Daniel Demey, RÉVOLUTION-PSYCHANALYSE.


Document du mercredi 8 juin 2016
Article mis à jour le 10 avril 2010
par  P. Valas

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Il faut seul, oser cela.
 

Une psychanalyse tournée vers le Réel, qui en a saisi la dit-mension ne peut être qu’orientée… politiquement.

Lettre à un(e) ami(e)

Position de l’inconscient : « Ce n’est pas le résultat, la fin qui compte, c’est le chemin que l’on emprunte ».

1 Préambule

Le rapport entre psychanalyse et politique m’a toujours interpellé. Lorsque je suis allé voir un analyste, il y a 30 ans de cela, la question politique s’était déjà posée. Pour le jeune « révolutionnaire » que je m’imaginais être, franchir le pas de la porte d’un psychanalyste était à l’époque incompréhensible dans le milieu militant que je fréquentais. Ce passage était vu comme une trahison bourgeoise. Les psychanalystes, étaient associés à des bourgeois, des notables trop bien en place que pour entendre quelque chose de l’Idéal révolutionnaire sinon pour le fourvoyer dans les impasses d’une récupération sociale, d’une intégration à l’ordre du discours capitaliste.

Les figures de Freud, les positions institutionnelles des différentes écoles et mouvements d’analystes m’apparaissaient comme fermées et mettaient en avant un esprit de caste et d’ « élection » contre lesquels je ne cessais d’une part de résister. D’autre part, mon complexe de castration, ma position d’analysant soumis au supposé savoir de l’analyste que j’étendais à l’analyse, m’empêchaient de soutenir une position franche de ma parole.

Certes, des rumeurs couraient. Une personnalité équivoque sévissait en France et il soufflait un vent nouveau, un souffle régénérateur et subversif.
La question du traitement de la souffrance humaine pouvait-elle être compatible avec l’Idéal révolutionnaire ?
L’appel à la Justice, à l’amour, à la fraternité, la plainte de la révolte pouvaient-ils trouver un lieu pour leur vérité ailleurs que dans la gageure claustrophobe des constructions politiques et politiciennes conduisant aux mêmes impasses que celles qu’elles dénonçaient à l’entrée ?
La pensée de Lacan, s’imposait à moi- dans un raccourci de quelques signifiants que j’avais sans doute très subjectivement élus- comme celle qui promettait de faire un sort à toute ségrégation, à partir de l’abord qu’il décidait de faire à la folie. La psychose n’était pas ce devant quoi devaient renoncer les psychanalystes.

L’espoir d’un soutien à l’âme humaine dans sa forme la plus décriée, la plus bannie aussi, et la plus interpellante pour l’ordre social, prenait pour moi non seulement valeur d’un combat des justes mais surtout valeur d’une position d’ouverture qui ne déniait pas la possibilité qu’intrinsèquement, à cette figure du destin, nous puissions peut-être chacun avoir à faire. Et qu’en nous, sans que cela soit voué à la malédiction, un noyau de folie, un noyau psychotique soit peut-être à considérer et à aimer.

C’était comme si quelqu’un, dans la position prestigieuse qu’il occupait, nourrissait d’une reconnaissance infinie, l’ombre, la face cachée de nos pièces de monnaie ; pièces de monnaie qui par le visage qu’elles présentent de nous, nous permettent de circuler dans l’échange.

Au moins un homme dans cette contemporanéité si tourmentée reconnaissait à l’histoire humaine sa nécessité et son devoir de donner aux « fous », à la maladie mentale, aux psychotiques dont je ne savais pas si mes passions n’en relevaient pas, une reconnaissance, un amour les élevant à la plus belle des dignités.

Une part de nous nous échappe, et quoique cette part nous définisse aux yeux des autres, quoique fut ou soit le jugement qui nous attribuerait une figure pour l’autre, nous n’en sommes pas les assujettis. Notre propriété de parlêtre, d’être au langage, a des effets que la conscience, que le moi ne saurait considérer. Ainsi, nous sommes et devenons tous des êtres de la marge, qui déposons nos paroles comme des gestes tirés du puits inconscient de nos actes dans le seul jugement qui nous incombe : celui de nous dire. « Dire », c’est là, Chose la plus difficile.

Et nous y sommes, « alea jacta est », dans la responsabilité inconsciente du dieure… Et tous les noms des dieux, et de tous les saints peuvent défiler, c’est à l’histoire, c’est à la grâce du dieure que nous allons.
Responsabilité… qu’on s’y entende, c’est celle de l’ouverture, du signifiant qui ouvre, qui nous sépare.

J’entendais dans ce qui me revenait de cet homme-Lacan, que le désarroi le plus immense pouvait recevoir le soin d’une attention des plus précieuses et que le ciel, à défaut d’être une réserve d’anges, s’y retrouvait, que sa mamelle était bonne, et que les mots, disent-il des maux, s’étendaient comme du lait, jusqu’à plus soif d’un apaisement : sourire aux anges.

sourir aux anges

Et dans ce nid d’entendement, pour moi, rien que pour moi, qui avait du partager un ventre et une naissance, je voyais, l’annonce du plus intense des engagements à retrouver le monde.
Enfin, me disais-je, le secours des hommes trouverait-il là son expression de chair et de pratique, dans l’accompagnement d’une promesse de nous remettre à l’heure, à l’heurt d’un destin autre où l’on pourrait enfin se retrouver à l’air, dans l’aire d’un être, de son espace, dans sa respiration, au croisement de l’ invention de son destin, dans son dessein, comme à sa trace, à son dessin et à son corps perdu de dit-mension ? Car la dit-mension vient comme un reste, le substrat de la terre, comme l’ humus épandu, son « sicut paléa ». Elle est notre litière faisant r-évolution et retour du temps à celui de l’urne chaude, tiède d’une animalité que l’on peut cotoyer, avec laquelle on peut être en amitié. Une perte certes, mais apprivoisée, drapée dans le sublime.

Je n’ai aucune honte à dire d’où je viens ; nous venons tous du sexe de notre mère avec l’intervention d’un père. Je viens du sexe de mammaire avec l’intervention d’impair. Et ce serait parjure de réserver cela à l’oreille de quelques uns, dans une passe rendue secrète comme une vivisection de secte, un culte occulte de sacrifice à l’ordonnance d’une messe noire et d’un clergé.

Non, je ne veux pas, je ne peux pas me soumettre à ça, à l’orifice de ce blasphème, à son règne de procédure, à ce laissé pour compte d’une admission, d’un jugement venant de l’Autre par son clergé : « Collège de la passe, cartel de la passe… » Jugement double, double sanction, et séduction du rituel, pour y entrer et puis à la sortie, cette sanctification.Amen.

Il faut trouver autre chose pour faire qu’on puisse s’y reconnaître.

Je le dis ouvertement à tous, comme texte d’une couverture, un poème, une texture où s’entremêlent, et la recherche du sens et l’effort humble de la beauté. Car je veux dire dans l’épisode du beau, aussi dans l’esthétique. Car je crois à la beauté du dire en chacun et nonobstant que nous ne sommes pas tous nés poètes, nous sommes tous nés de lalangue.En bien et en mal. Elle est à retrouver dans l’analyse et donc, nous sommes bien capables, même tous capables d’atteindre pour nous à ce bien dire qui ne demande que la place de nos mots, celle de nos maux, dans des sons, des phrasés pour mettre bout à bout un terme à ce tabou de l’incapable, de l’impuissance. Oh ! vile impair, de la venue du Père qui tonne : « Je te castre ! Tu ne sais pas ! »

Nous sommes, psychanalystes, dans la teneur d’une richesse de ce trésor à nous écrire…à défaut parfois de pouvoir s’entendre. Quand C.Soler écrit « L’inconscient réinventé », moi, ça me parle !

Dès lors, nous sommes aussi à nous parler par ces écrits…d’une écriture qui « ne cesse pas de ne pas s’écrire », qui nous ramène à l’impossible.

Comme il est beau pourtant cet impossible, ce réel ; comme elle devient belle, la castration.

Nous sommes dans cet art là, d’un dit, d’une parole qui s’écrit, qui fait écrit.

L’acte analytique, artifice du semblant, un feu, une fulgurance dans un éclair qui se saisit. Cela, seul, reste .

Que pourrais-je dire un jour ou non, de ce que je suis un homme ? Car là était ma question de ne pas savoir si même j’en étais un, dans le plus terrible des égarements. C’est avec cette misère étrange d’être né parlant, et dans la confusion de cet état où je n’étais pas un autre, où je portais mon nom, où j’étais misérablement le porteur de ce nom, de ce qui en avait fait l’histoire, où je me trouvais comme à ma destination, à bout de course, à bout de souffle, que d’épuisement de ne plus pouvoir le supporter ce « non », je me rendis au pré d’un analyste.

« Seigneur Dieu ! » mais qu’il fut bon, ce soulagement de trouver l’herbe où me coucher pour prendre au fil des entretiens la mesure de ce soin. Comme l’âne mange le foin et puis l’avoine.

Car cela me susurrait. Et combien parler dans une oreille qui vous revient, est un fardeau qui ne cesse plus de se vider dans un dépôt qui fait de vous un reste, une brindille, pièce par pièce, épluchure par épluchure, qui vous enmène envers et contre tout, par petits vers, par ces extraits de mots rongeurs de votre moi, à ce dépouillement du poids qu’il y aurait sinon à vivre. Longueur du chemin, irrésolution du cheminement jusqu’à la dépouille du dépouillement : le rire de ne pas savoir. Et la complicité immense de ce que l’ignorance est partagée.

Cela vous donne un goût de liberté, une jouissance de ne plus rien savoir, tandis que malgré tout vous persistez à être là, que vous continuez bêtement à vivre,et que vous êtes ce souffle d’ une respiration idiote.

Mais même si ce fut par ce Lacan, qui continue à vivre par « ses enfants », même si mon analyse a trouvé sa fin, que pour moi a sonné l’heure de l’analyste chez une lacanienne et par sa faille, les lacaniens n’échappent pas à ce que je perçois d’impasse, et ils restent dans leurs institutions, attachés à des formes et à des procédures, néanmoins comme au labeur d’ une savante entreprise glissant vers une ségrégation qu’ils ne souhaitent pas mais qu’ils s’imposent malgré tout avec la peur au ventre de ne pas se reconnaître !

