18 février 1975). La volonté de tout contrôler, se substituant à l’aphanisis du désir a des conséquences : Ravalement de la vie amoureuse par destitution subjective forcée, avec ses effets de dépersonnalisation, de culpabilité, d’agressivité, de morosité, de tristesse, etc.

III : Les perversions

Toutes les perversions se ramènent à cette position par laquelle le sujet se fait semblant d’objet a, comme déchet ou instrument de L’Autre, en faisant supporter au partenaire contraint (c’est à souligner) sa propre division subjective, ($), c’est-à-dire sa castration projetée et vue dans l’autre, comme démenti du réel.

Même s’il s’agit d’un jeu de leurre et de simulacre, à force de tourner en dérision la Loi du désir en lui substituant la Volonté de jouissance, imputée à l’Autre- soit un appel au Surmoi, le pervers finit par se vautrer dans la pure douleur d’exister, toute spécialement dépréciative. Son activité est de démontrer avec acharnement, que la vie n’a pas de sens, car c’est un éducateur prosélyte. C’est la raison des tourments qu’il inflige à l’autre, quitte à se flageller lui-même pour ce faire. C’est finalement une position héroïque, qu’il tient pour du semblant, non sans un certain effet de comique, mais qui par sa répétition inlassable, selon le même scénario toujours déserté du désir, le conduit à l’ennui et à une tristesse Saint-Fons. Si vous me permettez d’équivoquer sur le nom propre de la figure centrale de La philosophie dans le boudoir.

IV : Tristesse et psychoses

Je n’en donnerai que quelques linéaments concernant la psychose maniaco-dépressive, et qui se caractérise par le rejet de l’inconscient.

Dans la phase maniaque le sujet délesté du fil à plomb de l’objet a est entièrement livré à la valse folle des signifiants de lalangue, il incarne proprement la division comme un pur réel, $.

Ne nous y trompons pas, l’excitation maniaque, est du registre de la douleur d’exister portée à son incandescence, sans limite, c’est-à-dire sans le capitonnage de la signification de la névrose, sans la signification absolue de la psychose paranoïaque, sans l’hallucination où les paroles imposées par lesquelles le sujet est interpellé y trouvant un repère. En définitive l’excitation maniaque, malgré son apparence de joie débordante est en réalité par retour d’un trop de jouissance, mort du sujet conduisant à la mort du corps.

La phase mélancolique, dont la tristesse est la porte d’entrée, se caractérise par le lâchage de l’Autre – du fait de la forclusion des signifiants qui font retour dans le réel. Le fantasme dès lors ne peut pas prendre consistance, le sujet ravalé au rang d’objet déchet est submergé par une douleur atroce que rien ne peut venir tamponner. Une pure douleur d’exister, au-delà d’avoir été désiré ou non, qui s’accompagne du cortége des commentaires surmoïques. C’est un affect majeur que tout un chacun peut éprouver, mais temporairement, quand il est arraché aux amarres de la vie, celle-ci étant désertée par le désir. Cela ne dure pas pour autant que nous savons que nous sommes mortels et que la vie ne saurait s’éterniser. J’ai évoqué la détresse fondamentale du nouveau né. Une vie faite d’épreuves douloureuses, même surmontées, ne rend pas forcément l’homme bon et sage. Elle peut le laisser dans une détresse sauvage, préludant à l’agonie de la fin de vie. C’est celle dont témoigne la figure mythique d’Œdipe, en fin de parcours proférant, la malédiction terrible : « Me funai, mieux vaut ne pas être né », alors qu’il a accompli sa destinée avec un grand courage - il voulait savoir à tout prix, même l’indicible. Le mélancolique témoigne de cela avec une rare lucidité, voire ironie, ce que Freud n’a pas manqué de souligner. Il se désolait même qu’il faille en passer par là pour saisir que la vie n’a pas de sens, sinon celui que lui donne le désir.

