Colette Soler, La Grande Conversation de Barcelone, le 22 Juillet 1998


Document du mercredi 8 juin 2016
Article mis à jour le 11 mai 2012
par  P. Valas

ménines
 

La Grande Conversation de Barcelone, le 22 Juillet 1998

COLETTE SOLER

Première intervention

Je me place de telle sorte que je puisse regarder mes collègues sans tourner tout à fait le dos à la tribune.

Mes chers collègues, j’ai souhaité vous parler. En effet, je crois que chacun aujourd’hui a le sentiment que nous sommes à ce qu’on appelle, en français, l’heure H. - un moment de virage certain.

Je voulais vous parler, puisque ces temps-ci, j’ai plutôt écrit et que ça ne suffit
pas.

Nous sommes des tenants de la parole, bien sûr. J’ai été encouragée, je dois le dire, non seulement par beaucoup, qui m’ont dit : il faut parler - c’était déjà ma pente, mais aussi par laréunion que j’ai eue hier, au déjeuner, avec JAM et Ricardo Seldes, au titre du bureau del’AMP.

Ce fut un déjeuner dont je dirais qu’il était prometteur. J’ai entendu de la bouche de JAM que pour ce qui allait venir aujourd’hui, et dans la suite d’aujourd’hui, il était prêt a accueillir les objections, les discussions, les débats, - il l’a dit en d’autres occasions, redit aujourd’hui, écrit aussi - et que même, après tout, ce qu’il appelait une opposition n’était peutêtre pas intolérable.

A une condition, disait-il, qu’il n’y ait pas d’injures  

.

Ce qui m’agrée parfaitement. Pour ma part, je crois n’avoir, dans ces débats, jamais profèré ni injures ni attaques personnelles.

Bon, j’en étais là, quand, le soir, j’ai ouvert l’annuaire de l’AMP.
Et ç’a été pour moi un choc.

Je n’ai pas pu ne pas mesurer le contraste entre le * pas d’injures * et certaines phrases de la préface. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur cette * tirade *.

Je ne vais pas le faire ici, surtout que j’ai eu la surprise d’entendre, ce matin, beaucoup d’interventions qui la concernaient, cette * tirade * - et même des protestations vives.

L’enthousiasme pour la cause analytique.  

C’est un texte qui a été prononcé dans des circonstances précises, et qui se veut, à l’évidence, inspiré par l’enthousiasme pour la cause analytique.

C’est un texte qui mériterait un commentaire suivi et détaillé, et peut-être le ferai-je, ce commentaire.

La reconquête du Champ freudien  

En tout cas, dans ses énoncés, c’est un texte * pour * : pour la reconquête du Champ freudien, et aussi pour l’unité de notre mouvement.

Je suis pour ce * pour *. D’autant que la fin du texte précise que cette unité doit en quelque sorte inclure en son sein, éventuellement, des positions qui ne seraient pas tout à fait des positions d’harmonie avec le Un de l’ensemble.

C’est un texte pour, mais il y a aussi, dans ce texte, du * contre * : le pour énoncé s’appuie sur le contre de l’énonciation. Le contre y est nommé, et à plusieurs reprises. Le contre a un nom général qui est l’Autre - grand A, c’est écrit comme ça.

Il y aurait un Autre de l’Un de la cause, qui serait à l’intérieur, après avoir été d’abord externe, et qui étant contre le pour, devrait évidemment être contenu. Je ne me reconnais pas comme Autre de la cause analytique - pas du tout.

Je considère que c’est une imputation. Je ne peux que la rejeter et je
la rejetterai.

L’Autre de l’intérieur est en outre, nommé : je ne dis pas qu’il n’a en fait que deux noms dans l’esprit de l’auteur, mais dans ce texte, il y en a deux. Il y a * Sauret * et * Colette *.

« Le faux-derche » et la pompette.  

L’un est qualifié : il est précisé qu’il a produit un texte de faux-semblant.

Il est épinglé du style curé et faux-derche. C’est un peu vif, non, pour quelqu’un qui prétend proscrire l’injure ?

