Daniel Demey, LA NAISSANCE DU DIEURE


Document du mercredi 8 juin 2016
Article mis à jour le 30 décembre 2011
par  P. Valas

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Ce texte vient en contrepoint et en exergue d’une émission de télévision « œcuménique » de la RTBF à laquelle ont participé des représentants des 3 religions monothéistes et celui d’une autre « voie » -celle du bouddhisme- à propos de Jésus-Christ : « Jésus au Pluriel. »
A ce panel de discussion, il manquait un psychanalyste sur la scène du Palais des Beaux-Arts ; il manquait un psychanalyste-révolutionnaire-communiste(1), pour aussi parler de « Jésus au Pluriel. »

LA NAISSANCE DU DIEURE : « JESUS AU PLURIEL » ,de la diologie et de ce Verbe contemporain.  

Je suis parti principalement de ce que A-J Léonard, Achevêque de Malines-Bruxelles, a évoqué dans son intervention : le scandale du « je » de Jésus(2).

Il y a dans l’acte de ce « je qui parle » quelque chose de l’irréductible du symptôme.  

Un réel qui dépasse le « sujet » et qui le pousse. Pour Colette Soler, Lacan dans RSI, renvoie ce qu’il y a dans l’inconscient à ce pousse à dire dont la nécessité est structurelle, et qui se rapporte au nouage borroméen.

« Dans ses leçons sur RSI, Lacan précise que l’inconscient nomme, l’inconscient noue et si on cherche comment il prend l’inconscient dans ces passages, on est obligé de conclure qu’il fait coïncider l’inconscient avec le trou de symbolique, le trou d’où vient le nom. » (3) et " c’est pour ajouter que le noeud est déjà fait pour chaque sujet, avec son inconscient (…)

Je pense ensuite à l’existence ou au mythe de Jésus-Christ, pour identifier déjà ce phénomène du réel qui transcende et fait partie du trou du symbolique.

Pas seulement à Jésus dans son dire qui fait réel, qui dans le « je suis », « je suis celui qui est » , qui est un dire sans contradiction, mais aux apôtres, qui en prononçant « la résurrection du Christ » reconnaissent cette part de réel qui fait nécessité pour eux, et qui « par amour » de « transfert, (on peut voir cela comme cela) ne peut cesser de se dire ou de s’écrire.

Ils (les apôtres) nomment de l’inconscient, c’est-à-dire qu’ils disent le Réel, l’impossible de la résurrection de la chair, non pas pour, mais avec comme effet que cela « donne vie dans le symbolique » à un homme sinon perdu et que donc, la mort y soit vaincue.

Ainsi se perpétue, malgré la mort de Dieu, sa continuité, sa pérennité… dans l’inconscient.  

La résurrection prononcée du Christ, entretient la question de Dieu, de l’Autre et de la barre de sa jouissance « féminine », « Cette barre sur l’Autre est loin de signifier inexistence, puisque par là Lacan (S de grand A barré) désignera plus tard rien d’autre que la jouissance de la femme, parce que assurément c’est par là que Dieu n’a pas encore fait son exit (Encore, Seuil p.78) »(4)

Le Christ mort et puis ressuscité ne l’est pas pour ce qui est du trou qui maintenant se trouve dans le symbolique par le Réel de leur dire.

Cette mort du fils de Dieu et sa résurrection dans le symbolique, le constitue Dieu dans son trou, dans sa barre.  

Tout le discours religieux en a été changé, une civilisation a débuté par là, et elle est bien prête maintenant de se tourner vers un ailleurs. Un ailleurs, vers une autre civilisation que dans celle-là, produite dans cette abstraction de Dieu et de la religion.

Cette proclamation du réel, de l’impossible de la résurrection dans le dire, est signe de sa reconnaissance ; de la reconnaissance du réel, de l’inconscient en eux, d’un inconscient dans le désir qui ne souffre aucune contradiction.
Ce « Désir inconscient », Freud le qualifiera d’indestructible, d’une force indestructible dans le désir.

De même que pour les apôtres, qui sont du côté d’une foi, la psychanalyse lacanienne n’est pas du côté de la conviction à démontrer, mais d’un réel dans l’acte à dire, qui fait effet.

Elle ne fait « science » que par le réel du dire qu’elle ouvre dans son espace de décentrement.