Coupé de ses attaches signifiantes à l’Autre forclos, le sujet mélancolique est contraint de s’identifier au trou dans le symbolique faute de pouvoir le cerner. Il devient alors pur objet, déchet jeté dans le monde hors de la dialectique du désir et du pouvoir de réparation. Cette position est tellement intenable qu’elle peut conduire au suicide, répétant pour le sujet l’échec du meurtre de la Chose par le symbole. C’est un suicide qui consiste à compléter l’Autre dans le réel, en prenant congé de l’Autre du langage, c’est-à-dire de la chaîne signifiante. C’est un suicide de sortie du monde, un passage à l’acte qui n’est pas appel à l’A(a)utre, mais en même temps une façon de se faire sujet dans l’éternité du désir, comme un versant de l’énigme freudienne du désir indestructible. Désormais on ne définit plus la psychose par rapport au narcissisme, mais par rapport au parasite langagier

Se distinguant du suicide mélancolique, le suicide névrotique est appel à l’A(a)utre, entrée dans le monde. Le sujet cherche à exister comme irremplaçable dans la mémoire des vivants. On peut comprendre comment dans chaque cas, la levée de l’inhibition peut conduire au suicide.

  • Dans la mélancolie, il s’agit d’un passage à l’acte par rejet de l’inconscient.
  • Dans la névrose il s’agit d’un acting-out par méconnaissance qui n’est pas refus de l’inconscient.

On peut donc opposer la tristesse maniaco-mélancolique engendrée par le laisser-en-plan par L’Autre, péché mortel à la tristesse névrotique, péché véniel, liée à la vacillation du fantasme. Dans ce cas il y a indétermination du désir, soit par aliénation ou séparation du sujet de la chaîne signifiante ($), soit par le voilement de la cause du désir (objet a) par la perte de la brillance phallique l’objet aimé et désiré i (a), plus que par sa perte pure qui doit être réparée par le travail du deuil.

À l’horizon Reste le suicide comme le seul acte qui réussit, auquel Lacan rend hommage. Il ne s’agit pas des suicides par égarement de la pensée, et donc pour des raisons futiles, dont je viens de parler, mais du suicide décidé en connaissance de cause. Lacan en donne le paradigme dans ceux de Socrate et d’Empédocle. Il était bien sûr contre toute forme d’euthanasie, et d’eugénisme.

V : Les moments de tristesse liés à la pratique psychanalytique

Je qualifie ainsi les moments transitoires de tristesses produites par la cure psychanalytique :

1 / Il y a celles qui sont causées par le déshabillage des leurres narcissiques, celles qui relèvent de l’aliénation du sujet à des représentations imbéciles véhiculées par les signifiants, mais aussi aux significations du fantasme ou aux manifestions polymorphes des symptômes. Toutes ces causes ont pour effet un désaccord du sujet avec le désir qui l’habite engendrant égarement et tristesse.

2 / La plus importante est celle que Lacan désigne dans la traversée du fantasme, soit la passe que le passant franchit plutôt maniaco-dépressivement, alors que l’identification au Sinthome figure le point de finitude de la cure.

Dans la passe proprement dite, si tant est que l’on puisse en rester à ces coordonnées aujourd’hui, il y a le franchissement du seuil de l’identification à l’Autre, I(A), par où le sujet se sépare, se libère de la chaîne signifiante. C’est la destitution du sujet, auparavant institué par le signifiant aliénant qui le représente pour un autre signifiante en le divisant. On a donc là émergence du pur sujet ($) comme fente dont se définit le réel, dont la touche produit un affect de tristesse, mêlé de l’enthousiasme d’un éveil. Ce qui amène l’émergence de son être de jouissance objet a, avec aussi bien ses affects de bon heur (en deux mots) mais aussi de tristesse. Ici on ne peut pas parler de lâcheté, mais plutôt d’un acte décidé qui touche au péché, à ce qui fait faute comme manque-à-être, $. C’est ainsi en double chiasme que la position du sujet à l’objet a et retour s’alternent. La destitution subjective, par séparation du signifiant, engendre aussi la tristesse, comme pour son institution. C’est une position qu’aucun sujet ne saurait simuler, alors que le passant, tout aussi paradoxalement, est porté à l’enthousiasme par l’émergence de son être de jouissance. C’est la condition exigée par Lacan dans sa proposition de 1967, pour qu’il y ait de l’analyste. Par la suite il modifiera sa position sur ce point. Au-delà du peu de réalité du fantasme il y a « une autre raison » une passe au réel [5] qui comporte une satisfaction autre que celle du déchiffrage sans fin, qui lui ramène toujours au péché. Savoir-y-faire avec le réel du Sinthome, c’est jouir de l’inconscient réel. Autrement dit une satisfaction comme affect du corps qui se substitue à la douleur d’exister affectant le sujet directement branchée sur la culpabilité liée au masochisme érogène et moral.