2 Politique de la psychanalyse, une politique de la passe.

Quelle sortie à l’analyse pour ne pas tomber en sa fin dans le piège du marasme d’un Etat de son institution ? D’une institution qui ferait Etat de son immobilité ? Déjà faut-il en choisir une parmi la kyrielle qui se tournent plus ou moins le dos.
Comment ne pas déroger à l’ éthique d’une différence absolue ? Celle qui vous trou(v)e à la sortie du travail analytique, au franchissement du rubicon, à l’enfantement de votre propre auteurisation, quand on est seul, irrémédiablement, devant la décision, et son moment qui est véritablement de sécation ? Sortir du ventre de l’analyse, de cette aliénationdans un « en suis-je capable ? » pour accepter quelle autre ?

Car sitôt pris ce parti de votre solitude devant un absolument Tout le monde pour dire un « je » qui ne sait pas, mais qui dit quand même, devant l’affranchissement du vide, du trou, comment ne pas reprendre sitôt le parti du nombre, de la foule, du groupe, et ne pas lâcher, ne pas délaisser sa solitude qui est pourtant le seul, l’unique guide ?
Comment sitôt après avoir pris son parti, presque simultanément, ne pas faire corps avec le groupe et « adhérer à », avec ce que ce mot implique comme perte de ce vecteur extraordinaire de l’analyse, qui est celui de faire, de vous appeler à cette différence absolue ?

Les nominations AE, AME et consorts, sont-elles la seule clé pour faire entendre ce que quelqu’un a à dire, au sujet non pas de l’ école, mais de la psychanalyse, de son destin, de sa destinée, de son Ecole ? Car enfin, quelle « école » pourrait présumer qu’elle est Ecole, du chemin du destin de la psychanalyse ? De quelle sorte d’Eglise ou de religion se soutient-on ? Si tous les chemins mènent à Rome, n’y en a-t-il qu’un qui mène à l’Ecole ?

Quand le Pastout s’énonce comme de rigueur, laisser de la place à l’inconscient, ce n’est pas enfermer ce destin dans un chemin de procédure. La passe, c’est peut-être une bonne chose pour certains et en partie pour la psychanalyse… mais qui sait les fermetures qu’elle a imposées ? Les jamais entendus, ou les malentendus qui font « sacrifice » et qui auront cloué certains au pilori du silence de l’organisation en en élisant d’autres ?

La passe est une invention de Lacan qui cherchait quelque chose de l’ordre d’un chemin pour essayer de fixer la reconnaissance entre analystes sans la chefferie, ce moyen pour faire Ecole, soit. Mais faut-il fétichiser la passe de Lacan ? Il y a très probablement d’autres chemins pour la psychanalyse que celui dont on prête à tort à Lacan l’intention d’avoir dit qu’il était le seul et l’unique pour s’y retrouver !

Dans quelle supposition de savoir, reste-t-on vis-à-vis de Lacan pour s’aliéner à sa parole d’un moment ? Parole qui n’est plus celle d’un autre moment… Car pourquoi aurait-il lui-même dissous son Ecole en renvoyant les analystes à leurs responsabilités et à leur éthique si les choses n’étaient plus à inventer dans la conjoncture d’un autre temps, d’un autre contexte ?

Ce que Lacan acte et qu’il veut de force tenir ouvert, c’est le travail à poursuivre tel qu’il ne s’arrête pas à la lecture arrêtée de sa parole. Lacan lors de la fermeture de son école énonce qu’on le garde bien et qu’on le tienne hors d’une considération de toute puissance.

« Les psychanalystes sont des sujets spéciaux. Ce sont des sujets spécialement sensibilisés à la tromperie. Cela tient à leur pratique. De ce fait ils se classent selon leur éthique. C’et là une rude épreuve. C’est une épreuve décisive en certains effets du groupe analytique. La réaction de masse du groupe, Freud l’avait prédite : c’est de trouver refuge dans un idéal, l’idéal de l’infaillible. L’idéal une fois installé, tout est bien, on échange des courbettes. Moi, je ne prétends nullement incarner cet infaillible. Je ne fais non plus des courbettes. J’en témoigne par cette dissolution. Alors il faut me pardonner de ne pas être infaillible. »[1]

De même, si[2] dans sa proposition du 9 octobre 1967, Lacan invente la passe, en 1978, au cours d’un congrès sur la transmission de la psychanalyse, il en dit ceci :
"Tel que j’en arrive maintenant à le penser, la psychanalyse est intransmissible. C’est bien ennuyeux. C’est bien ennuyeux que chaque psychanalyste soit forcé - puisqu’il faut bien qu’il y soit forcé - de réinventer la psychanalyse.
Si j’ai dit à Lille que la passe m’avait déçu, c’est bien pour ça, pour le fait qu’il faille que chaque psychanalyste réinvente, d’après ce qu’il a réussi à retirer du fait d’avoir été un temps psychanalysant, que chaque analyste réinvente la façon dont la psychanalyse peut durer".

Les analystes dans leurs institutions, dans leurs écoles, peuvent-ils entendre ou non ce qui viendrait d’ailleurs…de l’autrement dit de l’inconscient, ce qui n’est pas passé par là où ils ont mis une procédure de reconnaissance, où pour se réunir ils ont construit « une passe » où pour se définir se décerne l’authentification de l’impétrant et où va se jouer, malgré ce qu’on en dit, le label, comme le signal que là, et sinon pas, du moins, ailleurs moins, se trouve ce qui sera digne d’être entendu, à quoi, à qui il est bon et bien de prêter son attention ?

Ne sommes-nous pas déjà là engagés dans un processus de ségrégation ? La ségrégation peut-elle aller de pair avec la psychanalyse ? Les formules actuelles de la « passe » font-elles ségrégation ? Pourrait-il en être autrement à partir du moment où l’on veut faire institution, s’organiser ? En quoi un modèle de sélection ferait-il ou non ségrégation ? Car le choix procède toujours d’une sélection. Mais comment cette sélection peut-elle opérer sans devenir en quoi que ce soit un mode de ségrégation de l’inconscient, qui ne le reconnaîtrait pas ? Dans quelle politique de sélection le destin de la psychanalyse s’inscrit-il ?

Une série de réponses ont déjà été faites à quelques-unes de ces questions.

Pour faire Ecole, métier de psychanalyste et faire avancer la psychanalyse, une sélection est obligatoire. Mais la psychanalyse n’accepte pas la ségrégation qui est un mode discriminatoire à partir de la conscience et du moi. La ségrégation se fonde sur un mode d’ incarnation de l’Autre. Pratiquant cela, il faut reconnaître la contradiction où actuellement la psychanalyse se trouve. La psychanalyse est ouverte à tous et à toutes ; encore faut-il y entrer. Il y a un seuil. Cela n’est pas en cause. Il y a bien un passage, une passe. Ce qui est en cause, c’est la manière de se déterminer vis-à-vis de cette entrée.

La passe, la formule d’entrée de Lacan, est-elle discriminante ?

Il faut bien voir ce qui s’y passe. En forme de l’Autre. Mais y est-il barré ? Car faut-il laisser à un Autre quel qu’il soit, à une instance Autre de poser l’agrément, fut-il scindé, éparpillé dans un dispositif pour en amoindrir la portée ? Je parle ici du dispositif de la passe : passant-passeur-cartel de la passe.

Faut-il qu’un Autre s’incarne dans ce processus ou plutôt rejoindre ce que notre discours rapporte ? « L’Autre ne comprend pas, ne peut pas comprendre au sens d’inclure, son propre signifiant, le Nom-du-Père dans l’Autre… ce signifiant (S A barré) ne peut être qu’un trait qui se trace de son cercle (cercle de la batterie des signifiants) sans pouvoir y être compté ? Symbolisable par l’inhérence d’un (-1) à l’ensemble des signifiants » »[3], ce qui dit que l’Autre est toujours troué de structure, qu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre, qu’il n’y aucune instance symbolique, aucun représentant du Nom du Père dans l’Autre. A contrario de cette avancée, faut-il que l’institution psychanalytique se tienne à construire du Père ou bien faut-il qu’elle se trouve à s’inventer dans une praxis et à poser qu’au lieu de faire jouer un lieu comme Autre de l’Autre pour décider d’un label, d’une authentification, il faut en venir à un fonctionnement différent qui se rapporte à l’instant de décision du sujet, à l’acte, dans un transfert d’Ecole ?

L’institution est-elle en hiatus permanent et de manière essentielle avec la « promotion » du « je » d’un savoir sans sujet en son sein et en son développement- ce qui est quand même bien la visée de la cause analytique- ou bien ce hiatus tient d’un abandon éthique, par faute d’avoir insuffisamment creuser la question de l’acte dans l’analyse, ce qui empêche de lui conférer le statut où il prime sur la nomenclature de l’Autre ?

A ce propos, rappelons-nous ce que signifie cette cause analytique de viser l’acte. Ce que soutient le psychanalyste, c’est de faire passer la cause à l’acte. La cause, c’est le désir… et le désir qui cause, on ne peut mieux dire dans le cadre de l’analyse, de cette « talking cure » chère à Freud.

