Patrick Valas, à la lecture et à l’écoute de Lacan


Document du samedi 8 décembre 2018

par  P. Valas

JPEG - 270.5 ko
Le schéma est de Jean Brini

À la lecture de Lacan.

Lacan se préoccupait beaucoup des effets de son enseignement.  

Il craignait plus que tout qu’il soit détourné de sa destination initiale, à savoir la formation des psychanalystes, aussi parlait-il de «  poubellication » concernant le commerce culturel de son œuvre, mais aussi son affadissement par le discours universitaire ou encore sa prise en otage par la philosophie.
Ne dit-il pas à Rome, le 1e novembre 1974 dans La Troisième :

« Comment vous sortir de la tête l’emploi philosophique de mes termes, c’est-à-dire l’emploi ordurier ? »  

Il s’est rendu compte combien son séminaire L’éthique de la psychanalyse n’était pas achevé, quand il entendait certains de ses élèves confondre le désir de l’analyste avec le « désir pur » d’Antigone, voire le désir tout court avec l’impératif catégorique.
De tous ses séminaires il voulait réécrire celui-là.
Il ne l’a pas fait sans doute parce que la force lui manquait.

Lacan était très prudent concernant l’exportation de la théorie analytique en dehors de sa praxis.  

Enfin il était très prudent concernant l’exportation de la théorie analytique en dehors de sa praxis.
Pour ce faire il en a donné quelques clés avec sa théorie des discours et ses formules de la sexuation, mais la principale est son tricycle RSI.

RSI, titre d’un séminaire non encore publié dans sa version « populaire » (sic Miller) au Seuil, fonctionne différemment dans la religion, la science et la psychanalyse.  

On ne peut pas dire que son usage est répandu aujourd’hui encore et pourtant :
A)-La religion elle « RSI », elle réalise ce qui du symbolique peut se réaliser.
B)-La science elle « SIR », elle symbolise les images qu’elle se donne du réel.
C)-La psychanalyse elle « IRS », elle imagine ce que du réel peut se symboliser.

Voilà que s’ouvre L’horizon borroméen de la psychanalyse.
Il ne sera pas mathématique, pas plus que les formules de la sexuation côté femme, mais éthique.
Le noeud borroméen est le forçage d’une écriture autre.
Celle d’une matrice de la structure particulièrement féconde, mais qui est réfractaire à une mathématisation intégrale.

Pour Lacan, l’avenir de la psychanalyse ne sera pas mathématique.  

C’est en cela que le noeud borroméen intéresse Lacan.
Une faille majeure s’ouvre :
Tout cela est conforme à son orientation par le Réel si l’on songe à l’indécidable, l’incomplétude, ou encore à la mathématisation dispersée, locale, non déductible des bouts de réel.
Tout ce qu’il avance, il insiste de plus en plus sur ce point, lui vient de sa pratique.

Les homophonies, les néologismes et les dysorthographies calculées, sont autant de mathèmes d’une lettre venue de la seule langue, toute autre que celle de la mathématique et pourtant chargée de fonctions identiques (Milner).  

Lacan tranche par les stratégies de l’entre-deux, du mi-dire et du pas-tout.
A l’œuvre la logique du partiel, de l’incomplet, de l’heteros.
Ce que l’on ne peut pas dire, relève du « Bien-dire » ce que l’on ne peut pas dire.

Le schéma est de Jean Brini