Le traitement :

Avant de conclure je voudrai faire une remarque très générale. Toutes les pratiques de création par la lettre, théorie, science, art , littérature, ont toujours une dimension quelque peu dépressive, parce que le sujet doit y mettre du sien, y compris de savoir lâcher l’objet produit qui lui échappe. Voilà l’horizon de la sublimation. Elle est satisfaction de la pulsion sans refoulement dit Freud, mais elle n’est pas sans une dimension de douleur d’exister pour le sujet. Dans l’Amour courtois où il s’agit d’élever la Dame, c’est-à-dire l’objet à la dignité de la Chose, le Trouvère (occupe une position masochiste) doit affronter les épreuves pour recevoir la récompense de la consolation. Il ne s’agit pas ici d’aller tuer le dragon, mais de s’affronter avec d’autres dans des joutes oratoires, soit de faire des tropes, qui sont jugées par La Cour d’amour. Tout à l’opposé dans le monde d’aujourd’hui, où l’amour est particulièrement absent, l’âge dans lequel nous entrons, n’est plus le monde moderne, il est celui de l’atome. Il est peuplé d’une foultitude de choses et selon la sentence de Lautréamont :

« Revêt désormais une notable quantité d’importance nulle. »,

J’ai n’ai donc retenu trois grandes orientations dans le traitement des affects tristes.

La dite dépression qui n’est pas une maladie, mais un affect, j’espère vous l’avoir fait entendre, est à prendre au sérieux, comme la série des autres passions de l’être, et notamment les passions tristes, liées au vacarme silencieux des pulsions de mort : A défaut de l’amour, Tristesse d’abord, sans aucun doute la plus grande passion du monde contemporain, , dont Lacan est loin de faire l’éloge, mais aussi la haine, la jalousie, l’ignorance, la douleur d’exister, etc. Loin de cultiver le pathétique, il s’agit de reconnaître dans la souffrance un fait de dire pour pouvoir en sortir.

Elles convoquent le sujet, qui s’est trahit lui-même, au devoir de bien dire. Car elles sont des fautes au regard de la pensée, c’est-à-dire du savoir. Sans circonstances atténuantes, parfois sans pardon, elles ne sont pas sans recours :

Les Neurosciences et leur pharmacopée ?

J’ai pris soin de bien distinguer les sciences de la vie, soit la science comme pensée, des fariboles du scientisme cognitivo-comportementaliste, bien dans l’air du temps. Je ne peux pas aller plus loin pour leur tendre une main charitable.

Entreprendre une psychothérapie mais pas avec n’importe lesquelles ?

Il n’y a pas de psychothérapie d’inspiration, d’expiration ou de soupiration psychanalytique.

Mais des pratiques psychothérapeutiques (y compris psychomotricienne ou orthophonique) qui sont conduites en institutions où ailleurs, par des sujets qui sont engagés sur la voie de devenir psychanalyste. Ils savent fort bien se retrouver dans la structure.

Lire une bibliothèque entière et donner une suite au livre de Robert Burton, Anatomie de la mélancolie ?

Jouer au Scrabble ou faire des mots croisés ?

L’amour ?