Un désir qui cause dans l’inouï du dire, dans le « ça parle » de l’inconscient-réel. La cause est donc antérieure à toute identification d’un objet cause du désir. Elle n’est pas référentielle d’une transcription signifiante, d’une forme d’énoncé, mais du réel de l’acte. L’objet cause du désir (a) est non-objet. Le fantasme soutient le désir mais n’est pas le désir. La cause se trouve bien dans l’acte qui en est une traduction de présence inouïe. On n’est plus dans le sens, ni dans le symbolique, on est dans un réel, dans quelque chose qui n’est pas chiffrable, qui n’est pas traduisible, qu’aucun signifiant n’est même apte à rendre compte. On retrouve là le Nom de Dieu des juifs, qui ne pouvait être prononcé et dont la vocalisation tabou, que seuls les prêtres avaient autorité de prononcer, a été perdue. Toute transcription de l’acte est en deça de sa cause. C’est lui qui cause, c’est lui qui parle, mais d’une manière inouïe. Et cela, ce non savoir, ce point inhérent d’ incertitude, il faut bien un jour en reprendre la dit-mension et en accepter les effets jusque dans l’institution analytique. Sans cela, que serait-elle ? sinon prisonnière de sa contradiction, fermée à l’ouverture de sa cause, de ce qu’elle dit défendre ! Il y a une perte, elle est obligatoire, constituante du langage, de tout discours, de toute institution, et aucun autre discours que celui de la psychanalyse ne peut actuellement mieux en rendre compte. Mais pour rester sur son fil, ou sur son rail, elle doit franchir l’obstacle de la muraille sur laquelle elle se heurte avec cette contradiction. Elle doit creuser, percer, entrer dans le tunnel de son impasse, traverser la montagne de son incertitude qu’elle a pourtant repéré comme étant bien la fleur de son fleuron. « …il faut prendre en considération les nouvelles questions analytiques introduites par la référence à lalangue et à ses effets. Le point crucial à mes yeux, c’est que lalangue est ce que je peux bien appeler…un principe d’incertitude. »[4]

-Retour sur le réel

Il y a donc une sorte d’identification au Réel, à la jouissance comme reste, consécutive au refoulement originaire. L’enfant « reçoit » et « prend » sur lui, sur son corps, les stigmates du refoulement originaire sous forme de bribes de signifiants. Colette Soler évoque l’imprégnation au corps comme la motérialité de ces avatars de signifiants. L’enfant, avant de parler se commet dans la lalation, dans une jouissance de protomots qui échappent au sens, dans l’acte qui met en scène le réel d’une jouissance de son corps à dire, de son corps « causé » par ses parents. C’est une « identification » hors sens, prise dans le réel. Lacan, nous dit encore C.Soler, parle d’un rapport sexuel transgénérationnel.

Comment ne pas l’envisager à ce point de l’acte ? Et c’est quelque chose que nous croisons dans notre jouissance à faire l’amour. Il n’y a pas de rapport sexuel qui puisse s’écrire, mais nous faisons l’amour, nous jouissons du et dans le réel de la rencontre.

En regard du Réel de tout le vivant, l’animal humain jusqu’à un certain point, peut être considéré comme une tare pour ce Réel si celui-ci avait la conscience de lui-même. L’humain serait vu alors comme la malédiction pour ce Réel, le mal-né du Réel, du vivant qui lui apporterait ses ennuis et sa destruction ; il serait vu comme son péché mortel. Nous retrouvons-là le thème éternel de la damnation, celui de la malédiction, du péché, de la faute. C’est tout l’enjeu de l’écriture biblique, de tracer une histoire de cette malédiction et de chercher, de proposer une piste pour en sortir, pour pouvoir y faire face et vivre avec. C’est dans cette succession-là que nous devons pouvoir apprécier l’apport de la psychanalyse lacanienne. Dans une sorte de reprise de ce que les ancêtres, les aïeux avaient entamé, mais en y ajoutant un pas sur le côté qui nous permette d’en voir quelque chose, sous un autre angle, peut-être plus perspicace.

L’appropriation de sa jouissance par le parlêtre, de la jouissance dans sa condition de parlêtre, lève le complexe de castration et la menace de castration qui pèse sur lui. Mais en même temps que cette levée de la menace libère l’homme, elle ne le précipite pas pour autant dans la perversité d’un monde sans limite dans un « gloire à nous, on peut jouir de tout ».

Pas du tout. La levée de la menace de castration (déclin du Nom du Père) pose la question du nouage avec le Réel. Et là, nous pouvons dire que ce qui se passe est l’équivalent d’une bonne nouvelle. En effet, où était la culpabilité (régime du Nom du Père) se présente maintenant la dette. Un devoir vis-à-vis du Réel, de la jouissance.

Comment et sous quelle forme cette culpabilité, la peur de la castration dans le réel passe-t-elle à l’acceptation de la dette et en quoi pour finir, cette dette serait-elle heureuse ?

Celui qui a pris la dit-mension du Réel, de sa jouissance, de son être dans le Réel par sa condition de parlêtre, et qui a fait et terminé son analyse, ne peut plus envisager le monde dans l’ordre de sa destruction (sous le régime de la pulsion de mort), car avec la fin de son analyse, il est dans la rencontre avec sa source, avec l’essence infinie de son ek-sistence, avec le réel de sa source en lui, comme immanent, pleinement attenant à lui, configuré pour lui. Le Réel du vivant, dont il est le corps imprégné et qui le parle, parlant le réel, fait de lui « l’être d’un savoir sans sujet » qui parle la jouissance du vivant…Son corps est la voix du réel. Il engramme cela par la répétition dans le transfert qui se termine dans l’épuisement du savoir du sens, du déchiffrage et passe avec cette fin du chiffre dans un transfert de faim, un transfert d’appétit, au sein d’une connivance[5], au partage d’une complicité de condition dont l’analyste par son interprétation a transmis, « a fait passer » une orientation de jouissance : nous sommes seuls, chaque un est seul avec son réel dont il n’a que des petits bouts, des engrammes, des points de perception hors sens sur son corps, parlant et cela, cette béance du savoir constitue son désir d’analyste comme « réponse de l’être qui ne relève pas d’une logique. On pourrait la dire à juste titre éthique,… » [6] L’affect qui signe cette passe à l’aperçu « épiphanique »[7] du Réel, est « l’enthousiasme »[8], en contre point de l’horreur de savoir qui caractérise toute la durée du déchiffrage, du découvrement.

Cette nouvelle énormité à dire, met en scène l’analysant devant tout le vivant, et pas seulement celui de son histoire, de son passé, de son présent, de son futur. De ce vivant, il ne peut qu’ être atteint et recoupé par un affect venu du plus profond de l’indécidable, de l’incertitude dont il est en jouissance, le fruit et la graine. C’est une transcendance qui le réconcilie avec le vivant, faisant de lui amour pour le vivant, amour pour le réel dans la réception de l’ instant. « Tuché de la rencontre ». « Soyez touchés et laissez-vous toucher par la grâce de l’inconscient de votre désir. Et puis partez ! » Cela c’est la fin de l’analyse, d’entendre ce : « mais oui, partez ! » Car la libido de savoir est épuisée, il n’y a plus rien à faire là, et vous êtes délivré de l’analyse, de l’analyste, vous êtes fait de la trempe de votre solitude et dans la certitude que l’Autre ne peut rien car il est creux, totalement vide et sur son bord, le psychanalyste, ce masque n’y compte pas. »

3 Une psychanalyse politique

Le champ lacanien est une réponse de notre temps comme réfutation à la malédiction, une réponse au poids du malaise dans la civilisation par la jouissance. Il est l’espace d’une réponse qui délivre du carcan de l’impuissance pour aborder par la limite, le possible. Possible qu’il ne faut pas confondre avec l’impossible du réel…qui lui porte sur l’impossible de s’écrire du rapport sexuel[9]…D’ailleurs, il est symptomatique de repérer que les 9/10 ème des fois que cette formule de l’impossible est reprise, c’est pour l’arrêter à cela « qu’ il n’y a pas de rapport sexuel » point, où l’on met à tort une impuissance et une « castration »… pour oublier que cet impossible touche à son écriture. Il n’y a pas de rapport sexuel qui puisse s’écrire, être repris dans une formulation d’écriture, un savoir, un mathème, un résumé…une signature une fois pour toutes. Cela ne signifie pas du tout que le rapport sexuel ne puisse se passer,ne puisse ex-sister, et le « ciel » se toucher. Lacan soutiendra dans le séminaire « Le sinthome » qu’il y a bien rapport sexuel quand il y a sinthome.

C’est tout ça ; de ne pas viser l’impuissance du savoir comme moteur -prédominance du symbolique - comme légiférant l’action, en dénonçant d’avance l’acte dans un en deça de tout rapport, comme toujours un échec,-le « il n’y a pas de rapport sexuel »- mais de viser l’impossible du réel en soutenant l’acte comme justement le lieu par où ça passe, par où ça se passe de manière contingente, accidentelle, au risque de la « réussite », dans l’ordre d’un réel qui n’a pas devant lui la norme du savoir, un principe de normativité, de finitude pour faire, ou pour laisser faire, laisser agir. C’est ça une politique de l’inconscient. De Remettre l’impossible à sa place de moteur, d’ « organisateur », de « légiférant », non pas en l’inféodant à la limite d’un pseudo- retour du paternel, en le déboutant dans l’impuissance universellement proclamée !

Ce sont ces rapports là qui sont en jeu dans nos institutions. Politique de l’impossible contre politique de l’impuissance. Mais où se trouve la psychanalyse ? Visez alors l’éthique d’une jouissance du parlêtre, celle de la psychanalyse.

La jouissance du parlêtre, de quelqu’un qui parle, c’est celle de quelqu’un, d’un quiconque qui quelque part a su lever la malédiction d’avoir été chassé du Paradis, qui a pu trouver le bon-heurt de vivre dans l’avatar de cette condition d’être parlant et d’en jouir quand même. Avatar par rapport au vivant, qui « horreur de savoir » sinon, serait considéré comme sa tare…dans le registre de l’impuissance !

C’est à ce titre que le champ lacanien est bien le champ de la jouissance, du réel de l’acte, d’un corps qui parle et qui dans sa parole, même s’il ne sait pas ce qu’il dit…s’engage.

Et cela pose à l’institution la question de sa politique : versus Autre de l’Autre, d’un Nom-du-Père inclus dans l’Autre qui au dire de l’autre le désigne, ou versus d’un « je » qui parle, d’ un savoir sans sujet » et que son acte désigne. A quel bord se fier ? Celui qui veut se donner une consistance dans l’Autre ou celui qui du caractère ténu de ce qui fait bord à l’Autre, sans y être compté, ce que recèle « l’impossible écriture du rapport sexuel » table au contraire sur son enforme ?

Le traitement de cette question interne à la psychanalyse, renvoie à une politique de la psychanalyse dans la société, à son empreinte politique sur le social.

Déployons cette question du rapport politique de la psychanalyse avec la société à partir de ce qu’on en dit généralement.

La psychanalyse peut-elle intervenir dans les choix privés à partir de prises de positions extérieures quant à ce qui se passe dans la société ?

Peut-elle, doit-elle être dans l’énonciation d’un parti pris ou se garder de toute interférence avec la scène politique ?

L’éthique de la psychanalyse est pour l’analysant et le psychanalyste, de « ne pas céder sur son désir ».

