Patrick Valas, Le jour où je n’ai pas adopté Miller.


Document du jeudi 11 octobre 2018
Article mis à jour le 16 septembre 2011
par  P. Valas

 
Miller fac similé

 
…A DEFAUT, JE PRENDS ACTE DE VOS PROPOS (p.8), ET VOUS DEMANDE COPIE DE VOS ENREGISTREMENTS (JAM).

Judith et Jacques-Alain Miller, m’ont reçu le soir du 27 juin 1991 dans leur salon. Après m’avoir offert une coupe de champagne, ils me laissèrent seul pour que je puisse lire ce que je peux nommer après-coup ce machin . J’ai compris alors que plus jamais je ne voudrais travailler avec eux. Pas un mot ne fut prononcé entre nous, je crois qu’ils avaient compris aussi.

En avril 1991, j’avais quitté l’ECF avec armes et bagages, pour la raison qu’il n’était pas question pour moi de cautionner l’idée que la procédure de la passe, puisse servir à vérifier que le passant « est sous-transfert » (sic), comme l’avait décidé les autorités de l’ECF, sur la proposition de Jacques-Alain Miller.

Par respect pour Jacques Lacan et son enseignement, en l’absence de nouvelle de mes duettistes, en 2001 j’ai remis en mains propres à Judith Miller mes masters originaux des enregistrements du séminaire de son père.
 

A Patrick Valas

Je reçois ce matin votre exposé du 16 juin dernier, que vous m’adressez, et vous réponds aussitôt en allant à l’essentiel.

Je vous propose de poursuivre votre collaboration à l’édition des Séminaires.  

Vous écoutez tous les jours les enregistrements, me disiez-vous jadis.

Qui serait plus qualifié que vous pour collationner les dactylographies avec eux ?  

Les affaires de groupe, d’écoles, n’importent pas ici. Au moins à mes yeux.  

Je veux aussi vous répondre sur l’utilisation des enregistrements de Lacan-au titre de documents sonores.

J’ai autorisé, à la demande de la télévision belge, l’édition d’une cassette audio-visuelle reprenant l’émission qu’elle avait consacrée à Lacan ; j’ai approuvé l’édition par le Seuil de la cassette de Télévision (« Psychanalyse I et II ») ; la sortie de Radiophonie en cassette audio est prévue pour bientôt ; enfin, j’ai confié au Seuil le soin de réunir les interviews de Lacan disponibles à l’INA, en vue d’une édition.

Tous ces documents furent diffusés du vivant de Lacan. Les enregistrements des Séminaires ont un tout autre statut. Lacan s’est toujours refusé, à ma connaissance, à la diffusion d’un quelconque de ses Séminaires et il ne s’est pas soucié d’en conserver les enregistrements, alors qu’il était attaché, vous le savez, aux sténographies.

Quelle doit être aujourd’hui, dix ans après sa mort, la position de son exécuteur testamentaire ?

En dépit du fait que Lacan n’a pas personnellement conservé les enregistrements de ses Séminaires, il est certain qu’il s’agit de documents du plus grand intérêt, dont la préservation doit être assurée.

Puisque l’INA, comme vous le rappelez, a décliné votre offre, transmise par Judith Miller, de conserver vos bandes.  

Puisque l’INA, comme vous le rappelez, a décliné votre offre, transmise par Judith Miller, de conserver vos bandes, je suis disponible pour d’autres tentatives. Il faudrait que les conditions de ce dépôt permettent aux chercheurs de consulter ces archives sonores.

Pour le reste, vous savez que je n’ai aucune objection, au contraire, à ce qu’on me signale des améliorations possibles de la transcription.  

Beaucoup l’ont fait. Je préfère quand c’est gentiment.

Si vous acceptez de poursuivre votre collaboration, comme je le souhaite je vous remettrai volontiers la dactylographie d’un Séminaire.  

A défaut, je prends acte de vos propos (page 8), et vous demande copie de vos enregistrements.  

