« Le type du héros moderne qu’illustrent des exploits dérisoires dans sa situation d’égarement »(Jacques Lacan)


Document du jeudi 11 octobre 2018
Article mis à jour le 30 novembre 2011
par  P. Valas

le surmoi
 

LQ 101 -LE CUL.  

Salomon Gleuza qui c’est ?

S’il peut parler de l’expérience de La Dissolution de l’EFP (1980). On peut penser raisonnablement qu’il a aujourd’hui au moins 60 ans, l’âge de Agnés Aflalo, ou de Gérard Miller. Peu importe c’est l’un des chiens de la meute.

Lacan Quotidien- número 101 :
Pourquoi la soirée de mercredi 23 novembre au cinéma St-Germain-des-Près, où Jacques-Alain Miller présida à une série magnifique autour de Bernard-Henri Lévy, avec Jean-Claude Milner, Hubert Védrine, Anaëlle Lebovits-Quenehen, Alexandre Adler, Eric Laurent, et Alexis Lacroix, par ordre d’entrée en scène (Quelle table ! Quel tableau !…), pourquoi ces trois heures de débat enlevé, fouillé, vibrant, controversé parfois (entre BHL et Hubert Védrine, l’écrivain sans mission du Quai d’Orsay, et l’ancien patron de ce dernier, pas les mêmes, mais à la même table !), ont-ils pu faire un tel effet sur un auditoire foisonnant et multiple ?

Il y a été question, certes, de la guerre, juste ou non, de l’ingérence, de son droit et de son action.  

L’initiative non réglée d’un seul ne s’autorisant que de lui-même a pu mettre là en mouvement quelques autres (paraphrasant et détournant Lacan : L’analyste ne s’autorise que de lui-même…et de quelques autres - ce qui est déjà assez accablant), avec la Libye comme lieu et le monde comme scène.

BHL ou comment dékhadafiser  

BHL s’y est fait agent, à partir d’une brèche opérée dans le khadafisme ambiant par l’insurrection, un trou susceptible de faire des petits à même de dékhadafiser, à condition de soutenir assidûment cet acte.

Beaucoup ont pu y trouver de quoi en être changés. La Guerre sans l’aimer, que j’ai lu sur une liseuse électronique où il était immédiatement disponible (expérience nouvelle du Kindle, étrange, positive et recommandable - du nouveau à tous les étages !), narre au jour le jour ce que fut ce parcours, répétitions sans cesse au bord du gouffre, où rien n’est jamais gagné une fois pour toutes.

Au bord du gouffre, où rien n’est jamais gagné une fois pour toutes.  

Mais ce Journal a déjà été commenté dans LQ , je voudrais ici souligner un autre versant réactualisé par ce moment.

Il s’agit de la haine, et d’abord de celle que BHL suscite, et Jacques-Alain aussi.  

Cette soirée en était l’envers, d’où aussi la chaleur vivace qui en émanait. Mais pour un assidu des réseaux sociaux, les torrents de détestation récriminante à son égard ne cesse de surprendre ma récurrente naïveté. On pourrait s’attendre à du respect et de l’admiration, voire de l’enthousiasme pour un désir tenace, associé à un savoir-faire informé sur les impasses tragiques des entreprises humaines du XXe siècle avec leurs horreurs effectives, pour une action informée d’un savoir ample et utilisé sans les ménagements habituels du bon sens qui la paralysent.

Mais abondent au contraire sarcasmes et quolibets, voire dénonciations à sa place du pire.  

Cette haine ne peut pas ne pas nous renvoyer à celle que suscite dans les mêmes zones Jacques-Alain Miller, autour de ce qui a causé le lancement de ce blog LQ depuis cet été et des enjeux des publications de et sur Lacan de ces derniers temps - à vrai dire, autour de Lacan depuis toujours.

Là où il y aurait lieu, semble-t-il, d’attendre au moins de l’intérêt, du débat, de la conversation animée, comme ce fut le cas l’autre soir à St-Germain, il y a le plus souvent invective, passion hostile, silence plombé sinon injures réitérées. Pour le dire plus nettement, haine plus ou moins nue.

Praticiens de la psychanalyse et lecteurs de Lacan, nous pouvons nous rappeler que le psychanalyste a horreur de son acte 

.