Si le psychanalyste malgré tout ce qu’il voit et entend et dont il n’est pas dupe se met trop en avant dans des prises de position philosophiques, politiques, sociales, il risque de privilégier pour l’autre une position de maître ou de maîtrise du discours. Car l’analysant potentiel cherche à questionner le maître pour le destituer (hystérique) ou à l’identifier pour s’en assurer comme maître (obsessionnel).

L’analysant cherche une figure dans l’analyste qui le ramène à du moi. Il court après du savoir « politique, philosophique, religieux… » à mettre à la place de ce qu’il cherche par tous les moyens d’ éviter dans son analyse, la castration qui le touche, le non-savoir de son inconscient, le réel de son inconscient avec lequel il a maille à partie ?

Comment malgré tout répondre de la subjectivité de son époque et soutenir une position dans son temps, qui ne fasse pas fi de la réalité politique, position de non dupe, tout en ne prêtant pas le flanc à cette duperie qui serait de se présenter comme sachant pour l’autre qui est à l’extérieur du champ analytique, ce qu’il faut penser, ce qu’il faut croire, ce qu’il faut voter et faire…sans être de la canaille ?

La psychanalyse en optant pour une politique de la psychanalyse orientée par le Réel, en redonnant pleinement sa place à l’acte, contre l’optique privilégiant encore le Symbolique, remet à son niveau les choses à leur place. C’est le désir qui cause et qui donne un ordre donné par la cause, et non l’inverse, c’est-à-dire un ordre issu du symbolique qui définit ce qui serait la cause. En appliquant ce retournement éthique et en mettant au gouvernail de ses institutions ce que les avancées théoriques du discours psychanalytique apportent de neuf, en balayant devant sa porte en somme et en donnant la place qui lui est dûe à l’inconscient dans les pratiques institutionnelles, il se pourrait que la psychanalyse initie depuis sa relation interne un bouleversement de ce qui se passe à l’extérieur, dans la société civile.

On ne peut dire quelque chose de cet extérieur, de la bataille que tout un chacun pourrait mener contre toutes les sortes d’identifications aux églises ou au chapelles, contre les idéologies, qu’en s’attaquant en interne à ce retournement de l’ordre de la cause, et en se tenant dans l’équivoque du lieu de la bataille, dans son engagement au sein du mouvement analytique pour qu’il ne glisse pas sur la pente de la fixation ou de l’identification et ne tombe pas dans les effets mortifères de la pulsion de mort.

Cette équivoque du lieu de la bataille est située dans le signifiant de « Révolution psychanalytique » qui renvoie au concept de répétition, de recommencement, de frayage permanent dans une interrogation sur le désir, portée à sa valeur politique dans le signifiant de révolution.

A mon sens, dans la manière dont elle se tient et se présente, la psychanalyse doit être dans une position moebienne, où elle joue de l’effet d’un interface des signifiants qui la désignent pour circuler dans le monde.
Signifiants qui la cernent ni plus d’un dedans que d’un dehors, ni plus d’une face que d’une autre, mais qui la signent dans un engagement de position.
Et ce n’est pas une affaire de volonté, mais le résultat d’un après coup. Ce n’est pas nous qui volontairement définissons cet engagement, c’est le travail en analyse, sa fin qui nous y détermine.
L’éthique de la psychanalyse ne s’accommode pas de certains régimes. De structure, la psychanalyse incommode tous les régimes, toutes les situations de fait (dont les institutions psychanalytiques elles-mêmes). Il n’y a qu’à voir comment et combien ça se déchire depuis toujours dans le monde de la psychanalyse pour s’en rendre compte.

Ainsi, ce sont les régimes politiques, les situations d’immobilité de fait, les constructions institutionnelles qui ne sachant que faire avec cette éthique du désir veulent accommoder la psychanalyse en la dénaturant, et la plient dans une enveloppe de prêt à porter leur convenant.

Cette pente organisationnelle est celle d’un discours du maître à l’arrêt, discours de l’obsessionnel qui habite toutes les organisations sociales.

Alors que le désir de l’analyste, lui, soutient l’espace d’une subversion irréductible, le lieu d’une adresse pour l’expression d’une différence absolue, et pour celle de la question en somme d’une liberté, d’un possible du sujet. Désir de l’analyste, comme pôle et attraction pour le désir de l’analysant dans le transfert.

Ce désir de l’analyste rencontre sa dimension politique dans ce qui peut s’entendre d’une certaine façon à l’extérieur du champ de la psychanalyse, sans déroger à ce champ à l’intérieur.
Le psychanalyste doit interpréter, doit faire interprétation. C’est son travail de toujours. Il doit donner de l’acte, du réel de l’acte pour que ça passe, pour que ça fasse mouche, comme on dit, il doit donner du signifiant qui soit aussi son réel, sa lalangue, un acte qui témoigne après coup de sa castration, de la levée chez lui de son complexe… Car c’est le complexe de castration qui prive l’analysant de la voix de son désir.

C’est derrière le message de l’équivoque, dans l’acte de dire, dans l’acte du psychanalyste de donner de sa voix que se fait pour l’analysant l’ouverture de la voie à son inconscient, comme effet de l’interprétation.

Dans le transfert de fin d’analyse, se jouent la liquidation du supposé savoir de l’analyste et la liquidation d’un supposé savoir à l’inconscient.
L’inconscient n’est plus vécu comme déchiffrable, comme appendu à une signification de la chaîne signifiante, mais comme réel, comme lettre d’incertitude à dire. L’analysant, y gagne de se défaire des rets de la signification, du sens qui le condamnaient à se taire, ou à ne pouvoir dire que dans la faute, que dans la culpabilité de ne pas savoir bien ou pas assez. Le bien dire surgit alors, dans la bévue qui même fait rire, déjoue la certitude droite d’un supposé à dire.
Le bien dire surgit d’une jouissance acquise dans l’erreur, la faute ou la bévue.
L’enfant baragouine avant de « savoir » parler. Ternissez chez lui cette jouissance d’une lalation, - ces mots qui coulent de sa bouche comme les lèvres sucent et éprouvent le téton et le sein - et vous ferez de cet enfant un malheureux, un indigent de la parole, pleurnicheur ou colérique de sa condition.

Ainsi, la question du père, n’est pas tant du côté de l’imaginaire et du symbolique que du côté du réel. C’est même plutôt là, qu’elle se construit.
La métaphore paternelle, pour LACAN est un pas de sortie de l’Oedipe freudien, une issue à l’impuissance imaginaire que configure « le roc de la castration ». Mais ce dépassement avec l’introduction de la métaphore paternelle, qui se définit comme « le lieu du désir et de la jouissance de la mère », ne trouve lui-même d’échappatoire à sa fermeture nouvelle comme nouveau mythe, celui de la structure, que par sa connexion au Réel qui y fait trou.
Car ce Réel, qui de structure vient barrer l’Autre, pour démentir le primat du symbolique, est avant tout, celui de l’acte, hors symbolique.
Après le roc de la castration, on s’est retrouvé devant celui de la structure dont témoigne « la mission » de l’impossible, on s’est retrouvé dans un nouveau credo.
De l’impuissance, on est passé à l’impossible… dans le chaînon idéologique, conceptuel, avec un nouvel oubli : encore une hommission.
Hommision, chaque fois que le savoir est capturé, que l’institué prend la place de l’instituant. C’est l’acte qui institue, qui fait institution et non ce qui en reste dans la forme de l’organisation d’un groupe, d’une société.
Un acte dont s’autorise l’auteur, l’acteur, dans une contingence, à reprendre, à repriser, à laisser à la possibilité de ce qu’il vient faire comme dé-cision, ouvrant à la rencontre avec du nouveau possible.

Car si l’acte fait coupure, il nécessite une rencontre. Un acte signifiant ne prend place dans le discours que parce qu’il rencontre le signifiant du désir de l’autre. C’est là que ça se décide, que les noeuds signifiants se défont dans un discours et que libres d’avancer en se dépliant, d’autres nouages signifiants se font.

A l’acte, il faut la rencontre avec l’autre dans la reprise du signifiant du désir de l’acte. Il faut un pacte, il faut le retour de l’acte scellé dans l’amour par une alliance.
Une illustration du retour de l’acte dans l’histoire, est la prononciation par les apôtres de la « résurrection du Christ ». A l’acte d’un homme qui a tenu dans le discours la place du signifiant de la mort de Dieu en occupant celle du Fils de Dieu fait homme dans ses déclinaisons signifiantes, a répondu l’acte des apôtres, d’hommes qui ont inscrits Dieu, la transcendance du divin au chapitre de l’immanence du dire des hommes. Où nous revenons au « dieure » de Lacan.

Ceci s’est accompli par un acte d’amour, celui d’une alliance rendue au réel du signifiant inconscient du désir, rendue à l’incertitude des signifiants de Dieu et de l’homme dans l’opération signifiante du sauvetage de l’homme Jésus dont l’existence et la question qu’il supportait, celle du rapport du Fils au Père aurait sans cela été perdue.

Cela s’est fait, cela s’est commis en acte, en rendant son nom d’homme à la gloire de celui de Dieu par la prononciation du réel de sa « Résurrection ».Un acte donc, qui était hors signification, mais déjà de l’ordre d’une interprétation, un réel, l’ inconscient en acte de dire. C’est la révélation qui touche les apôtres, ce qui est rapporté dans l’épisode de la Pentecôte, quand l’ « Esprit Saint est descendu sur terre » et leur a révélé la foi en même temps que la parole. (sic !)

Dieu, devenu le Père, par-le le Fils, et ce Fils est rendu aux hommes par la parole qu’ils prononcent non pour Dieu, mais pour sauver l’homme, c’est-à-dire par et pour eux-mêmes. Le signifiant est celui par lequel se signe l’acte. Il en devient immortel, il est éternel pour ne pas dire qu’il est l’Eternel au-delà de la configuration que lui donne l’histoire. A ce moment-là de l’histoire, l’acte s’est condensé, s’est résumé dans ce signifiant de la résurrection du Christ.

L’acte est de l’ordre du réel, et pour entrer dans un discours il doit passer par une inscription signifiante. Une époque, un moment dans l’histoire condensent un ou des signifiants de l’acte.