Quant à moi, on m’y attribue le pompage et le bâillon que je mettrais sur la
communication. Alors ça, eh bien, je trouve que c’est un aspect du texte qui n’est pas bien…inspiré !

Jacques-Alain-Miller, puisque vous aimez les classiques.  

Et je pourrais dire, Jacques-Alain Miller, puisque vous aimez les classiques, souvenez vous du Molière, des Femmes savantes :

“ Le moindre solécisme en parlant vous irrite Mais vous en faites, vous, d’étranges en conduite ”.  

C’est Molière - il faut donc le prendre légèrement, sans dramatisation.
Je laisse là la * tirade *. Ce que je voulais vous dire avant d’avoir ouvert l’annuaire, ça concernait, au fond, ce que je vais appeler le * problème *, entre guillemets, de notre aujourd’hui. Je ne pense pas que ce problème tienne dans l’opposition qui a été formulée :

d’un côté, il y aurait l’École et l’AMP et de l’autre côté, la menace groupale.

Je ne pense pas que la partition passe de cette façon. La menace groupale, qui existe toujours dès qu’il y a du collectif, elle est interne à notre ensemble.

Et puisque je commence par dire ce que je ne crois pas, j’ajoute que je ne crois pas non plus que le problème, ce soit le retour de l’université.

J’ai eu connaissance de cette nouvelle thèse, J.-A. Miller, hier au déjeuner, par vous. Elle m’a surprise, venant de vous, mais enfin, je la prends en considération.

Si on parle de l’institution universitaire, je peux bien dire qu’à son égard, je me sens très libre : j’ai été universitaire, j’ai eu dans l’université un poste de
grand prestige, et je l’ai quitté sans contrepartie aucune.

Jaspiner sur Lacan dans l’université.  

J’aurais pu continuer à jaspiner sur Lacan dans l’université - très tranquillement. Je l’ai quittée afin d’avoir tout mon temps pour m’occuper de psychanalyse.

Je n’ai donc aucune sympathie secrète pour cette institution.  

Je n’ai donc aucune sympathie secrète pour cette institution, dont
tout le monde connaît les limites, et elles sont grandes.

Dans les propos de J.-A. Miller un amalgame évident entre l’Institution Université et le Discours universitaire.  

Par contre, je suis plus surprise de percevoir dans les propos de J.-A. Miller un
amalgame évident entre l’Institution Université et le Discours universitaire. Parce que le Discours universitaire n’a pas besoin des murs de l’université - il peut même bien prospérer dans nos Sections cliniques à l’occasion, et c’est même souvent le cas, en vérité.

De même que, à l’inverse, dans l’université, il arrive que quelqu’un, pour être analyste, fasse un autre usage de l’énonciation, un usage qui ne mette pas le savoir en position de semblant.

Alors, les problèmes de notre communauté :  

J’ai pris quelques notes, je vais essayer d’être brève. Je les aborderai à partir de cette question toujours brûlante que Lacan appelait la garantie des psychanalystes.

La garantie des psychanalystes.  

Aux standards de l’IPA, qui sont fallacieux, Lacan a opposé la Passe : l’Ecole de la Passe, la Passe antinomique du standard et qui consiste à authentifier, pour chaque psychanalysant venu au bout de son analyse, la solution singulière, symptômatique, si on veut, la solution singulière à laquelle il est parvenu.

La Passe assure donc la sélection, voire la promotion des “exceptions"  

.

Ce dispositif de la Passe comme sélection laisse donc
concrètement ouvert le problème de l’unification de la communauté.

Retour du multiple, dit-on. Mais non, le multiple a toujours été là, le multiple constitue même la base de la communauté.

Le problème, c’est de savoir comment une communauté analytique, quelle qu’elle soit, unifie ses exceptions symptômatiques ou ses singularités.

Alors, quelle est la solution de notre communauté, si nous ne les faisons pas passer par le standard ?