Et elle fait science… en cela qu’elle commet, dès lors et qu’elle permet ce passage par l’inconscient réel, à ce sujet de l’acte d’un « je qui parle ».

Et qui parle d’une manière absolue, sans aucune forme de procès, de sa place d’ autorité indiscutable dans sa jouissance.

Position du «  je » tel que Jésus a pu la produire, quand il s’adresse à la foule qui l’écoute à propos des anciens :« On vous a dit (dans la Thora), eh bien, moi je vous dis », « celui qui ne me préfère à son père, à sa mère, à son conjoint, à ses enfants, à sa propre vie…ne peut être mon disciple », « le ciel et la terre passeront, mais mes paroles, ne passeront pas », « je suis le chemin, la vérité, la vie », « celui qui perdra la vie à cause de moi, la sauvera ».

Parole d’un homme qui parle depuis sa vérité symptomatique d’homme, depuis l’inconscient de son désir, dans un «  je » qui ne sait pas ce qu’il dit, au cœur d’une articulation signifiante qui le dépasse, et à laquelle il se donne et se livre. C’est en quoi réside sa position d’amour, dans le dénuement total qu’il accepte de prendre sur lui, en ne sachant pas.

Le Christ renonce à ce savoir dans lequel il aurait pu être pour lui-même, Un, Dieu, dans une jouissance d’être au Père confondu.  

Ce qu’il aurait été si du désert il n’était pas revenu, résistant à la tentation imaginaire d’une « complétude » autistique, et s’il était resté dans cette jouissance.

Il n’aurait été alors qu’ Un, Dieu pour lui, avec son nom dans cette prétention divine dont l’aurait affublé un « on » - celui de ses parents et proches pris dans le discours et l’attente d’une époque.

Il ne sait pas s’il est le fils de Dieu même s’il le prétend ; plutôt, il ne sait pas en quoi peut consister d’être un homme, dans et sous cette condition de prise dans le langage, de l’inconscient du désir, de l’Autre du langage.

Il le prétend non pas seulement en son nom, mais en celui de Dieu divisé et dialectisé. « Il ne sait pas » ce que peut vouloir dire d’être un homme sous le nom de Dieu le Père – mais par l’entremise d’un père bien terrestre qui l’a conçu en s’effaçant (combien de pères de la génération des nôtres, combien de pères « absents » ne correspondent-ils pas à cette façon d’engendrement ? - et avec la force d’amour de l’Esprit - par l’entremise d’une mère dans l’ineffable infini de son amour.

Il va au bout de cette inscription symptomatique, dans sa jouissance de parlêtre, traversant le malaise de son nom, soutenant la confrontation dialectique entre « ce Père, ce Fils et cet Esprit ».

Au cœur de cette dialectisation, il y a le « dieure », la prononciation dans un « je » qui parle depuis l’inconscient, de celui- homme- qui se relève dans et avec la force et la jouissance du dieu : c’est la parole du juste.

C’est cette prise en compte du réel de son savoir inconscient qui fait le « je qui parle », dans un scandale, celui de sa singularité absolue, celui de « sa différence absolue » comme l’évoque Lacan, dans son irréductibilité symptomatique d’être celui d’une auteurisation.

Raison pour laquelle, Lacan dira en ce qui concerne le psychanalyste, qu’il « ne s’autorise que de lui-même » en rajoutant après une suspension « et de quelques autres »… A savoir, qu’à l’articulation signifiante d’où se prononce son « je » scandaleux pris d’autorité, réponde un signifiant pour y faire chaîne.

Mais cette réponse du signifiant, ce que nous enseigne l’histoire de Jésus, n’est pas tributaire d’une temporalité du vivant, d’une circonstance propre à un temps chronologique, elle dépasse la question du vivant dans le dépassement de la mort, prenant place dans un temps logique.

Le Christ est dit « ressuscité », et c’est l’amour dans le signifiant, pour le parlêtre des apôtres, l’amour au point du dénuement de son articulation en ce « je » qui parle, qui fait rencontre avec le destin de solitude et d’autorité extrême du Christ.

C’est « l’amour de transfert » qui opère comme supportant l’indestructible du désir mis dans le signifiant, et qui permet de concevoir que le sujet n’est pas lui-même, sinon pris dans la détermination du désir dans le langage, et que « le signifiant représente le sujet pour un autre signifiant ».