Ces signifiants-là au-delà des signifiés qu’ils évoquent, invoquent et évoquent l’acte, le réel de l’inconscient qui les a amenés sur la scène du discours. Ils sont en passe de renouer l’histoire. C’est le désir inconscient qui les traverse. Ils sont le reflet de l’acte, d’un homme qui parle, d’un savoir sans sujet, mais, ils ne se soutiennent que de l’affranchissement de celui qui est dans le dire, dans la reprise de l’acte de dire et de son inouï. Nous nous trouvons-là dans la dit-mension, celle du désir.

La psychanalyse ne peut se passer du statut de l’acte et du signifiant. C’est sa fonction, dans la cure, par l’interprétation de faire « entrer » le signifiant dans le dispositif du désir et d’amener l’analysant au statut de l’acte. C’est ce qui la ramène au politique, à sa place de vertu et de subversion dans la cité. Seul le parlêtre est à la place de décider de son acte de dire. Lui seul peut donner à la pulsion invocante le chemin d’une élocution qui est la sienne, avec tous les effets sur sa vie, et sur la vie que va avoir sa décision de dire, de donner sa parole dans l’inouï de ces signifiants-là

Il faut seul, oser cela.

4 Conclusions

  • Mais d’où faut-il partir ? Pour aller où ?

La position de l’inconscient réclame de rendre compte de sa solitude, de son désir hors désir de l’institution qui tiendrait le rôle de grand Autre.

Ainsi, toute présentation de soi comme psychanalyste à travers un dit qui viendrait d’une référence positive institutionnelle serait-elle suspecte d’oublier, de ne pas rendre compte de la solitude nécessaire que réclame une position de l’inconscient.

Au psychanalyste, pour faire Ecole, pour faire r-évolution dans la psychanalyse, on demandera de rendre compte de l’insigne de sa solitude dans l’acte de partir, de quitter sa cure et non pas d’intégrer le signifiant d’une désignation venant de l’Autre. Faire Ecole, n’est pas du ressort procédurier d’une entrée dans un parti, mais du ressort singulier de ce qui a permis d’en sortir. C’est par un « comment êtes-vous sorti de l’aliénation au transfert, comment êtes-vous sorti de votre cure et comment n’avez-vous pas repris la figure détournée d’un transfert placé sur l’institution analytique, sur son prestige, sur sa renommée », que l’on entre dans ce qui peut faire Ecole, institution psychanalytique. Il ne faut pas confondre transfert d’Ecole qui est transfert de travail dans l’ organisation de celui-ci, et transfert sur une école, sur une institution pour ce qu’elle représente imaginairement, fantasmatiquement.

Certes c’est dans un transfert d’Ecole- qui représente le besoin, la nécessité de trouver ses pairs dans le gai savoir- et par le travail que l’on produit à l’endroit de sa solitude, dégagé de l’aliénation à l’Autre institué, que l’on donne des signes de son acte de sortie de la cure et de son entrée dans l’Institution analytique. A la limite, l’Ecole, l’Institution analytique, n’est redevable d’aucune forme organisationnelle autre que celle de permettre et de favoriser le travail, l’échange, la circulation de savoirs entre analystes. L’Ecole est le lieu d’un désir de porter la psychanalyse dans le travail, une formalisation pour le travail. Loin d’être un lieu de procédures d’entrée, c’est bien plutôt sur « un qui y travaille sur l’insigne de quoi » qu’elle se détermine.

Ce qui y est prod(u)it ouvertement, amené dans le travail est primordial et l’emporte sur ce qui se sustend d’un titre ou d’une nomination à partir d’un procédé. C’est cela qui doit être favorisé. Ce qui en est retenu, c’est encore une autre affaire.

Ce n’est jamais le titre, l’agrément qui doivent primer sur l’acte, sur le travail, à défaut ou non d’être entendu. C’est ce qui est du chef de son désir dans sa solitude, dans son ignorance d’une forme supposée ou d’être d’un gradus, ce n’est pas d’un Etat de celui qui est positivement adhéré, institué, d’un calcul, d’une stratégie que se signe la présence d’habiter ou non l’Ecole, c’est d’une position « nue », dépouillée dans son travail en partage et en ouverture de celui de l’autre. La reconnaissance doit être considérée comme un effet, si elle s’obtient, c’est par surcroit, non comme un but. Et le travail, ce qu’on dit dans son travail, ne doit pas être inféodé à la pensée de l’Autre, il doit être préalable et détaché de l’idée de ce qui est correct, de la supposition de ce qui va conduire à une reconnaissance. Il faut pouvoir dire sa part de l’œuvre avant d’être nommé. Ce n’est pas la fonction qui fait le désir et l’acte, c’est le désir qui soutient l’acte qui conduit à la fonction. Tout le contraire de ce qu’on voit trop souvent aujourd’hui. Il faut renverser cet ordre et le retourner, pour ne plus marcher avec et sur sa tête. Lacan nous dit d’ailleurs qu’on pense avec les pieds, c’est à dire en marchant ! Remettre la tête en haut et s’avancer même en boitant et dire dans une traduction,dans une interprétation bien à soi de l’œuvre, et ne pas craindre mais dépasser la crainte de heurter l’Autre dans son entendement.

Nous savons combien nous pouvons être esclave de l’amour. L’acte analytique est subversif avant tout et il en est de même de ce que l’analyste dit. Nous ne sommes pas là pour singer ou pour reproduire la langue de l’Autre, mais pour nous aventurer et éventuellement faire heurt, avec notre langue aussi boiteuse qu’imparfaite, aussi malade, chétive que lacunaire et carencée !

Car c’est de là qu’il faut partir, de l’ignorance, de l’incertitude, de la presque mort, du « sicut palea », du déchet, du fumier de la terre pour espérer que de là quelque chose puisse pousser. Partir, aller dans l’institution de ce qui comme dans la cure fait lieu d’analyse, c’est à dire la négativité, et non pas la positivité et tout ce qui peut s’attraper au passage dans l’apparence.

Pour cela d’ailleurs, nous sommes généralement des experts : experts dans la fourberie, le masque et le semblant. Lacan, le dira d’ailleurs quand il dissoudra son Ecole. Il met les pieds dans le plat, tape sur la table, arrache la nappe ! Pour bien nous dire que nous ne sommes pas différents de tout un chacun, que la dérive nous pend au nez- que nous avons très long d’ailleurs- et que pour lui, à un certain moment, la récréation est finie.

« Les psychanalystes sont des sujets spéciaux. Ce sont des sujets spécialement sensibilisés à la tromperie. Cela tient à leur pratique. De ce fait ils se classent selon leur éthique. C’est là une rude épreuve. C’est une épreuve décisive en certains effets du groupe analytique.
La réaction de masse du groupe, Freud l’avait prédite : c’est de trouver refuge dans un idéal, l’idéal de l’infaillible. L’idéal une fois installé, tout est bien, on échange des courbettes. Moi je ne prétends nullement incarner cet infaillible. Je ne fais non plus des courbettes. J’en témoigne par cette dissolution. Alors il faut me pardonner de ne pas être infaillible ».[10]

Parce que voilà qu’il l’avoue… il en avait pris un paquet sur le dos, en laissant croire qu’il l’était pour quelques uns, quelques uns -de plus en plus-, ça commençait à faire trop lourd, ça, lourdingue cette foule agglutinée, les bons amis, fidèles, à « supposer en son supposé savoir » Basta ! Cela doit finir, cette hystérie dans l’organisation de croire, ça lui devient insupportable, vraiment trop apparent !

Il faut reprendre cela. Faire l’examen de l’institution, en regard de ce qui ne va pas : son accointance avec le trop visible, l’apparence et le factice de se donner à voir, de la gloire d’être lacanien, du lustre d’être si près du Maître, qui font oublier son éthique.

« La question est d’envergure. Il s’agit de savoir si la psychanalyse peut prétendre faire sur l’institution une opération homologue à celle qu’elle réussit sur le sujet analysant. » [11]

Or, c’est une difficulté dans le mouvement de la psychanalyse, après ses heures de gloire et sa descente actuelle au purgatoire, de ne pas s’accrocher à un reste de cette gloire et de ce lustre d’antan, pour s’y tisser un nid à l’ombre de l’orgueil de ce passé, en retirer un bénéfice et pour s’y reposer en causeries. « Je ne fais pas de courbettes » dira-t-il encore à la ronde !

Il y a encore du prestige qui se recherche et s’abat sur l’ombre de ses sujets et qui parfois les contamine. C’est sans doute propre à l’Etat, à l’organisation dans son Etat, probablement aussi à la figure du signifiant Psychanalyse et à celle de ses maîtres Freud et Lacan.

Aussi, ce signifiant Père, il faut le rassembler ailleurs dans un autre qui se trouve en de moins bonnes grâces imaginaires que seulement se rapportant à lui, qui aide à éloigner et prévenir des « courbettes ». Il faut lui trouver une tête d’âne à la psychanalyse, pour faire honneur à son réel, à sa lalangue commune et propice à chacun, dans un signifiant qui la sortirait de sa figure de vieille barbe trop honorable et puis de celle au nœud papillon, au cigare trop malin, et trop savant qui les « écrasait tous », trop fort, trop prestigieux, trop érudit, marquée d’une seule et si unique intelligence ! Mais qu’est ce qu’il nous en aura fait voir, ce Père comique et jouisseur, facétieux et capricieux, ce petit homme si grand, si grand, à la grandeur si fragile de son être mortel. Sa condition humaine était son péché. Il fallait dissoudre !

Ce nouveau signifiant du Père, qui dupe, pour tenir le semblant, c’est celui, comme toujours, d’une condensation de la prise en compte du réel de l’acte dans son rapport à l’amour. Un signifiant de nouage, un RSI, avec l’amour, pour notre époque, pour rejoindre la « subjectivité de notre époque ». Une prononciation.