Notre solution, c’est d’asseoir l’unification du multiple en passant par Un qui est enposition d’exception - Un qui assume en quelque sorte la responsabilité majeure des décisions dans la direction politique et d’où émane - j’ai cherché le bon terme : Gennie disait ce matin, instruction, consigne ; le bon mot c’est : directive - d’où émanent les directives.

La fonction de ces directives est effectivement d’unifier, à la fois sur le plan théorique, le plan de la pensée (celui des thèmes et des avancées), et sur le plan pratique de l’action de la communauté. Nous connaissons les bénéfices, après tout, de cette fonction unifiante des directives du Un d’exception.

Notre communauté s’est constituée grâce à ça. Je dois dire que
je n’avais pas d’objections de principe à cette forme institutionnelle et j’y ai largement participé.

Je vois des problèmes.  

Aujourd’hui, expérience faite - parce que là, je suis pragmatique aussi -, je vois des problèmes. Alors, où voit-on les problèmes ? Certains ne les voient pas, semble-t-il ; moi, j’en vois, beaucoup en voient.

Je vois des problèmes au niveau du fonctionnement institutionnel, et en effet, j’ai dénoncé, je dénonce, je critique, ce que je peux bien appeler un dysfonctionnement au niveau des directives de l’Un .

Je ne vais pas reprendre les péripéties - elles sont connues de tous
ceux qui veulent les connaître et qui veulent en savoir quelque chose.

Dans l’expérience, on a vu qu’il pouvait arriver que ce dysfonctionnement devienne délétère.

Il est délétère quand une objection est stigmatisée comme opposition à la cause analytique.

Je prétends qu’une objection n’est pas une opposition à la cause analytique - même si elle est forte .

Il est délétère quand, alors que l’on dit admettre l’objection on y accouple une disqualification de l’objecteur, avec d’ailleurs toujours un effet boomerang, un effet de retour a l’envoyeur, qui fait que les interlocuteurs sont immédiatement propulsés sur l’axe a a’, chacun accusant l’autre d’être en faute contre la cause analytique.

Elle se fait délétère encore quand l’interprétation, l’anticipation interprétative se convertit en imputation fantaisiste.

Exemple : les * bis * de mes voyages au Brésil. Je dis * imputation fantaisiste *  

 :

ce n’est peut être pas le bon terme, mais il est plutôt gentil. Il y a beaucoup d’autres exemples, il est inutile d’insister là-dessus. J’appelle ça les épiphanies de Thanatos désassociatif !

Comment penser ces phénomènes ?  

L’idée la plus simplette, immédiate, c’est de dire : eh bien voilà, le mésusage de la place de l’Un d’exception relève des excès du D.G.

Bon, il y a un petit peu de ça, mais je trouve qu’on ne peut pas se contenter de cette explication.

C’est un peu court, parce que, en même temps, comme je l’ai dit, la formule qui définit notre communauté a une force certaine et a produit des choses excellentes.

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Cependant, je ne suis pas là pour l’auto-congratulation mais pour la critique de ce qui est mal inspiré.

Alors, je n’ai pas de pente à accentuer le mauvais usage personnalisé. Je n’ai aucune pente à considérer, comme JAM l’imputait à tout va, il y a un instant, qu’il soit l’ennemi de l’intérieur - et je pense, en outre, qu’un autre à la place ne ferait pas mieux, ça je n’en ai jamais douté. Il ferait
peut-être autrement, sans doute, mais pas mieux, car c’est la fonction qui doit être revue.

Alors je crois qu’on peut prendre la réflexion à un autre niveau et se demander si la
solution par l’Un d’exception n’a pas quelque chose d’aporétique, si elle ne demande pas à être en partie corrigée, ou plutôt en partie complémentée par des dispositifs de régulation de ce que j’ai appelé les épiphanies de Thanatos désassociatif.

Si on veut entrer dans la réflexionde son caractère aporétique, on est amené à considérer la tension qu’il y a entre les exceptions multiples et le un d’exception, et cette tension-là, qu’on ne me dise pas qu’elle va se résoudre par l’invocation du consentement subjectif des exceptions multiples à l’Un d’exception.