JAM Paris, le 27 juin 1991
 

PDF - 24 ko
la lettre de Miller

 

Dans 3000 ans que restera t-il de tout cela ? (Lacan)


Commentaires  Forum fermé

Patrick Valas, Le jour où je n’ai pas adopté Miller.
mardi 20 septembre 2011 à 12h10 - par  erikantoine

par ailleurs vous êtes allé au-delà de la demande de JAM, qui était que vous remettiez copie des enregistrements. Ce qui me paraît effectivement raisonnable. Pourquoi donc remettre les ORIGINAUX, quand on vous ne les demande même pas ?

Ou bien vouliez-vous à tout prix être plus gentleman que nécessaire ?

Patrick Valas, Le jour où je n’ai pas adopté Miller.
mardi 20 septembre 2011 à 11h58 - par  erikantoine

Je suis au contraire tout à fait sur la plaque.

Tout d’abord, vous nous livrez un document, en laissant entendre que de cette époque, 1991 donc, date votre rupture avec les Miller (cf. titre du billet). Rupture dont j’imagine qu’elle s’accompagne ou s’occasionne d’une perte de confiance. Je suppose donc que vous n’avez qu’une confiance modérée dans les miller.
Par ailleurs, vos autres articles, (sur Yerodia, sur "de qui a peur JAM etc.) ne laissent pas de faire apparaître en vous un observateur plus que critique des agissements de l’ECF et de JAM en pariculier.

Enfin, vous êtes parti en 1991 et avez remis les bandes en 2001.
De tous ces éléments, et à moins d’une rectification de ma compréhension, je ne peux que conclure à une grande incohérence dans la décision de remettre les bandes tout de même à la famille Miller.

Premier argument évident : vous invoquez la légalité et l’aspect « exécuteur testamentaire ». Mais pourquoi déposer les bandes en 2001, alors qu’en 1991, les miller étaient déjà exécuteurs testamentaires. Pendant dix, vous avez donc bien conservé vos enregistrements. Ce n’est donc pas l’argument légal qui vous a poussé.

Deuxième argument l’aspect de conservation et de diffusion. Vous dites que ce qui est le « mieux » pour la psychanalyse, c’est qu’ils puissent être conservés et diffusés plutôt que de se décomposer dans vos placards. Certes. Mais il se trouve que l’état de la technologie rend cet argument un peu caduque. A une certaine époque, il fallait sans doute des labo de sons bien équipés pour conserver des enregistrements, mais à l’heure actuelle, il ne faut pas disposer de bien du matériel pour numériser du son. Et on peut assez facilement trouver quelqu’un qui sache le faire et ensuite multiplier les supports. Pour la diffusion et la conservation, c’est sûr que le mieux eût été l’ina en 1991, mais à défaut, je ne vois pas en quoi un autre particulier que vous, JAM et sa femme en l’occurence, serait mieux équipé pour conserver les enregistrements. Ou alors ma connaissance des écoles est lacunaire et l’ECF dispose d’un labo de son et d’une bibliothèque audio parfaitement performante. On aurait pu penser aussi, à défaut, à une université, de psycho ou non, comme l’ilpga de Paris 3 par exemple. Les phonéticiens sont toujours contents d’avoir du corpus, et confier ce corpus à une université le rend accessible, utilisable et conservable. On pourrait penser aussi à diverses associations de psychanalyse, quoique là bon, ça peut poser un problème.

De tout évidence, pour ce qui est de la conservation, le plus urgent est de démultiplier les supports de sauvegarde, en réenregistrant, en numérisant etc. Je ne suis pas sûr de l’infaillibilité de confier les originaux à telle personne privée plutôt qu’à telle autre.

Enfin sur l’utilité pour la psychanalyse que ces enregistrements reviennent aux héritiers. Franchement ? La bonne diffusion de l’enseignement de lacan revient à mon avis seulement pour moitié à JAM, et l’autre moitié est due au travail de gens qui diffusent plus ou moins « sous le manteau », ce qui contribue à multiplier les sources, précisément en résistance à la façon de faire JAMesque. JAM, on le sait, fait un travail très ambivalent avec les séminaires et le reste, diffusant de telle sorte que sa qualité de diffuseur et source légitimée par l’héritage et le statut familial, lui garantisse la pérennité d’une certaine emprise sur le milieu se référant à la parole de lacan. Légitimité qu’aucun autre de ses mérites, acquis en son nom propre, ne pourrait lui assurer. Des ex. ulmiens agrégés de philo fumant le cigare, il y en a beaucoup. Il n’a par ailleurs aucune légitimité clinique particulière. Par ailleurs, d’après sa lettre que vous publiez, il semble qu’il mente, si toutefois le document « Lacan débarbouillé » (Max Milo) est véridique. G. Bergougnioux aurait adressé, en tant que philologue lecteur de lacan, de nombreuses lettres relevant des erreurs manifestes ou potentielles dans la transcription des séminaires parus au seuil, s’adressant parfaitement « gentiment » à JAM. Celui-ci n’a que rarement répondu et tenu compte comme ça lui chantait.