Que pour le psychanalyste l’hostilité passionnément ignorée est commune, que la haine est plus « vraie » que l’amour. Ceci pour tempérer l’étonnement et pour apprendre à vivre avec sans trop s’y laisser prendre.

On ne saurait échapper au risque de la haine pour peu qu’on touche au réel. On ne comprend rien au réel, on ne peut que s’y confronter et supporter la haine quand elle surgit, sans se laisser détourner. L’expérience du symptôme en psychanalyse, voilà ce que cette expérience peut apporter aussi à l’intelligence du monde et de ce qui s’y passe, sans cesse, et même aujourd’hui comme jamais. On peut en savoir quelque chose, et non seulement au titre du je n’en veux rien savoir.

Supporter la haine, s’en retrouver isolé, même au sein d’une foule plus ou moins agitée, ce fut déjà l’atmosphère que ceux d’entre nous qui vécurent la Dissolution en 1980, la disparition de Lacan l’année suivante et ses suites.

Jacques-Alain Miller était déjà au cœur de la tourmente.  

Il fit en sorte que Lacan, son enseignement et aussi ce que maintenant Vie de Lacan vient nommer, produisit depuis incessamment du nouveau pour ceux qui y vinrent et parvinrent à ne pas quitter un navire souvent en veine d’échouage dans la tempête, mais où rester évitait la noyade dans un consensus au prix de la fracture lacanienne. Il est frappant de voir comment les évènements actuels ramènent non seulement à la mémoire, mais à l’actualité, ce qui m’avait sauté au visage il y a trente ans déjà.

Un navire souvent en veine d’échouage dans la tempête.  

Beaucoup, venus plus tard, ignorent cette histoire. D’autres l’ont peut-être oubliée.
Je me proposerais volontiers d’en rappeler des moments, tels que perçus alors comme novice, revus de maintenant. Car je ne doute pas qu’aujourd’hui, à partir de Lacan non pas commémoré, mais mémorable par son effraction répétée, au-delà même de la pratique analytique, comme BHL en témoigne, au moins par les références qu’il livre en passant (cf. son ouverture mercredi dernier, sur ceux qu’il a désigné comme ses « princes du savoir », Jacques-Alain Miller et Jean-Claude Milner, qui l’entouraient à la tribune), de tels moments se répètent, sur une scène plus large et plus en vue.

La pratique analytique, comme BHL en témoigne.  

Faire saillir ce que Lacan nous a légué du symptôme, supporter et faire valoir sa condition symptomatique. Aussi avec BHL à propos de la Libye.
Salomon Gleuza

Patrick Valas :

  • 2- Allons donc, l’Amour serait bon, et la Haine ce serait pas bien ? Pauvre Gleuza !
    Ce n’est pourtant pas la position de Lacan. Il considérait même que la Haine était de tous les sentiments celui qui était le plus lucide, à condition d’être à la hauteur de le supporter pour celui qui est animé de cette passion de l’Être, car elle peut le conduire à ne pas « rater » l’être de l’autre.
    Dans ce registre Lacan n’y va pas avec le dos de la main, puisqu’il même convoquer Dieu en ces termes :
  • 3 - : Il y avait un nommé Empédocle dont, comme par hasard, Freud se
    sert de temps en temps comme d’un tire-bouchon, il y avait un nommé Empédocle dont nous ne savons là-dessus que trois vers, mais dont Aristote tire très bien les conséquences quand il énonce qu’en somme, pour Empédocle, le Dieu était le plus ignorant de tous les êtres ; et ceci très précisément de ne point connaître la haine. C’est ce que les chrétiens plus tard ont transformé dans des déluges d’amour.
    Malheureusement ça ne colle pas ; parce que ne point connaître la haine, c’est ne point connaître l’amour non plus. Si Dieu ne connaît pas la haine, il est clair pour Empédocle qu’il en sait moins que les mortels. De sorte qu’on pourrait dire que plus l’homme peut prêter à la femme à confusion avec Dieu, c’est-à-dire ce dont elle jouit, moins il hait/est — les deux orthographes h, a, i, t, et e, s, t. Et dans cette affaire aussi, puisqu’après tout iln’y a pas d’amour sans haine, moins il aime
    . (Lacan Séminaire Encore).
  • 4 - Donc BHL serait un héros ?

