New England Journal of Medicine — The Nazi science Dachau hypothermia experiments


Document du lundi 22 février 2010
Article mis à jour le 3 novembre 2009
par  P. Valas

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Volume 322, May 17, 1990, Number 20

—  The Nazi hypothermia experiments and unethical research today.
M. Angell
—  Nazi science — the Dachau hypothermia experiments.
R. L. Berger

Articles inaccessibles aujourd’hui par le net sur le site du NEJM, et je n’ai pas de copie. J’ai cependant retrouvé ce que j’avais traduit et commenté de ces documents… (en faisant parvenir au journal mes remarques). Jacques Leibowitch.

LES EXPÉRIENCES D’HYPOTHERMIE NAZIE ET LA RECHERCHE NON ÉTHIQUE AUJOURD’HUI

Texte de la Rédactrice en Chef du New England Journal of Medicine, après la publication par son journal des travaux nazis présentés comme un Scoop. Il faut savoir que ce journal est le plus côté pour les enragés de lImpact Factor, permettant d’obtenir 80 points pour chaque publication, donc loin devant The Lancet ou Nature (40 points).

Traduction et commentaires du Pr Jacques Leibowitch — Chef du laboratoire d’immunologie de l’hôpital Raymond-Poincaré à Garches. H.P. Paris.

Pendant près de 50 ans, il y a eu débat autour de l’utilisation de l’information acquise par l’expérimentation des nazis sur des victimes de camps de concentration.

Ceux qui s’y opposent mettent en avant l’effet d’atténuation de l’horreur qui par là d’une certaine façon déshonoreraient ceux qui sont morts et blesseraient les sensibilités des survivants.

Selon cette opinion, rien ne devrait être fait qui pourrait même légèrement effacer le mal absolu que représentent les expériences nazies.
D’un point de vue pratique même, l’utilisation des informations des camps de la mort pourrait être considérée comme confortant l’utilisation de résultats d’expériences conduites aujourd’hui dans des conditions contraires à l’éthique, et par là encourager de telles procédures.

À l’opposé, il y a ceux qui sont en faveur de l’utilisation des données nazies parce qu’ils pensent que nous devrions sauvegarder ce qui dans ce qui fut un cauchemar peut être sauvegardé au profit des hommes vivants d’aujourd’hui.

Les défenseurs de ce point de vue soulignent que ce serait aggraver les souffrances humaines et ne pas les soulager que de laisser des gens aujourd’hui mourir alors qu’ils pourraient être sauvés par le savoir acquis au cours d’expériences nazies.

Comme dans tous les débats éthiques sur des sujets d’extrême importance, les arguments des deux côtés sont convaincants (sic).

On peut même envisager des scénarios extrêmes où celui qui tient l’une des positions pourrait être conduit à tenir la position opposée dans telle ou telle circonstance précise.

Par exemple ceux qui s’opposent à l’utilisation des données nazies pourraient être ébranlés s’ils étaient convaincus qu’un procédé simple appris grâce aux expériences nazies pouvait sauver les sans abris qui autrement mourraient de froid l’hiver prochain.

De même, ceux qui sont les partisans de l’utilisation des données nazies pourraient repenser leur position s’ils avaient des raisons de croire que la référence à ces données pourrait entamer la rigueur des exigences éthiques qui ont cours aujourd’hui.

Néanmoins, sans scénario extrême, la plupart d’entre nous nous voyons le poids des arguments favoriser de manière prédominante l’un ou l’autre bord et le débat continue (sic).

Dans le numéro de ce journal, j’ai décrit ce que l’on sait de l’organisation et des méthodes utilisées par les nazis à Dachau dans les expérimentations sur l’hypothermie.

Ce sont ces expériences là qui ont attirées le plus d’attention au nom de leur possible valeur scientifique.

Les données primaires en furent apparemment détruites avant l’arrivée des alliés et les seules données disponibles sont apportées par S. Rascher le médecin qui était directement en charge de la conduite des expériences dans un rapport adressé à H. HIMMLER.

Sur ce rapport, il y a assez d’éléments selon Berger pour démontrer que les expériences d’hypothermie en plus de leur caractère bestial étaient pauvrement dessinées, qu’elles étaient conduites de façon débraillée, désordonnée, (sic), que leurs résultats sont contradictoire et probablement fabriqués de manière délibérée.

Bref, les expériences d’hypothermie sont frauduleuses au regard de la procédure scientifique et donc sans valeur scientifique.

L’analyse persuasive et laborieuse et Berger met-elle un terme au débat ?

Dans un sens très limité, oui sans doute puisqu’il est montré par lui que dans les expériences d’hypothermie il n’y a pas vraiment de quoi peser de la bonne science contre de la mauvaise éthique*.