C’est un bien meilleur remède, mais il est livré aux aléas de la fortune. On le sait « plaisir d’amour ne dure qu’un moment, chagrin d’amour dure toute la vie » comme le dit la chanson.

La psychanalyse pourquoi pas ?

À condition d’y être décidé par la structure qui la motive.

Par le transfert, elle convoque l’amour du savoir. Mais au-delà du gay sçavoir comme plaisir du déchiffrage, la psychanalyse peut faire la promesse au sujet de l’introduire à « une autre raison » celle du désir de savoir qui est d’un autre registre, celui de l’éthique du Bien dire, avec la satisfaction qu’il emporte.

Patrick Valas. 20 janvier 2003 - 14 mars 2009


[1] Lacan J. : Écrits (pp.726-727) : « Pour un congrès sur la sexualité féminine » 1960.

[2] Lacan J. : Mon enseignement (p. 45), publié au Seuil en 2005 dans la collection Paradoxes de Lacan, intitulé Place, origine et fin de mon enseignement ( Conférence à Lyon en 1967 - transcription JAM)

[3] Lacan J., Les non-dupes errent : 11 juin 74.

[4] La structure de lalangue est donc seconde par rapport à cette jouissance. Ça jouit où ça parle, du fait de lalangue. Lacan dit toujours lalangue jamais la lalangue. Il forge ce terme, pour la première fois dans son séminaire Le savoir du psychanalyste dès la première séance en 1972, il envoi même au tableau un de ses séminaristes pour lui demander d’écrire ça comme il convient. Il parle aux murs dans la chapelle de Sainte-Anne. Les murs, S1, S2, $ et petit a sont ceux de la caverne et des discours dont on ne sort pas.

[5] Colette Soler : « L’acte analytique dans le champ lacanien » : Champ Lacanien nº 7, mars 2009. Le temps dans la psychanalyse, la psychanalyse dans son temps. Ecole de psychanalyse des forums du champ lacanien.

Patrick Valas, 2003 - 2008 : Intervention du 14 mars 2009, Collège clinique de Reims. École de psychanalyse des forums du champ lacanien.


L’Université du Québec en Outaouais (UQO) utilise le génie de l’ordinateur pour soigner la maladie mentale  

http://info.branchez-vous.com/Natio...
http://www.lexpress.to/pc/1218078024/
http://www.journalmetro.com/linfo/a...

L’UQO utilise le génie de l’ordinateur pour soigner la maladie mentale

20090412

MONTRÉAL — L’Université du Québec en Outaouais (UQO) utilise le génie de l’ordinateur pour soigner la maladie mentale, permettant du même coup au Canada d’acquérir la réputation de chef de file mondial dans le tout nouveau domaine de la cyberpsychologie.

Le laboratoire de l’UQO a d’abord commencé à utiliser la réalité virtuelle pour étudier et soigner de simples phobies, comme la peur des transports aériens.

Une décennie plus tard, les chercheurs de l’université ciblent maintenant toute une diversité de problèmes, comme le jeu pathologique, les troubles alimentaires, la schizophrénie, l’agoraphobie, ainsi que le traitement des délinquants sexuels. Et bientôt, ils soigneront le trouble de stress post-traumatique chez les soldats canadiens qui reviennent d’Afghanistan.

Les chercheurs collaborent avec des thérapeutes, des cliniques et des hôpitaux de partout au pays, de même qu’au niveau international. Le laboratoire aspire aussi à être le seul qui abrite une pièce d’immersion totale de réalité virtuelle qui soit dédiée à la psychologie clinique.

« C’est un réseau vraiment unique », a affirmé Martin Drapeau, un psychologue clinicien de l’Université McGill, à Montréal, dont le groupe de recherche en psychothérapie est partenaire avec le laboratoire de l’UQO.

« Il n’y a rien d’autre de tel au monde. Stéphane Bouchard est l’un des leaders dans le domaine », a-t-il souligné.

C’est Stéphane Bouchard, un psychologue clinicien primé, qui dirige le laboratoire et il est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en cyberpsychologie clinique.