C’est en ce « je » extrême, d’une puissance première de l’homme à dire ce « je », qui se relève du néant, face à toute sa condition devant le monde et l’univers, que le Christ précède les apôtres.

Ce «  Je » sans contradiction, où parle la vérité identique à la parole, est un savoir dans le réel, l’ expression d’une différence absolue qui se reconnaît : c’est la Bejahung de l’homme, dans son dire.

Lorsque ce « premier homme » se dressant face au monde, face à l’immensité de l’univers, interpelle le néant d’une vocifération de sa présence, lorsque ce « premier homme » marque l’univers du trait d’un « je » qui ne sait même pas qu’il dit « je », c’est de l’Autre déjà qu’il parle.

Pour que cette forme d’affirmation de soi s’entende en lui comme acceptation aussi de sa présence à «  dire » au monde, à l’univers, il lui faut que le monde, que l’univers dans sa différence avec lui, et en miroir de son affirmation, le reconnaisse « dire ».

Si le premier homme parle, pour dire « je suis au monde », c’est que, en lui, le monde le voit ; c’est qu’il se voit être regardé par le monde.  

Sinon, il ne s’adresserait pas à lui. C’est ça la Bejahung qui est dans ce « je », dans ce réel du dire « je », comme première forme humaine de la parole.

Le « cri du je » par lequel le premier homme s’ébruite dans le monde qui l’entend et où il s’entend, a une adresse.  

C’est déjà celle de l’Autre, c’est déjà celle de Dieu, c’est déjà celle de sa projection au sein des milliards de choses que contient ce monde et qu’il dit-cerne, en les nommant toutes, toutes ces choses qu’il voit être de par la vision de sa différence.

Elles sont extérieures à lui, et il se voit vu et regardé par ces choses comme lui les voit et comme lui les regarde. Et ces choses, le possèdent et le dépossèdent, au gré de ce qu’il leur fait dire, des sentiments à son égard qu’il leur attribue : amour, haine, venant des choses. C’est l’animisme. L’ancêtre des religions.

L’homme parle aux choses, parce qu’il est imaginairement parlé par elles. Et il s’extrait ou au contraire, s’insère à ces choses dans une vision du monde, une histoire de ce monde qui le raconte aux prises avec elles, par ce qu’il en dit et leur fait dire.

Mais la première apparition de la Chose pour lui, correspond à cette première extraction où son être, de se reconnaître dans sa différence d’avec la Chose du monde, la brave en l’embrassant, en se révélant à soi, en se disant dans une première forme de « Je » : l’homme y jouit le monde.

Mais c’est une transgression, cette jouissance affirmée au monde, car il n’est rien au monde.

Après quoi, il revient immédiatement se mettre au pas de la réalité, du monde tel qu’il est le « possédant » lui, mais tel qu’il est lui, l’homme, dans son manque.
A peine ce « je » s’affirme-t-il qu’il est presque rabroué, aussitôt que cela a été fait- car c’est un acte- il est rejeté « Verwerfung », dans le rang d’un ordre des choses…sous la barre du signifiant, dans une signification, pour qu’il puisse s’y trouver en « accord » psychiquement (avec le conscient et l’inconscient), pour qu’il puisse se présenter au monde dans un sens, sous le mode de ce qu’il n’est pas, dans une Verneinung (5).

L’homme naît au monde en ne voulant pas faire de vagues, il est déjà dans la tempête de sa survie à chaque instant.  

Il est content si, non seulement de dire « je », il peut aussi se trouver dans l’ordre d’une représentation du monde où ce sont les choses de ce monde, qui vont lui parler, lui dire où il est.

Hormis le sexuel où toujours le bouleversement interviendra, il veut, il aime et il attend que le monde, cet Autre de toujours, lui parle et lui dise où son désir même devra dorénavant être.

Cette première conquête de son extraction du néant, c’est sexuellement qu’il la destine ensuite, en possession de (ou par) la femme, dans la répétition de la prise (manquée) de son objet de désir.