[L’homme qui « ne céde pas sur son désir », et qui « s’autorise de lui-même (pour les autres) à faire la guerre », sans l’aimer ] (?)

On peut l’écrire comme cela, pourquoi pas ?
Il n’aime tellement pas faire la guerre, qu’il la fait faire par les autres.

Y a t-il eu la moindre allusion aux combattants libyens morts pour renverser le tyran ?  

Non rien aucun nom nom cité, pendant les réjouissances de ces messieurs.
Un héros BHL ? Oui !

Le type même du héros moderne qu’illustrent des exploits dérisoires dans sa situation d’égarement (Lacan)

‎-5 - Il n’est pas certain que les pilotes français qui attaquaient les « Pick-up » des mercenaires de Kadhafi, avec des missiles guidés par laser, soient très fiers d’eux. Peut-être auraient-ils préféré, s’égaler aux pilotes de la RAF, qui a bord de leurs Spifires affrontaient à armes égales les chasseurs de la Luftwaffe pendant la bataille d’Angleterre. Itou pour les autres pilotes Anglais, Italiens (qui ont très vite stoppés leurs raids).

Enfin ceci est une remarque secondaire, pour souligner que peut-être Le Droit d’Ingérence, ne serait que le retour dans le réel du temps des croisades, sous le pretexte de « l’humanitairerie de commande » florissante aujourd’hui.

« l’humanitairerie de commande » florissante aujourd’hui.  

  • 6 - BHL, bon prince désigne donc ses brosses à reluire du moment, les duettistes Miller et Milner d’être des Princes du savoir. Lacan lui, qui savaient de quoi il parlait, épinglait les « ulmiens » comme étant les princes de l’Université, c’est d’un autre registre. Puisque nous sommes entre « lacaniens », on sait que Lacan distingue « le savoir » de la connaissance, soit l’information dont ces messieurs formatés par leurs études savent très bien distribuer les unités de valeur à leurs éléves pour qu’ils deviennent les nouvelles « élites », qui feront comme eux, pour les suivants. Mais la co-naissance qu’est-ce que cela a à voir avec le savoir que Lacan définit sans équivoque en ces termes :

Le statut du savoir implique comme tel qu’il y en a déjà du savoir, et dans l’Autre, qu’il est à prendre en deux mots, c’est pourquoi il est fait d’apprendre en un seul mot. Le sujet résulte de ce qu’il doive être appris, ce savoir, et même mis a-prix, p.r.i.x., c’est-à-dire que c’est son coût qui l’évalue non pas comme d’échange mais comme d’usage. Le savoir vaut juste autant qu’il coûte beaucoup en deux mots et c.o.û.t. avec un accent grave, beau-coût de ce qu’il faille y mettre de sa peau, de ce qu’il soit difficile, difficile de quoi ? Eh bien moins de l’acquérir que d’en jouir. Là dans le jouir, sa conquête à ce savoir, sa conquête se renouvelle dans le chaque fois que ce savoir est exercé, le pouvoir qu’il donne restant toujours tourné vers sa jouissance. Il est étrange que ceci n’ait jamais été mis en relief, que le sens de savoir soit tout entier là, que la difficulté de son exercice lui-même, c’est cela qui réhausse celle de son acquisition.
Jacques Lacan, Séminaire Encore — leçon du 20 mars 1973

LQ, le cul ?  

‎ -7- LQ (Le Quotidien numérique millérien), porte bien son nom de torche-cul : « Le Cul », devrait-on écrire.

Alors entre copains dont les noms suivent :

Le mercredi 23 novembre au cinéma St-Germain-des-Près, où Jacques-Alain Miller présida à une série magnifique autour de Bernard-Henri Lévy, avec Jean-Claude Milner, Hubert Védrine, Anaëlle Lebovits-Quenehen, Alexandre Adler, Eric Laurent, et Alexis Lacroix, par ordre d’entrée en scène (Quelle table ! Quel tableau !…), pourquoi ces trois heures de débat enlevé, fouillé, vibrant, controversé parfois (entre BHL et Hubert Védrine, l’écrivain sans mission du Quai d’Orsay, et l’ancien patron de ce dernier, pas les mêmes, mais à la même table !), et l’innénarable Salomon Gleuza, on discutait entre deux et même plusieurs courbettes de LA GUERRE JUSTE ET DE LA GUERRE INJUSTE.