Dans le passé, il y en a déjà eu d’autres, des signifiants qui ont condensé le réel de l’acte dans la question de ce rapport à l’amour. C’est celui du Dieu tout Puissant, mis sur la scène de l’histoire par l’acte d’Abraham et son refus de lui sacrifier Isaac, c’est là véritablement qu’il naît pour l’homme, qu’il devient propriété de l’homme, dans la désobéissance trouvée du père qui y perçoit sa castration, l’opération sur lui d’un retrait de sa jouissance dans l’acte de ne pas être fidèlement comme lui ; c’est celui d’un Dieu le Père, par le signifiant de la Loi, porté par l’acte de Moïse, celui de Fils de Dieu porté par l’acte d’aller à son sacrifice par le Christ, celui de la mort de Dieu, portée par les apôtres dans les signifiants de la « Résurrection du Christ », celui de la division des hommes, de leur immanence dans la coupure faite à Dieu le Père, porté à la fois par le désir inconscient de Jésus et par celui des apôtres. Ensuite, il y a eu Freud et l’invention de la psychanalyse, de l’acte analytique, d’une nouvelle transcendance, non divine, portée par le signifiant du désir, de l’inconscient, de la castration oedipienne ; après, il y a un autre mouvement d’accélération avec Lacan qui, dans la coupure du signifiant place l’acte analytique au corps du langage, et le langage comme ce qui atteste de la castration. Lui-même, débutant quasiment avec elle, endossant cette coupure signifiante par son excommunication de l’I.P.A , et la reprenant dans l’acte de poursuivre, pour aller vaille que vaille vers la formation de l’Ecole de Psychanalyse jusqu’à l’acte de sa dissolution. Et tout au long de son parcours des déclinaisons signifiantes : le Nom du père, les-non dupes errent, le nouage borroméen, lalangue et le Réel, le néologisme du Dieure, pour rendre compte, essayer, éprouver ce qui nous échappe mais qui nous transcende faisant liant dans la question de l’Amour.

La psychanalyse est à ce croisement, soit de retrouver une existence, soit de mourir comme un vieux barde en manque de public pour entendre ses chansons et apprécier ses facéties.

-Quand on en vient aux mots

Aussi, ce signifiant « Psychanalyse », de Père-rompu, en train de trépasser, je le vois bien reprendre de la vigueur en l’ associant à celui de « Révolution » qui condense le réel de sa politique. Pourquoi ?

La prononciation de l’équivoque du signifiant politique par excellence, celui de « Révolution », va de pair avec celui de psychanalyse. Dans son association avec psychanalyse, le terme de révolution, donne une vue d’un territoire à la psychanalyse, dans la considération de travail et de mouvement qu’il préfigure. Travail et mouvement au sein des organisations psychanalytiques, dans leur fonctionnement, dans leurs statuts, dont celui de « la passe ».
Révolution fait répétition à l’œuvre, travail de reprise, de reprisage sur les bords. Révolution fait mouvement dans la gravitation. Il y a un centre, un noyau, un soleil qui fait socle. Révolution fait l’immuable permanence d’un réel porteur à l’intérieur du champ de l’analyse. Qui a peur de ce réel ? Qui a peur de ce champ ? Qui a peur de la révolution quand en fait c’est elle qui nous tient dans l’espace-temps ?

Du fait de l’affirmation au fronton du champ psychanalytique du signifiant de révolution, c’est, en même temps que faire signe d’une fonction de réel à l’interne, donner signe d’un désir de mettre cette fonction du réel au travail à l’extérieur.
Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin de sortir du bois pour faire adresse de cette modification du re-pèrage.

C’est comme re-pérage de l’acte, du réel dans son immanence, et non comme désignation transcendante venue de l’Autre que la psychanalyse doit faire adresse à son temps de ce qui est véritablement en jeu. Elle doit commencer cela depuis ce qui la constitue en interne.

Nous devons mesurer le choix de comment nous nous présentons au monde, et c’est à l’aune de l’histoire, non pas dans la lubie d’un moment.

Et pour donner une perspective de ce qui nous attend, et puisque l’histoire use d’une sorte de répétition- puisque le signifiant et l’inconscient sont à l’œuvre depuis l’origine du temps humain posant aux hommes les questions de leur place, de leur jouissance et de leur désir- on fera cette analogie avec l’histoire de la naissance du Christianisme. Actuellement, le signifiant Révolution est l’équivalent pour la psychanalyse du signifiant Fils tel qu’il pouvait l’être à l’époque du Christ, pour le signifiant Père. Et l’acte qui le révèle dans sa portée de réel, c’est celui d’une adhésion à sa filiation, comme jadis l’acte des apôtres et des premiers chrétiens a fait alliance d’amour au réel du désir inconscient, dans son inscription signifiante d’amour à cette figure du déchet, du rien, du « sicut paléa »n de la mort de Dieu qu’a soutenu le Christ et affiliation au monde.

C’est ce signifiant-là, de Révolution, qui doit être premier dans son association à Psychanalyse, car il abrite dans le mouvement de toute l’histoire en le dépassant celui de psychanalyse. La psychanalyse est un avatar du caractère révolutionnaire de l’histoire. La psychanalyse est historique, elle passera. La révolution, elle, ne passe pas, elle est ce réel du mouvement qui perdure dans sa répétition, elle est le réel de l’histoire, ce qui lui est permanent.

« Révolution&Psychanalyse », car, c’est sa révolution qui donne son mouvement à la psychanalyse. C’est la révolution qui indique la répétition à l’œuvre.

Aussi, plutôt que de chercher à faire des adhésions à partir de l’exercice d’un passage derrière le miroir sans tain où l’Autre vous regarde quand même- exercice qui livre malgré tout une positivité qui n’épargne pas les aléas propres à l’apparence et au jeu de l’apparat - chacun, chaque psychanalyste, maintenant, est appelé à se retrouver plutôt devant cette proposition de revenir sans équivoque, à sa solitude, à son ignorance, et à son dénuement pour décider. Peut-il, en son nom propre, de son autorité, dans l’acte, donner lieu de son appartenance, à ce nouvel espace-temps de la psychanalyse : « Révolution&Psychanalyse » ?

Cette proposition le met devant la détermination de son acte, afin d’y être seul, sans être capturé par l’égo, par la revendication narcissique, afin qu’il puisse y trouver véritablement le plis de sa certitude. Car la certitude qu’apporte la fin de l’analyse est concomitante à cette absence de glorification narcissique. C’est même cette absence là qui fait la foi, quand l’ amour touche le dénuement. Quand l’Autre est vu dans son entière constitution de faille qui nous revient comme étant aussi la nôtre, c’est l’amour qui nous sauve du gouffre, le fait que nous nous reconnaissions dans une complicité de faille qui se donne du semblant : du semblant de dire, de sa jouissance, de son inconscieint-réel.

Dans la confrontation au miroir, ce sont les mots, les sons, le rire, le sourire de la mère, sa jouissance à être et à dire face au drame de ce qui se découvre pour l’enfant qui dédramatise la perte subie par cette saisie de sa différence, et qui prévient chez lui d’une rupture dans le morcellement. La présence de l’adulte parlant dans ces moments capitaux de la structuration de l’enfant fait maillage de tout ce matériel éparpillé des événements de corps qui sont « au niveau d’une rencontre accidentelle entre le verbe et la jouissance »[12]. Ce maillage dessine son fil sur le corps et fait imprégnation « L’enfant reçoit le discours, mais attention, ce n’est pas un apprentissage. C’est une imprégnation. »[13]Il reçoit le discours, c’est-à-dire qu’il accède aussi à l’inconscient, à la division de son être par l’effet du discours de l’Autre barré. Il entre dans le langage avec la castration, par l’imprégnation de lalangue qui le divise. C’est le marquage de l’humain. Cette division est prise en compte dans le stade du miroir. Un point de scellement, un point d’arrêt, comme dans le travail du tricot ou de la couture se prend ou pas chez l’enfant. D’une certaine façon cet arrêt va le fixer dans une reconnaissance de son image de corps et va le préserver d’un défilement métonymique. Une conjonction de l’ imaginaire du corps, du réel de la jouissance et de la désignation dans le symbolique va s’écrire pour lui dans un moment que l’on a repéré comme étant celui où se retournant vers l’adulte il va voir chez ce dernier autre chose que le trou dans ses yeux, autre chose que le gouffre dans son regard qui le voit face à son propre trou. Si ce n’est pas autre chose que ce trou qu’il voit, c’est l’infini du surgissement du réel qu’il rencontre et qui le précipite au trauma indicible de l’angoisse, imposant une fermeture. Le miroir lui renvoyant un trou à son trou…une impossible fixtion imaginaire est imprimée dans l’unité du corps différencié. Traumatisme abyssal. D’où cette vision picturale qui nous atteint tous dans Le cri de Munsch. C’est le trou qui fait imprégnation, qui oriente la psychose comme un choix de fermeture devant un réel résonnant qui fait même se boucher les oreilles. Paradoxe et extraordinaire prescience de l’artiste dans sa peinture, car c’est de ce qui n’a pas été entendu-un rire, une complicité de jouissance dans un dire- en même temps que le regard s’est découvert dans le trou de l’Autre- qui ne s’est pas donné dans la lisibilité de sa barre- que les oreilles se ferment à l’Autre, celui-ci n’étant plus que l’agent, que le lieu de l’irruption traumatique du réel.

Si l’enfant saisit son corps séparé dans une unité imaginaire, c’est par la grâce de l’amour, c’est par l’enserrement, le tracé sur lui de son imprégnation à la structure du langage, par la reconnaissance chez l’Autre de la barre de son inconscient, dans la lecture qu’il fait de l’Autre comme inconscient, complice en tant qu’être parlant d’une jouissance qui le précède dans le réel, avec lui. C’est ce qu’on pourrait appeler la transcendance du rire.

C’est cette complicité que l’amour reconnaît qui fait l’amour, qui fait l’objet d’une transmission généalogique du parlêtre. Ce que rapporte C.Soler et lui fait dire de Lacan qu’il « évoque un rapport sexuel entre générations, lequel on le voit, est bien autre chose que l’acte incestueux »[14]

C’est l’amour, la demande d’amour et de reconnaissance qui est le moteur et la cause du désir de l’être parlant. Il ne peut être seul, abandonné au sort de sa solitude devant sa structuration inconsciente au langage, et au fait de son acte de dire. Et de ce fait, il appelle, invoque et convoque l’amour, dans le partage d’une complicité, d’une connivance[15] avec l’acte même de dire. C’est une convocation gratuite, cette convocation à l’amour de l’acte, du fait de dire. Car c’est notre essence « récupérée », reprise, ressaisie dans sa genèse initiale d’inconscient- réel. Le rire, c’est la jouissance de la dit-mension du semblant, de la fourche, de l’équivoque du discours, d’un savoir sans sujet. C’est notre propriété d’amour de notre condition, la promesse d’une échappée à la malédiction d’avoir été chassé du Paradis, d’être devenu des parlêtres.

