Jacques Sédat : Satisfaction, plaisir, jouissance chez le nourrisson et l’enfant

« Vous avez dit jouissance ? »

Document du vendredi 26 juillet 2019

par  P. Valas

Entre deux O.
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Jacques Sédat : Satisfaction, plaisir, jouissance chez le nourrisson et l’enfant (à télécharger).

Résumé, l’ensemble du texte est à télécharger :
Satisfaction, plaisir, jouissance chez le nourrisson et l’enfant Jacques Sédat Article paru dans un ouvrage collectif « Vous avez dit jouissance ? » sous la direction de H. Guilyardi (érès, avril 2019).

Pourquoi Freud n’a-t-il pas besoin de la jouissance pour penser la sexualité ?   

Pense-t-on que les enfants ne montreraient aucun intérêt ni aucune compréhension pour les faits et énigmes de la vie sexuée s’ils n’y étaient pas engagés par une intervention étrangère ?   

Ou bien poursuit-on réellement et sérieusement le dessein de leur faire par la suite juger tout ce qui est sexué comme quelque chose de bas et d’abominable, dont leurs parents et éducateurs voudraient les tenir éloignés le plus longtemps possible ? […] Je me souviens avoir trouvé dans les lettres de famille de ce grand penseur et ami des hommes qu’est Multatuli 2 1. Nous reviendrons plus loin sur le problème de traduction pour Geschlechtstrieb. 2 Les lettres de Multatuli (pseudonyme de Edward Douwes Dekker, penseur anarchiste néerlandais de la fin du XIX) siècle) ont été publiées en 1906 par W. Spohr.

On peut noter au passage que Freud, qu’on accuse souvent de conformisme bourgeois se réfère à un penseur anarchiste sur les questions de la sexualité !

  

3 Quand Multatuli écrit que « l’enfant pèche déjà », il fait une allusion évidente à la masturbation dont Françoise Dolto donnait cette superbe définition : « faire l’amour à la personne qu’on aime. »   

Il est important ici de noter que la démarche de Freud n’est jamais spéculative et théorique, elle s’appuie toujours sur ce qu’il a pu et peut observer, même si ce qu’il en déduit reste momentanément partiel ou fragmentaire, que Freud assume comme démarche d’expérimentation dans ses recherches, ainsi qu’il l’écrit à Lou Andreas-Salomé : « L’élaboration systématique d’une matière m’est impossible, la nature fragmentaire de mes expériences et le caractère sporadique de mon inspiration ne le permettent pas.   

Il ne faut donc pas entendre les mots qu’utilise Freud comme des concepts, mais comme des termes qui renvoient à des positions psychiques. Faute de quoi on risque de ne pas vraiment comprendre la démarche freudienne.   

Il conclut d’ailleurs ainsi ce texte : « Le progrès le plus significatif dans l’éducation de l’enfant est selon moi que l’État français ait introduit, à la place du catéchisme, un livre élémentaire qui fournit à l’enfant les premières connaissances concernant sa position civique et les devoirs éthiques qui lui incomberont un jour. » Ce qui ne l’empêche pas de regretter aussitôt que ce livre n’accorde pas encore de place au « domaine de la vie sexuée » à l’école.   

Le modèle de la satisfaction sexuelle, chez Freud, est d’abord la cessation du déplaisir. Initialement, dans la perspective freudienne, il n’y a donc pas d’accès immédiat au plaisir.   

La pulsion de genre (der Geschlechtstrieb).   

Et traduire der Geschlechtstrieb par « pulsion sexuelle », voire « sexuée », revient à méconnaître le fait que cette pulsion originaire n’est ni sexuelle ni sexuée.   

Pourtant, on peut faire l’hypothèse que si Freud a pris soin de différencier deux formes de pulsions, dans la période infantile - Sexualtrieb et Geschlechtstrieb - c’est parce qu’il considérait que la pulsion sexuelle infantile ne reconnaît ni la différence des sexes, ni la sexualité adulte.   

La pulsion de genre, asexuée, n’existe pas encore face à des objets externes. À la différence de la pulsion sexuelle, elle va constituer des objets conformes au sujet en construction. On retrouve cela ultérieurement dans toute rencontre avec l’autre au cours de laquelle, souligne, Freud, « la découverte (ou la trouvaille) de l’objet n’est à vrai dire qu’une redécouverte (ou une retrouvaille) ». 15 Cette pulsion de genre est liée au narcissisme primaire, à l’expérience de séparation du corps maternel. L’image du corps s’élabore peu à peu chez l’enfant, notamment à travers les théories sexuelles infantiles qu’il s’invente en secret pour arriver à penser la séparation (Scheidung) du corps maternel, et grâce auxquelles il fait l’expérience de son corps séparé comme unité signifiante. À partie de ses propres observations, enrichies par l’analyse du petit Hans, Freud repère trois théories sexuelles infantiles que l’enfant élabore progressivement, à l’écart des adultes : la théorie de la femme au pénis ou théorie hermaphrodite (il n’ y a pas de différence de sexe) ; la théorie cloacale de la naissance (l’enfant est un fragment du corps chié de sa mère), et la théorie sadique du coït (la disjonction fort/faible, devance ou méconnaît la différence des sexes et la castration. Je suis fort, j’existe, je suis faible, je ne suis rien 16 ) Cette élaboration progressive de l’image du corps s’opère donc chez l’enfant à partir de représentations mythologiques, à l’abri du regard des adultes pour pouvoir penser la seule chose qu’il questionne et qui l’intéresse, la question de l’origine : Woher die Kinder kommen ? Car chaque enfant se demande en secret : sur quoi je repose, si je n’ai pas existé auparavant, avant d’être né ? On est bien là au niveau du narcissisme primaire qui ouvre sur la pulsion de genre. La pulsion de genre constitue ce stade qui inaugure l’autonomie de la pensée et la séparation d’avec le corps d’autrui. À corps séparés, pensées séparées. 15 S. Freud, Trois essais, op. cit., p. 165 ; OCPF, op. cit., p. 161. 16 S. Freud, » Les théories sexuelles infantiles » (1908), OCPF, op. cit. p. 226-242.  


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