On aimerait avoir quelques réponses Gleuza ! Entrez en scène un peu plus, et n’oubliez pas « d’étindez la lumière » en sortant…

Boire la tasse jusqu’à la lie.  

  • 8 - Ainsi Miller nous évitait la noyade (dixit Le Gleuza, mon pauvre devenu vieux aujourd’hui, tu ne t’en sortiras pas !).

Un moment j’ai pensé à Noé, et puis c’est l’Autre, pas moins que Moïse, mais sous sa forme moderne à l’envers de la formule pré-socratique de Freud. La mouise quoi, en la figure de JAM, dite ainsi :

« Là où c’était le Parlêtre, doit advenir les Moi de BHL et de JAM », copulant sous les lumières de l’obscure clarté de JCM, en son arrogance présente, dont commencent à se parer les pintades et les dindons d’un même poulailler.

  • 9 - T’as pas compris Gleuza ? T’es vraiment un béjaune !

Ne sais-tu pas ce qui a été dit, devant un Tribunal de la République, et qui fera preuve, et même jurisprudence probablement, le 23 novembre 2011, devant la 16e correctionnelle de Paris, sollicitée par Juju ?

Poses ta liseuse électronique et lis ça bien attentivement :

Lacan était atteint « de sénescence », pendant la dernière année de sa vie, soit du 9 septembre 1980 au 9 septembre 1981. Le couple infernal Miller, n’a pas pipé mot, en entendant ces paroles terribles de Maitre Kiejman, avocat de la défense, pendant sa plaidoirie (ne vas pas croire que j’approuve tous les textes de E. Roudinesco).

Autrement dit, si Lacan a lui-même dissoud son EFP le 5 janvier 1980 (obtenue par vote d’une majorité de ses membres qui le suivaient, pour certains depuis plus de trente ans, en septembre 1980), et même fait son séminaire nommé par lui La Dissolution (1979-1980), ce n’est pas lui qui a fondé l’ECF, en fin décembre 1981 comme l’affirmait avec arrogance ton JAM (adoré). Mais bien ce dernier, comme il commence à le faire savoir, tellement il n’en peut plus de vouloir se vanter. Du coup, les autres enfants légitimes de Lacan, vont avoir accés au dossier médical de Lacan (inscrit sous un faux nom à la clinique où il est décédé), et savoir de quoi il en retourne pour une suite que j’ignore…mais qui peut avoir des suites inattendues…

Patrick Valas


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« Le type du héros moderne qu’illustrent des exploits dérisoires dans sa situation d’égarement »(Jacques Lacan)
mercredi 30 novembre 2011 à 18h46 - par  Christian Dubuis Santini

« Dans leurs relations entre eux, les États se comportent en tant que particuliers. Par suite, c’est le jeu le plus mobile de la particularité intérieure, des passions, des intérêts, des buts, des talents, des vertus, de la violence, de l’injustice et du vice, de la contingence extérieure à la plus haute puissance que puisse prendre ce phénomène. C’est un jeu où l’organisme moral lui-même, l’indépendance de l’État, est exposée au hasard. Les principes de l’esprit de chaque peuple sont essentiellement limités à cause de la particularité dans laquelle ils ont leur réalité objective et leur conscience de soi en tant qu’individus existants. Aussi leurs destinées, leurs actions dans leurs relations réciproques sont la manifestation phénoménale de la dialectique de ces esprits en tant que finis, dans cette dialectique se produit l’esprit universel, l’esprit du monde en tant qu’illimité, et en même temps c’est lui qui exerce sur eux son droit (et c’est le droit suprême), dans l’histoire du monde comme tribunal du monde ».
HEGEL, Principes de la Philosophie du Droit.

De là à en conclure que la guerre de Lybie n’aura eu lieu que pour permettre à certains de se goberger à Saint-Germain-des-prés, il y a un raccourci (clavier) que goûteront certainement les proches des enfants et des civils lybiens tués ou « seulement » estropiés dans les affrontements.

Gageons que malgré les souffrances endurées, ils sauront ne pas se montrer ingrats et vénéreront comme il se doit la personnalité du show-bizz qui a réussi à persuader le président français de bombarder leur pays !