Le rire est la conséquence de la considération de la feinte, du semblant, de notre accommodement au réel, à la jouissance. C’est ce qui fait notre origine à l’humanité, notre parlêtre, sans que nous sachions en déterminer la cause, sinon qu’elle se constitue cette origine, qu’elle devient consistante en nous, dans l’amour, dans la reconnaissance et dans la connivence que nous pouvons avoir dans ce qui la manifeste : l’inconscient qui nous fait dire notre désir sans que nous le sachions jamais puisqu’il nous parle.

Notre désir parle, il cause toujours notre jouissance. Le manque est dans le savoir d’aucune gloire à être. L’inconscient nous parle et, de parler par lui nous rend à l’incertitude de son origine, à l’humilité du réel qui fait notre condition. Nous n’avons aucun mérite à parler. Nous parlons, c’est notre condition ainsi, dans le genre animal, qui a fait de nous un avatar plus ou moins heureux, plus ou moins dramatique, que nous pouvons agrémenter d’une connivance dans un partage « riant, de plaisir, de satisfaction » avec l’autre, en ayant malgré tout l’unique chance de pouvoir aimer nous transmettre de génération en génération cette victoire sur la mort, la victoire que constitue pour nous, être parlants, « ce rapport sexuel entre générations » qui nous met en déléguation de père en fils, de mère en fille, d’un pouvoir d’éternité sur la mort, par notre descendance, et de pouvoir en rire, en être fier.

Notre certitude de vivant, devient une certitude de mourir dans une satisfaction d’avoir vécu, d’avoir pris notre temps, de l’avoir épuisé en jouissance et de l’avoir remis, ce temps, à l’autre de notre descendance, dans une possibilité de reprise de la dette du vivant à saisir ou à ne pas saisir. Chacun en a le choix.

Si la mort nous échappe, la vie aussi qui peut nous succéder, mais pour autant qu’on puisse l’aimer, aimer ce réel qui nous a fait s’aimer…semer.

Notre désir se constitue dans cette carence de ce qui nous échappe, notre mort,qui est notre certitude. A cette mort, nous ne pouvons répondre que par dire, pour succéder à nos parents, et faire succession de ce qui échappe, notre désir. Puisqu’il n’y a aucun mérite à être né parlant, il n’y a aucun mérite non plus à continuer à vivre, et à parler. C’est simplement devenu une heureuse certitude ; une certitude sans gloire. Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne nous rend pas fière. Si, nous sommes fiers. Nous sommes fiers de poursuivre, de ne pas nous arrêter d’être des hommes. La fin de l’analyse nous ramène à ça comme certitude. Que cela n’a pas de fin pourvu qu’on continue.

Une compromission avec la glorification narcissique polluerait, entacherait cette certitude d’une déception, comme il en serait d’une mauvaise adresse. En effet, l’acquisition en analyse de cette certitude est en même temps son vœu, elle devient son désir. Car, si elle surgit dans la cure, si elle signe ce point d’aboutissement de l’analyse, elle attend son prolongement dans l’Ecole, dans la pérennité sinon de l’analyse, du moins de ce qu’elle a produit. L’analysant qui a fini est en passe de devenir membre de l’Ecole, de la communauté des analystes, d’être membre de l’être de la psychanalyse. Il ne peut que s’y référer comme passeur, pour la grâce qu’il en a retirée ; et sa certitude trouvée dans la cure, il la veut poursuivie et enrichie dans la communauté par le travail. Or, la grâce du dénuement de son objet, autre nom de l’enthousiasme ou de la satisfaction, telle qu’elle apparaît en fin de cure, quand l’épluchure des identités est tombée et que ne reste du savoir et « de l’Autre que le bord sans qu’il puisse s’y compter », est ce que C.Soler énonce comme « …la signification objectale produite par l’objet @ comme enforme de l’Autre »[16]. Et cette signification objectale, sans rien à dire de plus à dire, que de l’apprendre, ne peut se substantialiser en soi que de se retrouver au sein de l’Ecole, comme membre habitant le destin de la psychanalyse. C’est un effet de la cure, de faire de ce dénuement, de la désupposition de savoir de l’Autre, de la trouée de l’Autre, sa propriété à soi, et de projeter la beauté du manque que le transfert a dévoilée, dans l’attente, dans le désir de la beauté du geste d’aller dans l’invention analytique, de faire Ecole, de faire soi-même partie. D’où la crainte, la déception, voire la désillusion de voir parti, envolé le bénéfice d’une construction transférentielle laborieuse qui a duré des années, comme a duré des années le sevrage du transfert, l’opération de destitution du supposé savoir, dans l’aléatoire et le malentendu d’une mauvaise rencontre avec un passeur mal désigné, insuffisamment au fait de l’invention de sa propre analyse, qui ne peut rien entendre de celle de l’autre, car cela le dépasse, car il n’y comprend rien, n’y voit, n’y entend rien…D’où la crainte et la déception aussi par rapport à ce cartel de la passe, chargé d’entendre ce que le passeur a entendu, alors que la psychanalyse est elle-même dans tant de questions et de crises que même ses plus illustres représentantes doutent de l’évidence à entendre justement ce qu’il y a lieu d’entendre et à ne pas le confondre avec le délire ou la psychose !

Fameuses embûches pour la passe… lorsque la cure devrait suffire et qu’elle procure à celui qui l’a effectivement bien terminée, l’autorité pour s’avancer. Fameuse embûche pour celui-là de s’en remettre au préalable à l’inconsistance, voire à la maladresse d’un autre qui n’est pas lui-même sorti d’une posture imaginaire, qu’un résidu d’ambition ou de gloire a contaminé dans son adhésion ! La glorification est l’ennemie de la certitude analytique, de la foi analytique.

Quelle garantie ? Quand il n’y en a pas et que cela est reconnu de structure ? La garantie, c’est caduque. Il n’y a pas de rapport sexuel. Mais du péché de la gloire, de celui de l’ambition, une structuration de l’organisation peut peut-être en rendre compte.

Si nous sommes nombreux effectivement à être passés par l’affect de la grâce en fin d’analyse et par celui de la certitude dans une prise de liberté qui s’y greffe- ce que je crois- le dispositif actuel de la passe ne répond pas aux tares qu’elle veut pourtant éviter.

Ce que j’avance comme proposition, c’est de se départir de ce dans quoi la psychanalyse est mal prise, du tapis dans lequel elle se prend les pieds.

Il faut comprendre et l’entendre, la psychanalyse, au-delà de ce que Lacan a lui-même avancé. Il nous faut tuer ce Père, en postulant que la cure est l’outil de ce dépassement. Ce que dans ses propositions, Lacan, lui-même entendait et promouvait, comme une réinvention permanente du chef de l’analysant. Nul n’en aurait le secret en terme de « savoir », ni lui, ni un autre, c’est dans le rapport au savoir et dans la mise en œuvre d’une autre opérativité de ce savoir en circulation que réside le secret. La désupposition du savoir de l’analyste, nous devons aussi la remettre à l’ouvrage vis-à-vis de la parole du Maître, qu’elle ne soit pas fixée et qu’elle ne bloque pas le devenir de l’analyse.

« Ainsi, l’image du Père, que ce soit celle de Freud ou de Lacan restent centrales. Malgré le fait qu’elles soient issues d’une dissidence, il est très difficile aux institutions qui se réclament de Lacan d’échapper à cette forme- qui est un reste de patriarcat- d’éloge ou de sacralisation du Père. Ce qui fait son intouchabilité, c’est son savoir, c’est le savoir érigé en Lacan par l’œuvre qu’il a fourni. Face à cela, il est vrai que nous sommes tous « petit ». Mais autant cette œuvre fait Bible, trésor de signifiants, autant son recouvrement par la personnalité et par l’image de Lacan comme Père, peut aussi faire obstruction à l’analyse. Une obstruction par le sens, par le savoir. Par un excès de sens et de savoir qu’on lui prête, l’œuvre de Lacan se pose comme inconscient à déchiffrer. C’est faire fi de son réel et de l’inconscient comme réel dans l’œuvre elle-même, dans le réel de l’acte et non dans le supposé savoir. Là est une limite de la référence à Lacan. La psychanalyse est mise en œuvre de l’acte de tous les analystes, du désir et, sa restriction au préalable d’une dimension du savoir est une faute dans le transfert. Lacan n’a pas cessé d’interroger cette limite à laquelle il pressentait d’ailleurs participer. L’acte de dissolution de son école en est le signe. » in l’entrée dns le langage, D DEmey inédit

Il faut pouvoir prendre et lire le texte dans sa faiblesse, dans sa lacune. Rien n’y parviendra jamais, et accepter sa castration, celle de l’autre. Mais il y a une chose qui hormis le texte ne peut être renvoyé à l’insignifiance, c’est l’acte de le produire. Il y a une lecture au delà des fautes, des errements du texte.

C’est dans une proposition radicale de certitude, conjointe à une liberté chèrement acquise, que je défendrai ma position.

Dans « Wunsch n°8 », dans ce qui nous est parvenu de Buenos Aires, Colette Soler dit son sentiment d’ équivoque pour la passe de Lacan, son questionnement, malgré qu’elle énonce aussi ailleurs que cette passe ne se discute pas. « Évidemment, cette conjonction à la fin, entre certitude et liberté, ça chiffonne, non seulement parce qu’il faut la reconnaître au niveau des cas, comme Lacan le fait pour le guerrier appliqué, ou pour lui-même quand il poursuivait, impavide, son séminaire dans la tourmente de l’époque de l’excommunication.

Mais surtout, surtout, ça chiffonne parce que c’est le propre de la psychose, cette conjonction entre certitude et liberté.

Je termine. Quand je dis que ça chiffonne, c’est peu dire, car (…) il pourrait arriver qu’on prenne les manifestations de fin, et notamment les postures d’assurance ou de satisfaction, pour les signes même d’une analyse inaboutie (quel cartel aurait nommé le guerrier appliqué ?) ou qu’ à l’inverse… Et encore heureux si on ne les prend pas pour les signes d’une psychose.