C’est sexuellement qu’il confirme cette extraction, prenant avec cette première femme qu’il voit également comme autre chose, comme chose autrement, de son désir, comme aussi ce par quoi, il y parviendrait, à cette affirmation d’être au monde, dans sa jouissance, dans le réel de sa jouissance à faire en quelque sorte, la nique au monde… « Nique » dont va naître l’enfant, un reste bien réel, et autour duquel, il va devoir composer avec La femme (qui n’existe pas), avec l’être de la femme qui a d’autres préoccupations, d’autres jouissances que « phalliques », du langage. Mais ce serait là prendre la voie d’un autre développement.

L’homme jouit et il se voit jouir, dans la répétition de cette jouissance qui vient faire éclat, vient faire « éclater » le monde des choses qui le tenait jusque-là dans une « indifférence », et qu’il tient dorénavant dans sa ligne de mire, dans sa visée à le dire.

Dès lors qu’il parle, qu’il jouit sexuellement, se voyant jouir devant le monde, il a le monde dans sa mire, en point de mire.  

Même si c’est lui qui se sent visé, si c’est lui qui est dans la paranoïa avec le monde des choses qui maintenant qu’il lui parle, à ce monde, eh bien, celui-ci lui parle aussi en retour.

C’est de cette fonction qui fait que « parler » veut dire aussi regarder et être regardé, que se pose la question du voile, de l’intimité, pour être abrité du regard de l’Autre, du monde dans l’accomplissement de sa jouissance à le tromper, ce monde, cet Autre, à oser par la sexualité en devenir l’équivalent, en puissance de l’accomplir, d’y résister, en dérogeant à la place qu’il fait à la mort.

Car maintenant qu’il vit, qu’il sait ce qu’est vivre par le fait de la mort, il sait aussi en relevant la mort, et donnant vie aux ancêtres, qu’il se donnera à lui-même, comme ancêtre de demain, une vie au-delà de la mort, dans la parole et l’attachement des vivants au culte des morts, au culte des ancêtres.

A travers cette « reconstruction mythologique », on peut comprendre ce que Lacan affirme, à propos de ce dieure, quand il dit, « que tant que ça dira, l’hypothèse Dieu sera là. En quelque sorte le retour de Dieu ne se pose pas puisqu’il n’est jamais parti »(6)et j’ajouterai qu’il est de toujours là.

Pour Lacan, « Dieu est inconscient, il est la personne supposée du refoulement originaire ». (ibid)  

L’ek-sistence de l’Urverdrängt, est quelque chose d’affirmé par l’analyse en tant qu’il est premier irréductible, jamais levé. On ne peut donc pas dire que le retour du refoulé originaire se produise au sein du Symbolique comme le ferait le refoulement secondaire, puisqu’il en est lui-même l’auteur. S’il revient, ce ne saurait être que dans le Réel et c’est en tant que tel qu’il se manifeste (L’insu que sait…, 8 fév. 1977).

Le « Je » gigantesque de cette première Bejahung que l’homme se donne à lui-même, s’adressant à l’univers dans sa forme de « Je suis ce que je suis » est également la forme dans laquelle se prononce Dieu vis-à-vis de Moïse, dans l’épisode du Buisson ardent.

Cette affirmation dans le réel, du réel, c’est ça« S’il revient, ce ne saurait être que dans le Réel et c’est en tant que tel qu’il se manifeste »

Parole qui fait « l’ek-sistence de l’Urverdrängt », ce par quoi le refoulement originaire, Dieu, ou l’inconscient, n’est pas levé (puisqu’il est irréductible, hors de portée) mais troué par le réel de cette prononciation signifiante, par cet acte de cette jouissance du dire, propre à lui-même, sans signification autre que son affirmation de jouissance dans l’acte, non contradictoire du « je suis ce que je suis », tel un «  oui » qui se délivre à travers ce «  je » se constituant dans l’inconscient de sa cause, de son désir, comme signifiant pur d’affirmation surgissant comme réel dans l’acte de le dire, et qui se présente à l’horizon de l’être parlant tel un acte de foi ! : Bejahung de l’homme premier devant l’univers.

Cette Bejahung est ce que Lacan appelle « la condition première pour que du réel quelque chose vienne s’offrir à la révélation de l’être » (7), et c’est la réponse à son interrogation :

« « De quelle Bejahung, de quelle assomption par le moi, de quel »oui« s’agit-il dans le procès analytique ? Quelle Bejahung s’agit-il d’obtenir qui constitue le dévoilement essentiel au progrès d’une analyse ? »( 8) si ce n’est ce oui-là, cette résurgence là-devant la vie et le vivant ?