De tout cela je conclus qu’il y a fort à douter de la droiture avec laquelle JAM s’aquitte de son rôle d’executeur testamentaire et diffuseur de l’enseignement de Lacan. Et si il paraît de bonne interprétation du droit de lui remettre, ou à Judith, les enregistrements, on peut aussi penser qu’il y a une légitimité, au-delà de la légalité, à conserver ces bandes puisque ce sont les vôtres et que vous êtes vous aussi, votre site en témoigne, soucieux de la diffusion de la parole de lacan.

D’où mon incompréhension : pourquoi diable remettre, dix ans plus tard, les bandes à la famille miller, dont rien ne dit qu’elle en fera un meilleur usage que vous, mais se réjouira sans doute d’avoir un bout d’héritage en plus pour monnayer une légitimité analytique plus que diaphane…

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Patrick Valas, Le jour où je n’ai pas adopté Miller.
dimanche 18 septembre 2011 à 10h35 - par  P. Valas

Vous êtes à côté de la plaque. Il est plus important pour la psychanalyse, que les exécuteurs testamentaires de Lacan, puissent disposer des audiophones de ses séminaires. Ils peuvent leur permettre ainsi d’améliorer leur transcription - c’est à eux qu’il appartient d’en décider parce que selon la loi, l’héritier du droit moral a l’exclusivité de leur usage - même si ces enregistrements, comme objet (c’est-à-dire les bandes magnétiques) sont ma propriété pour une utilisation privée. Voudriez-vous, que je les laisse « vieillir » dans une cave comme un bon millésime, en prenant le risque qu’ils finissent par tomber en poussière ?

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Patrick Valas, Le jour où je n’ai pas adopté Miller.
dimanche 18 septembre 2011 à 10h31 - par  P. Valas

Vous êtes à côté de la plaque. Il est plus important pour la psychanalyse, que les exécuteurs testamentaires de Lacan, puissent disposer des audiophones de ses séminaires. Ils peuvent leur permettre ainsi d’améliorer leur transcription - c’est à eux qu’il appartient d’en décider parce que selon la loi, l’héritier du droit moral a l’exclusité de leur usage - même si ces enregistrements, comme objet (c’est-à-dire les bandes magnétiques) sont ma propriété pour une utilisation privé. Voudriez-vous, que je les laisse « vieillir » dans une cave comme un bon millésime, en prenant le risque qu’ils finissent par tomber en poussière ?

Patrick Valas, Le jour où je n’ai pas adopté Miller.
samedi 17 septembre 2011 à 23h15 - par  erikantoine

On est censé comprendre quelque chose ?

Je ne porte aucun culte à JAM, que je considère comme une espèce de bouffon doublé d’un escroc intellectuel, façon BHL, mais là, je ne vois pas en quoi, sans contexte, sa réponse peut expliquer votre rupture.

Une des choses que je ne comprends pas : si vous ne les avez pas donné en 1991, pourquoi en 2001 ? Quel rapport avec la mémoire de son père ? Si une institution destinée à la conservation ne les conserve pas, en quoi un particulier comme vous, Judith Miller, est plus à même d’en recevoir le dépôt que vos propres placards ?

Etiez-vous toujours sous emprise des Miller pour ressentir le besoin de leur donner quelque chose qui vous appartient, juste parce qu’il s’agit d’une trace de la voix du beau-père du gendre et mari de la fille de son beau-père (comme il aime à le rappeler régulièrement par exemple ici, le ridicule ne tue décidément pas, ou bien Miller a mille vies : http://midite.files.wordpress.com/2…) ?