L’idée selon laquelle nous nous obligerions de manière volontariste à garder distance de ce qui aurait pu être un trésor d’informations valides sur l’hypothermie apparaît donc à Berger comme sans fondement et Berger nous rend un fier service en tirant le voile qui cachait un mythe.

Mais, toute inférence selon laquelle mauvaise science et mauvaise éthique vont de pair ne serait pas pour autant de mise.

Pas plus que nous ne pouvons supposer qu’une recherche conduite de manière non éthique soit scientifiquement avortée de ce seul fait. Bien que cela ait été spectaculairement vrai des expériences nazies, ce n’est pas pour autant une formule à laquelle on pourrait se fier automatiquement, mais plus encore nous ne saurions nous reposer sur l’idée inverse selon laquelle la bonne science assure la bonne éthique **.

La fin du Troisième Reich a-t-elle signifié la fin des expérimentations humaines non éthiques ?

Évidemment pas.

Beecher en 1966 a décrit des exemples de recherche en Amérique dans lesquelles les droits de l’homme étaient négligés de façon flagrante.

Par exemple, on connaît l’étude de Willowbrook sur l’hépatite dans laquelle des enfants mentalement retardés étaient délibérément inoculés par des spécimens contenant le virus de l’hépatite avec le consentement des parents, ou encore l’essai contrôlé contre placébo du traitement de la pharyngite streptococcique qui a conduit comme on pouvait le prédire à de nombreux cas évitables de fièvre rhumatismale.

De tels exemples cependant sont devenus de plus en plus inhabituels dans un système qui se voue désormais à la protection des droits des humains.

Aujourd’hui, nous disposons de nombreux remparts qui garantissent explicitement les conditions éthiques de la recherche médicale, et notamment de règlements (fédéraux) qui font obligation de constituer des instances pour évaluer avant la mise en œuvre de l’essai ses fondements éthiques d’une expérience thérapeutique proposée et d’obtenir un consentement éclairé du patient.

Néanmoins, des recherches non éthiques continuent d’être conduites aujourd’hui bien que les violations du droit en soient beaucoup moins extrêmes qu’elles ne l’ont été.

À mon point de vue, la recherche non éthique d’aujourd’hui reflète un manque de réflexion beaucoup plus qu’un cynisme brut et est motivée largement par le désir d’obtenir des réponses scientifiquement non ambigües (sic).

Il y a souvent une tension dans la recherche entre les exigences de la rigueur scientifique et les impératifs éthiques.

Par exemple, l’exigence d’un consentement éclairé peut grandement ralentir le recrutement de patients appropriés pour tel essai clinique et menacer le caractère véritablement généralisable de ses résultats.

Faire l’impasse sur cette exigence pourrait permettre d’engranger des résultats plus rapidement et plus utilement.

De même, l’utilisation d’un groupe placebo dans un essai clinique peut être la manière la plus claire de jauger l’efficacité d’un traitement mais il n’est pas éthique de conduire ce type d’étude quand il y a de bonnes raisons de croire que le groupe traité ira mieux que le non traité.

Par conséquent, il peut être plus facile de satisfaire à des exigences scientifiques si les droits des sujets sont purement et simplement violés.

Comme je l’ai dit ailleurs, l’approbation de l’instance institutionnelle lorsqu’il en existe une et le consentement éclairé des sujets sont des conditions nécessaires mais pas encore suffisantes.

Si même les sujets étaient consentants, ils ne devraient pas être exposés à des risques appréciables s’il ne devait pas y avoir pour eux-mêmes de bénéfice possible du fait de l’essai.

J’ai l’impression de mon expérience en tant que rédactrice en chef du New England Journal of Medicine que le type le plus fréquent de violation éthique comporte l’obtention du consentement éclairé du malade de manière légaliste mais sans vraiment informer les sujets sur la signification générale de l’essai et d’utiliser de manière illégitime des groupes placébos dans des essais cliniques.

Malheureusement les éditeurs de journaux scientifiques et leurs comités de lectures contribuent à encourager de telles pratiques lorsqu’ils placent la rigueur scientifique avant les exigences éthiques.

Le New England Journal a la position de ne pas publier de travaux fondés sur une recherche non éthique quel que soit le mérite scientifique du travail. C’est seulement si l’étude est conduite de manière appropriée avec une attention pleine et entière aux droits des sujets à l’étude que nous commençons à le prendre en considération.

Il y a trois raisons à notre position :

1) la politique de ne publier que des recherches éthiques, si elle était appliquée partout, dissuaderait les travaux non éthiques. Publier est un mode de récompense apprécié et important du système de recherche médicale, et les investigateurs n’entreprendraient pas de travaux non éthiques s’ils savaient que leurs résultats ne n’en seraient pas publiés. Dans tous les cas, l’attitude opposée pourrait faire incitation à la conduite de travaux non éthiques parce que, comme je l’ai indiqué, de telles études peuvent être plus faciles à conduire et de ce fait donner à celui qui les entreprend un avantage compétitif.