Là je crois que notre passe est en jeu, pas moins, et ça mérite bien les débats d’orientation dans lesquels nous entrons. »

S’il ne le sait, le candidat analyste, ou analyste d’Ecole, s’il ne le peut, s’assurer lui, de cette conjonction entre certitude et liberté, s’il ne peut s’affranchir de l’Autre, car cela revient à cela, qu’ il retourne alors y voir en analyse ce qui achoppe à sa constitution . Mais je me demande bien, comment ayant fait le trajet qui y mène, à cette radicalité inhérente à la fin de l’analyse d’une certaine assurance et liberté, on puisse encore accepter de se prêter à une épreuve aussi aléatoire, et pour finir dépossédante de sa propre décision, que cette formule actuelle de la passe.

S’il faut aller quelque part, que ce soit dans la direction de devoir se mettre en jeu soi-même, face à l’exigence éthique de trouver sa certitude et sa liberté, de l’engager en s’engageant, praxiquement, et autour d’une formule signifiante qui en garantisse-si l’on peut dire - son mouvement et sa précarité. Avoir une certitude précaire et partagée, l’avoir en mouvement, c’est le gage de lui donner son assise. Je peux afirmer ma certitude seul, dans une éthique psychanalytique, je dois ne pas y renoncer, mais sans communauté, elle est vaine, ne fait même pas discours. Ma certitude est mon appui et ma faiblesse. Mais c’est la règle. Et l’amour est gratuit.

C’est pour aller vers cela, dans cette direction d’une organisation psychanalytique qui comme contrainte de reconnaissance et d’adhésion impose à chacun cette relégation au « sicut paléa », à l’enforme de son institution de l’Autre dont chaque un est au mieux le bord sans y compter pour l’être que je m’adresse à nous. C’est uniquement là, que l’analysant passe, s’ouvre à la grandeur de la liberté et de sa certitude. C’est cela la castration, de prendre la mesure du plis de ce qui borde la perte, de renoncer à toute structuration dans l’orgueil qu’ appuierait une désignation passant par un clergé de l’Autre , par le crédit mis dans cette supposition d’être de l’Autre de l’institution.

Cette formalisation-là reviendrait en un miroir vers soi du faste de la richesse de ce qui ne peut pourtant rester que terreau, de l’humus, du déchet, du « sicut paléa ».

S ’ il y a bien un signe qui peut déterminer qu’on a franchi l’obstacle du semblant des choses, que la brillance et que l’image sont dépassées, c’est d’ embrasser la seule fierté de la misère du fond et du recommencement, de ce qui aujourd’hui n’a pas de forme, de faire acte de foi sur ce néant et cette absence de gloire et de richesse. Là est ma certitude, à dire que sur de nouveaux signifiants, il faut pour la psychanalyse recommencer la mise en forme de son institution, quitter l’unique formalisation du père dont l’héritage se dispute encore entre les frères.

Tout est à reprendre, à repriser, et au sein de nos institutions en premier lieu. Le manque que l’on ne parvient pas à garantir jusqu’ ici, qui est l’objet des disputes et de l’ éparpillement, le manque qui se bouche par des effets de groupe, dans la pente des enjeux de pouvoir, de séduction, dans la prétention du savoir, de garantie…il faut le remettre au commencement, aidant à la mort du père, faisant son deuil.

Le Forum du champ lacanien dans l’entendement de l’ouverture à la parole qu’il préconise dans le choix de son signifiant « Forum », est une étape de cette sortie. Il m’a en tous cas permis de trouver un abri, à moi qui n’était qu’un petit Pouillon, un survivant du radeau de l’analyse.

Le « Forum » est une autre version de l’héritage du père. Après celle accaparée par Miller, le fils aîné et les autres frères, comme Melman, il a été la voix plus féminine, délaissée jusque là, de la grande soeur aimante, C. Soler. Des soeurs, il y en a eu d’autres qui ont pris leur valise et se sont installées ailleurs, comme Fainsilber. Des petits frères aussi, disséminés avec les raisons qui leur appartiennent d’avoir renoncé à habiter la maison familiale.

Avec ma certitude, depuis quelques années, j’ose m’aventurer contre la volonté des frères, malgré leur hospitalité. Depuis quelques mois, j’ose un peu plus, et maintenant, j’ose carrément, et en premier, mais il y en aura d’autres, des, qui à chaque fois le diront comme pour la première fois, pour inscrire la psychanalyse dans sa révolution, dans ce dire à partir du négatif, à partir du sicut-palea, de sa jouissance, de son champ dans et par l’immanence de son réel, dans sa réinvention à chaque fois. Mais, « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »[17] L’analogie avec ce paragraphe des Evangiles ne peut nous échapper quant à sa pertinence ici. Le « Royaume de Dieu » est une allégorie d’un savoir y faire avec le malaise dans la civilisation, avec notre parlêtre. Encore une fois, avec la psychanalyse, nous sommes sur un sentier en chevauchement d’un héritage.

Lorsqu’il y a 8 ans j’ai quitté mon analyste et son bateau- car elle m’ avait mené en (son) bateau- un peu gêné, je lui ai dit et remis un document qui reprenait ceci : « Je ne sais pas si c’est de la psychanalyse ou pas tout à fait dans quoi je m’inscris et m’affilie, mais c’est comme cela que je me situe par elle dans son issue, en héritage et dans la reprise de quelque chose qui a à voir avec cet acte des apôtres, d’avoir prononcé la résurrection du Christ. Si je pratique un jour comme analyste, je le ferai parce que cela se sera mis ».

Il aura encore fallu 8 ans…de gestation, de travail.

Avec cette lettre, je veux donner corps à une piste de réinvention de la psychanalyse, j’adresse à qui veut bien l’entendre, sur ce site et dans ce texte, le travail de ma vision de la passe à l’Ecole. Car, je suis dans un transfert d’Ecole, de l’ Ecole de La psychanalyse lacanienne, j’appartiens à sa cause, dans l’état de sa 3e génération. Peut-être pas aux yeux des institutions en place qui s’en revendiquent. Comment Lacan aurait-il réagi à de tels propos ? Comment chacun, chacune, vous, mes « grands frères, grandes sœurs, petits frères, petites sœurs, oncles et tantes » allez-vous réagir ?

Qui aurait cru que cela pourrait être une voi(x)e ?

Tous les chemins ne mènent-ils pas à Rome ?

Je m’adresse encore à ces institutions. Je ne crains pas de leur parler. J’ai envie de leur parler.

Si par ailleurs ce que j’avance, cela s’entend… et bien alors, disons-nous de concert de « La Révolution psychanalytique », associons-nous sur ça : « Révolution& Psychanalyse » pour un à venir en association, et ajoutons-le à notre fronton.

Partir de presque rien, du « sicut palea », de notre position séculière, d’un « enforme de l’Autre, sur son bord, sans s’y compter ». Faire signe de passage que l’emprise imaginaire narcissique est derrière nous et que nous avançons à partir du réel de « notre foi ». Qu’au sein de l’Ecole, il n’y ait plus cette déception de rencontrer encore la matière polluante de la gloriole acquise à bon marché des masques que l’on peut revêtir ou des courbettes qu’on peut faire pour séduire.

Non, pas cela, mais l’exigence de la cure, d’apporter en gage son invention, l’impertinence de sa liberté, la désobéissance de son assurance, l’amour de sa parole, de son adresse.

« Je m’adresse à vous, chèr(e)s collègues et ami(e)s pour que nous poursuivions.

C’est ça que cela veut dire de s’associer sur notre signifiant de la reprise : « Révolution&Psychanalyse ».

Daniel Demey

Le « 05/04/2010

[1] Petit discours de Lacan à la maison de la chimie, le 5 juillet 1980

[2] cité par L.Fainsilber « Le goût de la psychanalyse : l’analyste ne s’autorise que de lui-même » » Conclusions par Jacques lacan du congrès sur la transmission de la psychanalyse. Lettres de l’Ecole n°25, Bulletin intérieur de l’Ecole freudienne de Paris, volume II, « La Transmission », juin 1979

[3] C .Soler in « L’inconscient qu’est ce que c’est ? » cours 2007-2008 pg 79-80, citant Lacan pg 819 Ecrits.

[4] C.Soler ibidem pg 60

[5] Néologisme emprunté à L Fainsilber qui exprime la connivence complice et la reconnaissance

[6] Soler opus cité pg 84

[7] ibidem pg61

[8] ibidem pg 85

[9] Lacan in Lettre aux italiens (1973) “Le savoir en jeu (celui de la psychanalyse)…c’est qu’il n’y a pas de rapport sexuel, rapport…qui puisse se mettre en écriture.

[10] « Petit discours de Lacan à la maison de la chimie » le 5 juillet 1980

[11] C.SOLER Préliminaires à tout fonctionnement possible d’une Ecole http://www.valas.fr/Colette-Soler-P...,110

[12] C.Soler, L’inconscient réinventé pg 39 PUF 2010

[13] ibidem pg 33

[14] C.Soler ibidem pg 38

[15] Fainsilber m’a soufflé ce néologisme qui condense reconnaissance et connivence

[16] C.Soler in L’inconscient, qu’est ce que c’est ? Cours 2007-2008 pg 81

[17] Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 10, 17-30
Une psychanalyse tournée vers le Réel, qui en a saisi la dit-mension ne peut être qu’orientée… politiquement.


Commentaires  forum ferme

Sacs de noeuds ou la mémoire associative
samedi 17 décembre 2011 à 20h34 - par  Damien

Bonjour,

« C’est là que ça se décide, que les noeuds signifiants se défont dans un discours et que libres d’avancer en se dépliant, d’autres nouages signifiants se font »

  • Sortie de « Quand les neurosciences démontrent la psychanalyse » de Gerard Pommier et suite a cet article, j’avais envie de dire çà, ici :

— > Avançons et voyons, en avance sur notre temps surement (Dieu est mort et Einstein ne va pas très bien : « E » n’est bientôt plus égale à « MC² » !). Les machines donneront bientôt à voir sur écran géant, de notre vivant ou non, les trouvailles de Lacan et l’immonde deviendra m’ondes <—

  • Voir photo illustrant cet article Américain ci-dessous sur la mémoire associative qui ne montre rien qui nous concerne ici, mais laisse présager…

PS : Les articles de votre site sont très rafraîchissants, merci.

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