Patrick Valas le naufrage sur le rocher de « La Passe ».


Document du vendredi 4 avril 2014
Article mis à jour le 13 novembre 2015
par  P. Valas

Graphorismes de Christian Dubuis-santini

Naufrage sur le rocher de « La Passe »

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Patrick Valas, Le Concordia a fait naufrage sur le rocher de « La Passe »

Les deux plus grands groupes analytiques (par le nombre) se réclamant de l’enseignement de Lacan, l’École de la Cause Freudienne fondée par JAM en 1981 (étouffée par l’usine à gaz nommée Champ Freudien, dirigé par les époux JA. et J. Miller) et l’École de Psychanalyse des Forums du Champ Lacanien (fondée en 1998, par un collectif d’anciens membres de L’ECF, ayant fait scission d’avec elle ) ont voulu relever le gant du pari sur « La passe », en plaçant le dispositif de sa procédure au cœur même de leur école.

Pour rappel, Lacan dissout son École Freudienne de Paris en janvier 1980, en motivant son acte de ce qu’il épinglait comme « échec » de La passe, qui était la raison même de la fondation de son École.

Où en est-on de cette belle promesse 34 ans après, en 2014 ?

C’est pire !
L’impasse s’en est trouvée redoublée !

En 1980, il y avait encore de l’espoir.

En 2014, il s’agit d’une certitude, on dira plus loin laquelle.

Je préviens, j’écris ici comme témoin, comme acteur mais aussi comme partisan, d’où mon titre.

J’ai été membre de l’ECF (AME) de 1982 à 1991, et membre de l’EPFCL (AME) de 2004 à 201…x.

Dans l’intervalle j’ai participé à plusieurs expériences institutionnelles, dont la plus notable a été d’être membre l’École de Psychanalyse Sigmund Freud de 1992 à 2003, où j’ai été nommé Analyste de l’École (AE) au terme du passage dans la procédure de la passe mise en place en son sein.

Lacan posait l’hypothèse d’une passe de l’analysant à l’analyste, comme étant un fait de structure en sorte que le sujet n’est plus le même à sa sortie, parce qu’il se demandait « que peut-il se passer dans la tête de quelqu’un ayant fait une analyse pour vouloir devenir analyste ? ».

Il avait constaté dans sa pratique « qu’il y vient comme une boule dans un jeu de tric-trac ».

Il invente donc une procédure pour tirer ça au clair, parce qu’il souhaite que les psychanalystes se reconnaissent comme tels, à partir de l’analyse et non pas de critères préétablis de type universitaire et autres, confrérie, initiation cooptation ou copinage.

Il la construit sur le modèle du mot d’esprit.

Un « passant » raconte son « hystoriole analytique », à un quidam comme lui qui en sera le « passeur », pour un jury de la même veine qui devra apprécier si ça tient debout.

Exemple : le « passant » raconte qu’il a rencontré Salomon Rothschild aux Bains de Lucques et que ce dernier l’a traité d’une façon tout à fait « familonnaire ».

Le passeur prend note et va transmettre ça, texto, au jury.

Tout le monde est plié de rire, car ils sont de la même chapelle.

La chapelle, bien sûr évoque l’horizon d’une église, c’est ce qui arrive souvent dans les groupes analytiques.

Au fond on n’avait pas pris la mesure que Lacan essayait de faire passer que « la vie n’est pas tragique, mais qu’elle est comique » – soit encore plus tragique que de se réduire à quelques signifiants clés, pour chacun des parlêtres que nous sommes.

Pour un type dans mon genre ça se résume à ceci que j’étais amoureux fou d’une femme et qu’il m’a fallu 15 ans pour m’apercevoir que j’étais devenu le charlot d’une Charlotte.

Après la disparation de Lacan en 1981 qu’advint-il ?

JAM fait un hold-up sur la machine et impose son idée que la passe (où il n’a jamais foutu les pieds) c’était la « traversée du fantasme » (un hapax de Lacan, non exploité par lui).

Je suis donc légitimé par cette métaphore maritime à baptiser l’ECF « Concordia 1 » et l’EFCL « Concordia 2 », puisque pendant 20 ans, leurs équipages n’ont jamais remis en chantier ce diktat millérien.
Il en est résulté par exemple que le passant en fin de parcours venait exhiber son « objet a » qu’il avait dans la poche (sic).

Y’en a même un qui a frappé encore plus fort : sa passe se résumait à un rêve, il était sur un « SK-beau », « hisse-croit-beau » (re-sic à partir de néologismes repris de Lacan).

Il en tombe, c’est lui l’objet a (re et re-sic).

Les Concordia 1 et 2, en ont fait des croisières de par le monde croisant dans les mêmes eaux.

Il fallait bien monter des comptoirs partout, au nom de la « politique de la psychanalyse », que vient visiter de temps en temps un psychanalyste de « renommée mondiale » pour renforcer le gouverneur mis en place et choisi par les « locaux » pour lui remonter à l’occasion les « bretelles » de la théorie.

Elle aura été tripotée cette pauvre « passe » de sortie du transfert, pour en faire la preuve en réalité que l’impétrant est bien « sous-transfert », voire comme un examen de passage pour entrer dans l’École.