Parce que la question est seulement de savoir à quoi l’on peut consentir.
Il y a une tension, voire une aporie, effectivement, entre les directives de l’Un et les
singularités du multiple, et quand Lacan, inventant la Passe, dit qu’il veut des analystes
capables de penser l’expérience de l’Ecole - non seulement l’expérience de leur cure, mais l’expérience de l’Ecole, ce n’est évidemment pas pour donner l’exclusivité de ce travail au UN unique.

Cette multiplicité n’exclut pas, bien entendu, et loin de là, que l’élaboration se
fasse avec d’autres, dans une élaboration collective. Ça n’exclut pas non plus le transfert de travail, mais ça suppose que chacun pense l’expérience de l’Ecole sans directives préalables, quitte ensuite à mettre en commun les produits pour refabriquer de l’Un.

Alors franchement, quand ce matin on objectait l’expression de M.-J. Sauret, disant que le sujet en fin d’analyse est une “ objection au savoir ” - je trouve que l’objection n’est pas de bonne foi, en tout cas pas bien comprise, parce que tout le texte de M.-J. Sauret indique que ce qu’il appelle objection au savoir, c’est, si j’ai bien compris, ce que nous écrivons avec le mathème S de grand A barré et que son interlocuteur appelle le point d’impossible à dire.

Ça ne devrait pas faire une guerre.  

Produire de vrais psychanalystes de l’expérience de l’Ecole. Lacan considérait, si vous
vous souvenez bien, que c’était la seule chance pour que l’on sorte de la panne théorique de la psychanalyse - il disait ça en 1967.

Cette panne théorique, c’est d’ailleurs aussi bien une panne éthique.

Ou en sommes-nous à cet égard ?  

Je vais terminer. Je dis que la psychanalyse doit être orientée - absolument. Et dans
l’orientation, l’épistémique et le politique sont intriqués, mais je crois que l’orientation ne
peut pas déboucher sur une compacité de monolithe, quoiqu’il n’y ait qu’une seule
psychanalyse.

Je le crois aussi, comme on l’a dit ce matin. Si on aboutissait à la compacité de
monolithe, les énonciations, multiples, singulières, seraient étouffées.

Ce ne serait plus de l’orientation, ce serait la secte, à quoi Lacan a toujours voulu parer. Nous n’en sommes peut-être pas encore là.

Au fond, nous avons entendu les A.E. récemment nommés, et chacun des auditeurs, dans son jugement le plus intime, a pu percevoir le point d’authenticité de chacun,
ses limites aussi bien.

Donc, nous n’en sommes pas là, mais peut être au bord - un pas de plus et nous y serons.

Je dis donc qu’il faut remettre à l’étude l’aporie que j’ai évoquée. Remettre cette aporie
à l’étude, ça n’est pas s’en prendre à JAM. Remettre cette aporie à l’étude, ce n’est pas saper les fondements, mais au contraire, c’est essayer de les assurer un peu mieux.

Deuxième intervention

Je voudrais dire trois choses ; j’ai redemandé la parole, surtout parce que j’ai oublié un
point que j’avais l’intention de dire tout à l’heure.

La première, c’est qu’on ne peut pas parler sans faire de métaphore et des qu’on fait des
métaphores, on ne sait jamais où elles vous mènent. Voyez par exemple, vous utilisez la
métaphore de la grenouille et du bœuf, et, aussitôt, le taureau est dans la métonymie.

De même pour le Titanic, on y est revenu tout à l’heure avec le poème sur la banquise.

J’ai été très surprise de cette métaphore du Titanic.  

Parce qu’il est notoire, on le sait aujourd’hui, et le film récent nous a fait nous en souvenir, que le Titanic a coulé par la faute du capitaine, de la gloriole de son capitaine.

C’est comme ça que ça s’est passé : métaphore dangereuse tout de même.

Alors, deuxième point : j’ai dit en effet, que nous comptions sur le Un pour unifier les
exceptions. On objecte à cette expression, Laurent a objecté : je suis d’autant plus d’accord avec l’objection que ce qu’il m’a objecté, je l’ai moi-même développé dans ma première lettre, disant que le ciment réel de notre communauté ce n’est pas le Un d’exception, mais un certain rapport au réel auquel conduit l’analyse et qui tient au fait que les différents sujets ont traversé jusqu’à un certain terme l’expérience de l’analyse.