Cette bejahung, c’est à la fois ce que profère le Christ, dans l’irréductible assumé de son symptôme, et c’est ensuite ce que reprennent à leur compte, les apôtres dans la prononciation de sa « résurrection », dans ce réel du dire en quoi consiste le « dieure » de Lacan : Quand Lacan formule « Moi la vérité, Je parle », il signifie qu’elle parle Je. Ainsi est établi un lien d’une puissance inégalée entre la vérité et la parole » (9)

C’est dans la prononciation « irrationnelle, mensongère, scandaleuse » de la résurrection de Jésus comme Fils de Dieu, seul moyen de faire ex-ister cet homme dans la mémoire des hommes, de ne pas le faire disparaître dans l’oubli d’une parole délirante, que se réitère la Bejahung initiale de l’homme « tel un dieu » devant le monde.

A cause du manque vécu de la disparition de l’homme Jésus dit « Fils de Dieu », Dieu est mort, sa transcendance a disparu, et s’impose aux apôtres la nécessité de retrouver et de reprendre en lui quelque chose de son désir inconscient, du nom de Dieu mais maintenant, dans l’immanence de leur prononciation à eux, de leur propre Bejahung, de leur « oui » à la vie, dans sa reconduction pérenne, au-delà du poids de la mort.

La vérité n’est que mi-dire… si on la tient et si on la limite à n’être qu’un contenu, qu’une signification, elle rate à tous les coups.  

Elle se trouve bien plutôt dans ce que Lacan n’omet pas de signaler dans « Qu’on dise reste oublié dans ce qui se dit de ce qui s’entend »(10)

A travers le Christ, les apôtres se resituent dans une filiation au dieure, à la jouissance du dire à l’origine, dans la relève de l’inexistant de l’homme et sa sortie du néant.

Car dans le dieure, au moment de cette Bejahung, le symbolique (Dieu) est troué par du Réel et s’incurve sur lui-même, trouvant sa profondeur, son véritable être avec l’infini de sa représentation, de son être. Dieu, est increvable… dit encore Lacan.

« La seule chance de l’existence de Dieu c’est qu’Il — avec un grand I — jouisse, c’est qu’il soit la jouissance, L’Envers…, Seuil. p.75) »(11)

« Dieu c’est le Dire, pour un peu Dieu c’est dieure, c’est ce qui fait être la vérité, ce qui en décide, à sa tête. Il suffit de dieure comme moi. C’est la vérité, pas moyen d’y échapper. Si Dieure me trompe, tant pis, c’est la vérité par le décret du dieure, la vérité en or. (La Troisième, Rome 1974). »(12)

« Dieu ne croit pas en Dieu, en quoi Dieu est inconscient. Il ek-siste, il est l’ek-sistence par excellence. C’est-à-dire qu’en somme il est le refoulement en personne, il est même la personne supposée au refoulement. Et c’est en ça que la religion qui l’affirme est vraie. (RSI,17 déc. 74). »(13)

«  En fin de compte, l’athéisme psychanalytique ne repose pas sur l’inexistence de Dieu, mais paradoxalement sur celle de son Ek-sistence, démontrée par un savoir dans le réel dont il n’y a pas de sujet supposé. Un savoir qui s’invente, chu de son propre pour le sujet dans sa visée de la différence absolue, c’est-à-dire en collant toujours plus à la structure de son Sinthome. »(14)

« Lacan lui sauve Dieu. Il sauve Dieu pour fonder une Dio-logie, parce que pour se passer de Dieu il faut apprendre à s’en servir. »(15)

Les apôtres sont, la deuxième face du signifiant, le S2, dans le procès de son articulation. Face humaine, pleinement terrestre sans laquelle, l’existence de la chaîne du langage n’existe pas, sans laquelle même, le S1 de l’origine - essence trou(v)ée de Dieu dans l’ acte humain de sa création en miroir d’eux comme parlêtre (le Verbe créateur), devant le monde- ne pourrait jamais s’écrire en chaîne ni de langage, ni de discours.

AU début, il y a cette Bejahung qui se traduit en un Verbe.  

S1-S2-S’-S’’….

Le Christ témoigne de cette irréductibilité de celui qui par le désir inconscient n’en demande plus rien « à personne », qui se présente seul devant la mort, comme être pour la mort, dans sa jouissance à vivre au langage, comme être parlant.