2) le refus de publier, même lorsque les violations éthiques sont mineures, protège le principe de la primauté du Sujet qui se soumet à la recherche. Si des infractions mineures étaient autorisées, nous pourrions nous y habituer et ouvrir la voie à des violations plus sérieuses.

3) le refus de publier des travaux non éthiques vise à faire savoir à la société dans son ensemble que les scientifiques eux mêmes ne considèrent pas la science comme l’étalon primaire et primordial de la civilisation, un savoir qui bien qu’important peut l’être moins à une société qui se respecte que la manière par laquelle ce savoir aurait été acquis.

*NDLR :

Quel dommage… ! On pourrait leur expliquer quand même qu’il y a plusieurs avenues jusqu’à la vérité scientifique, et que le principe même de la vérité scientifique est qu’elle se confirme de manière indépendante au travers d’élaborations conceptuelles et techniques précisément indépendantes les unes des autres.
Que la vérité en question n’est pas si chère qu’il faille absolument sauver le trésor d’information que constituerait une expérience unique.
Le malheur du monde anglo-saxon est qu’il est pénétré de l’imprécation véridique, The Truth, signifiant primordial touchant au fantasme fondamental américain, intouchable comme les gardiennes du feu, référence mythique d’une culture qui les conduit par un cheminement obsessionnel à de terribles aberrations théoriques et éthiques.
La vérité « Vraie », celle qui révèle l’existence du Dieu inscrit dans la constitution américaine, ne peut selon ce mythe procéder par essai et erreur.
La vérité scientifique, une fois « établie », est « Vraie » et tient lieu désormais de parole de Dieu.
Grâce à Dieu, donc, les expériences nazies n’étaient pas scientifiques, sinon les édits de la science nous auraient obligés à baisser tristement la tête en hochant que c’était pourtant bien vrai et donc bien utile à l’humanité de devoir manger symboliquement du cadavre juif nazifié, au nom du bonheur de l’humanité. J. Leibowitch

** NDLR :

OUF ! J. Leibowitch

Le grand débat de l’Éthiqu(ê)te scientifique

Il est postérieur à la publication des articles du New England Journal of Medicine. Sans doute ce débat a-t-il été motivé par le fait que des « chercheurs » de l’armée américaine ont considérés, pour un temps au moins, que les travaux des nazis avaient une certaine valeur scientifique. Ils pouvaient servir à inventer de nouvelles combinaisons de survie pour les pilotes de l’US Air Force tombés en mer.
.


 
Document joint en PDF cliquable ci-dessous :

Military Medical Ethics, Volume 2

Chapter 15

NAZI HYPOTHERMIA RESEARCH : SHOULD THE DATA BE USED ?

ROBERT S. POZOS, PHD
Professor, Department of Biology, San Diego State University, 5500 Campanile Drive, San Diego, California 92182-4616

INTRODUCTION

NATIONAL INTEREST AS A RATIONALE FOR HUMAN EXPERIMENTATION
Practical Military Questions and Concerns
Social and Political Movements
Contemporary Considerations and Questions
Uncovering the Process in Nazi Germany

THE NAZI HUMAN EXPERIMENTATION PROGRAM
Experimental Methods of the Hypothermia Studies
Human Dimensions of the Experimental Program
Results of the Human Hypothermia Research

INTERNAL KNOWLEDGE OF THE HYPOTHERMIA DATA

THE LEGACY OF DACHAU : THE DATA

SCIENTIFIC CREDIBILITY AND THE USE OF THE DACHAU DATA
Use of the Dachau Data after World War II
More Recent Use of the Dachau Data
A Futuristic Scenario : Can It Happen Again ?

THE ENDURING LEGACY OF THE DACHAU EXPERIMENTS

CONCLUSION

ATTACHMENT : DISCOVERY OF THE DACHAU DATA

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NAZI HYPOTHERMIA RESEARCH : SHOULD THE DATA BE USED ? — ROBERT S. POZOS, PHD

(De ce grand débat on peut retenir en gros que les militaires proscrivent de telles expériences, mais tant qu’à faire comme elles eurent lieu autant se servir des résultats pour en faire bénéficier nos pilotes qui risqueraient de tomber dans une mer froide).

Heureusement, parvenu à ce point, le Dr Alexander conclut qu’il avait réuni la chaîne d’événements et les pièces à conviction nécessaires pour engager des poursuites contre ces chercheurs et leur programme d’expérimentation sur l’hypothermie humaine à Dachau.


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