Il affirme que la technologie qui y est utilisée s’est avérée pratique pour soigner un encore plus grand nombre de troubles que ce qu’avaient anticipé les chercheurs, en traitant notamment la schizophrénie, le trouble d’anxiété généralisée et la douleur du membre fantôme, qui est une douleur ressentie par les amputés dans leur membre absent.

« Et il y a eu des changements importants tant au niveau de la qualité qu’au niveau du coût de cette technologie, a ajouté M. Bouchard. Les environnements sont plus réalistes et plus faciles à utiliser. »

La fierté du laboratoire — une voûte surnommée Psyché, d’après la déesse grecque qui est le symbole de l’âme — fonctionne à l’aide de son propre logiciel informatique et il procure une sensation de présence plus forte que l’ancien modèle de casques de réalité virtuelle, que les chercheurs utilisent toujours.

Les patients entrent dans la pièce en portant des lunettes 3-D et ils se placent au centre, avant d’être entourés d’images crées par ordinateur qui sont projetées sur les six murs de la salle.

« La personne est complètement entourée par les images et cela donne une forte sensation de réalité », a expliqué M. Bouchard.

La technologie de réalité virtuelle permet en outre aux thérapeutes de contrôler l’expérience que vit le patient et d’éviter les effets secondaires de la thérapie conventionnelle.

« C’est fondamentalement des jeux vidéos que nous utilisons, a indiqué Martin Drapeau. Nous travaillons avec ces modèles, nous créons un environnement dans lequel les personnes peuvent entrer immédiatement. »

« Le patient sait qu’il peut entrer et sortir, il peut enlever le casque s’il veut », a-t-il expliqué.

C’est précisément le manque de contrôle qui était le désavantage essentiel du traitement le plus efficace des phobies qu’est la thérapie d’exposition, lors de laquelle le patient doit affronter ses peurs, qu’il s’agisse d’une phobie des hauteurs, des araignées ou des serpents.

Un thérapeute qui amène un patient qui souffre d’une phobie des transports aériens à bord d’un avion, par exemple, n’a aucun contrôle sur les conditions de vol. Mais la situation est complètement différente dans un environnement virtuel.

« Nous pouvons choisir s’il y aura de la turbulence, des bonnes conditions climatiques, si nous faisons des décollages et des atterrissages », a précisé M. Bouchard.

La réalité virtuelle améliore également la confidentialité pour les patients et réduit l’embarras que peuvent ressentir certaines personnes qui décident de se faire soigner.

M. Bouchard prévient toutefois qu’il est important de voir cette forme de technologie comme un outil, et non comme un moyen de remplacer la thérapie. Une mise en garde que partage M. Drapeau.

« Ce n’est pas pour tout le monde. Il faut de la diversité quant aux traitements », a-t-il souligné.

Mark Wiederhold, le président du Virtual Reality Medical Center de San Diego et rédacteur en chef du Cyberpsychology and Behaviour Journal, a pour sa part indiqué que les patients n’ont pas perdu de temps pour adopter ce traitement de haute technologie.

« C’est un outil très efficace, très puissant », a-t-il expliqué, ajoutant que M. Bouchard fait du très bon travail pour certifier l’utilisation de la réalité virtuelle pour soigner des troubles anxieux.

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Commentaires  forum ferme

La dépression n’existe pas... la douleur d’exister oui
lundi 18 juillet 2016 à 22h20 - par  Minh

Article éclairant mais très difficile d’accès.
Cela donne matière à travailler encore et encore…
Merci pour cette mise au travail.

La dépression n’existe pas... la douleur d’exister oui
lundi 24 août 2015 à 14h15

merci pour cet article de qualité. M.Th

La dépression n’existe pas... la douleur d’exister oui
vendredi 18 juillet 2014 à 15h45 - par  Barneaud

la « dépression » c’est de la haine refoulée ou bien mal utilisée, comme disent certains rabbins, non pas au sujet de la dépression, mais au sujet de la haine dans la vie psychique de tout homme ;