Miller est celui qui a poussé le bouchon le plus loin en se substituant au « cartel de la passe » pour nommer Analyste de l’École (AE) un de ses propres analysants, que le cartel n’avait pas nommé.

Nos deux paquebots de croisières en auront parcouru des « milles » et des « milles ».

• Le Concordia 1 commandé par le Capitaine « Win-Win » qui s’était forgé l’auto-légende d’avoir vaincu à plusieurs reprises « l’hydre de l’EFP » (sic) surgissant selon son seul témoignage, de façon itérative dans son cher « Champ freudien ».

• Le Concordia 2 piloté par « La Solaire », comme elle se nomme, qui ayant rejeté la prétention de Milller a incarner le « Plus-Un » du groupe pour en fonder un autre mais qui à force de vouloir briller pour tous, jour et nuit en est devenue « La Plus-Une ».

La fin n’est pas surprenante, elle est logique.

L’obstination de nos deux inséparables à vouloir tout réinventer a fini par mener les Concordia de la psychanalyse « pure » lacanienne à faire naufrage sur le rocher de « La passe » qui affleure dans des eaux peu profondes.

Ils ne couleront pas mais resteront couchés sur le flanc.

En effet nos deux Seuls maitres–à-bord, chacun à leur façon ont été amenés à penser l’existence, au-delà de l’inconscient freudien, d’un inconscient réel qu’ils nomment :
Pour C. Soler :
« L’inconscient langage » et « l’inconscient lalangue » soit l’inconscient « réel ».

(« Lacan y donne, selon moi, un modèle réduit de ce que l’on appelle la chute du sujet supposé savoir, soit une passe à l’inconscient réel que j’écrirai désormais ICSR pour élider les signifiés du terme « inconscient ». C. Soler in Lacan, l’inconscient réinventé p.46 )

Pour Miller :
« L’’inconscient transférentiel et »l’inconscient réel« ( ou »non transférentiel").

(« En revanche, l’inconscient réel, c’est l’inconscient qui ne se laisse pas interpréter, et c’est pourquoi, dans ce texte ultime – ou pré-ultime puisqu’il y a encore celui de « Tout le monde est fou » –, l’inconscient est défini comme le lieu où l’interprétation n’a plus aucune portée »…
JA Miller, Choses de finesse en psychanalyse XIII. Cours du 25 mars 2009)

Le passage de l’inconscient supposé à l’inconscient réel est désigné comme « passe au réel (Soler) » ou « vers le réel (Miller) ».

Pour les deux auteurs en ce point on peut laisser tomber son analyste et vivre sa vie.

Lacan ne conclut pas les choses ainsi.

Il pose d’abord la question : « L’inconscient est-il imaginaire ou réel, difficile de le savoir ? »

Et il finit par trancher, l’inconscient est réel, ce qui ne veut pas dire qu’il y a deux inconscients.

S’agissant de lui, il dit qu’il n’a qu’un inconscient, et c’est la raison pour laquelle il précise « j’ y pense jour et nuit. » (1977 dans l’Insu que sait de etc.)

Il précise aussi que l’inconscient s’il s’origine de « lalangue », n’en est pas moins « structuré comme un langage ».

Il est vrai qu’il incite à aller un peu plus dans le réel au-delà du peu de réalité du fantasme.

Quand à sa dernière conception de la passe, passée inaperçue elle est très précise : « La Passe dont il s’agit, je ne l’ai envisagée que d’une façon tâtonnante, comme quelque chose qui ne veut rien dire que de « se reconnaître entre soir », si je puis m’exprimer ainsi, à condition que nous y insérions un « av » après la première lettre :« se reconnaître entre s(av)oir ». JL 15 février 1977.

Pour Miller et Soler la fin de partie conduit au manque du manque.

Le sujet est comblé, il est satisfait (Soler), il n’est pas divisé (Miller)

Pour Lacan le manque est réel.


Commentaires  forum ferme

Patrick Valas, LE CONCORDIA a fait naufrage sur le rocher de « La Passe ».
mardi 15 avril 2014 à 20h00 - par  François

On était embarrassé avec un inconscient mais avec deux nous en voilà débarrassé !

Patrick Valas, LE CONCORDIA a fait naufrage sur le rocher de « La Passe ».
samedi 12 avril 2014 à 23h42 - par  raynaud

bsr ,
tjrs pertinent et puis j’apprends des choses ! je ne partage pas ces dires de Miller ou d’autres , la passe qu’en dire ? c’est indicible et intransmissible , une certitude : plus rien n’est comme avant . Une longue traversée du desert ( ce que certains nomment desetre peut etre) , ou tout s’effiloche ou tout se dénoue ou tout assise fantasmatique se casse la figure , toute croyance qui vole en eclat…. attendre ! attendre encore ! traverser ce desert sans promesse d’ oasis à l’horizon ! attendre en poussant des soupirs à longueur de journée ! et reconstruire ce qui peut l’etre sans etre duppe , se soutenir de ce que l’on peut et venir habiter cette fonction d’analyste parceque là ça tenait encore ! . voilà ce que je peux en dire
C Raynaud

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