Il n’en demande ni à Dieu, son Père, ni à l’Autre des hommes, à une représentation de ce qu’il y a à faire dans un sens, dans une signification telle qu’elle serait attenante à un sujet supposé au savoir.

Il tient le cap de son sinthome, de sa jouissance de parlêtre à vivre avec son inconscient et son savoir dans le réel, pour dire, avec la manière d’irréductible du symptome, propre à lui, avec laquelle il s’est noué, pour faire son adresse de « jouissance, de réel » aux autres.

Il est bien le Père dans le Fils.  

Il y a bien une logique propre à la psychanalyse, une logique qui s’infère de l’inconscient réel mais, qui parce que ce réel est propre à chaque sujet, résonne en terme de ce noeud d’où c’est un « je parle », et qui renvoie à un principe de non-contradiction.

Principe de non-contradiction, Bejahung, acte de foi en la vie devant la vie, résurgence du Réel, de la manifestation qui rappelle l’Ek-sistence de Dieu, la jouissance à dire qui fait l’acte de naissance de l’homme dans une parole qui fait vérité, conjointe à elle, qui n’est pas de l’ordre du semblant.

Parole du Dieure.

Daniel DEMEY

En cette période de « fêtes », dont celle de la naissance du petit Jésus, une lecture à propos de la naissance du « je ».

En prolongement de mes autres textes.

« Dieu est increvable » … « Jésus » est toujours là, et les apôtres aussi.

Un acte « de foi » qui n’en demande à personne, et qui fait que la psychanalyse est révolutionnaire, communiste ou qu’elle ne sera pas.

LA NAISSANCE DU DIEURE : « JESUS AU PLURIEL » ,de la diologie et de ce Verbe contemporain.

Bonne année, bonne révolution psychanalytique

Daniel DEMEY

29 décembre 2011

1 http://www.valas.fr/Daniel-Demey-RE...,164

2 http://www.rtbf.be/tv/revoir/detail....

3 C.Soler in Querelle des diagnostics cours 2003-2004 pg 87 Formations cliniques du Champ lacanien.

4 P.Valas Dieu, le Retour ? http://www.valas.fr/Dieu-Le-retour,046

5 La Verneinung est ce mécanisme psychique, « Aufhebung du refoulement » (Lacan), permettant à l’homme comme animal jouissant, de se présenter à lui-même dans une représentation dans laquelle il échappe à « l’enfer » sinon de la jouissance toute et tout le temps. C’est ce qui permet de maintenir le refoulement originaire, la jouissance interdite, à l’écart de sa présence dans un toujours là, de maintenir à distance l’insupportable du réel à ciel ouvert de la psychose. Car de cette façon, le réel le minerait, le corroderait, l’attaquerait comme une maladie le rongeant et le gangrenant.

6 P.Valas in Dieu, le retour ? http://www.valas.fr/Dieu-Le-retour,046

7 Die Verneinung : la vérité de la parole, du sujet à l’être (M-C Salomon-Clisson) http://www.ecolpsy-co.com/Htmpub/Co...

8 ibidem.

9 P.Valas in Dieu, le retour ? http://www.valas.fr/Dieu-Le-retour,046

10 J.Lacan in L’étourdit Lacan 73a Scilicet, 4:5-51, 1973. Rédigé en 1972.

11 J.Lacan cité par P.Valas in Dieu, le retour ? http://www.valas.fr/Dieu-Le-retour,046

12 Lacan cité par P.Valas in Dieu, le retour ? http://www.valas.fr/Dieu-Le-retour,046

13 ibid.

14 P.Valas in Dieu, le retour ? http://www.valas.fr/Dieu-Le-retour,046

15 ibid.


Commentaires  forum ferme

Daniel Demey, LA NAISSANCE DU DIEURE
vendredi 30 décembre 2011 à 20h53 - par  Raymond RIVALS

« JESUS AU PLURIEL » au fond c’est NOUS SUMES…Au singulier…Quand même…Raymond RiVALS

samedi 31 décembre 2011 à 18h45 - par  daniel demey

Oui.
Au singulier…Quand même ?! Cela n’apparaît pas ? cette nécessité, cette exigence martelée du « je » ? Pour nous ? Quand même ! Dirait LACAN ?

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