C’est ça qui, au fond, me paraît être le véritable élément unaire de la communauté.

Alors, quand je dis * le Un unifie les exceptions *, je ne veux pas dire par là qu’il les ramène à l’homogène.

Je désigne le registre de notre pratique où les directives de l’Un nous permettent de nous accorder sur des objectifs précis.

Alors, deux exemples évidents : comment tous ces sujets si différents de la grande AMP
passeraient-ils une année et plus à tous parler de * l’inconscient interprète *, si la thèse n’avait
pas été avancée comme une directive pour le travail ? Il n’y a rien à redire à cela, mais c’est ce
que j’appelle un effet d’unification pratique dans le domaine de la pensée. Autre exemple :
comment tout le monde se mettrait-il à réfléchir sur la reconquête de l’IPA - là c’est une
expression qu’il faut peut être corriger : ce sont de nouveaux contacts avec l’IPA, dit-on -, s’il
n’y avait pas eu une directive ? Alors, va-t-on me contester qu’il y a, à ce niveau, unification ?

Ça me paraît d’une évidence telle ! C’est au point que JAM lui-même, dans les Dépêches qui ont précédé la Rencontre de 96, avait cru devoir soulever le problème de la saturation possible sur les thèmes lancés pour préparer la Rencontre.

Je soutiens donc qu’il y a un effet d’unification pratique grâce aux directives de l’Un.
Alors, si l’on veut évaluer les avantages et les inconvénients, l’avantage on le voit facilement : ça permet à des personnes très différentes de faire converger leur travail, d’en parler ensemble, etc.

Et ça contribue, en outre, au lien, au sens le plus positif du terme.

L’inconvénient, la limite, c’est peut-être ce qui fait que P. Bruno se trouve induit a évoquer un effet “ éducatif ”.

En effet, l’inconvénient du régime des directives, c’est qu’effectivement ça
invite à s’en remettre à l’Autre.

C’est une bonne disposition en soi de s’en remettre a l’Autre, mais on s’allège soi-même d’autant.

Au lieu d’évoquer un effet éducatif, j’aurais plutôt évoqué, je l’ai déjà fait, un effet d’immaturité.

Ça peut paraître paradoxal, car nous avons une communauté qui est remarquablement performante pour toutes les activités qui consistent à affirmer une présence dans le monde, un dynamisme et je dirais un désir qui entraîne.

Regardez ici, cette Rencontre, c’est un travail énorme, parfait, remarquable, les affiches, les volumes, les brochures, l’effet rassemblement, etc.  

Cependant, par ailleurs, malgré tous les espaces d’interlocution qui se sont développés dans notre communauté - Dieu sait s’il y en a depuis deux ans, avec les Conversations, en particulier - malgré tous ces espaces d’interlocution, le plus souvent nous discutons sur des conclusions déjà là.

Nous ne discutons pas pour élaborer une conclusion dans un travail collectif, le plus souvent, nous avons déjà la conclusion, nous avons déjà la thèse, qu’elle soit au niveau de la théorie ou au niveau de la pratique, et nous débattons en quelque sorte pour l’assimiler, la comprendre, la justifier, la diffuser.

Alors je dis que la contrepartie, c’est l’effet d’immaturité au niveau des décisions de
pensée.

C’est comme ça que j’interprète ce que beaucoup m’ont dit quand j’ai avancé qu’il
faudrait que les Ecoles orientent l’AMP : mais vous n’y pensez pas, ils en sont incapables - sans JAM, nos Conseils, comment y arriveraient-ils ?

Eh bien moi, je devais avoir des Conseils une plus haute opinion qu’on s’imagine, parce que je pense que les Conseils, ou d’autres instances d’ailleurs, peuvent avoir des idées bonnes sur la direction de l’ensemble.

Ça devrait être, en tout cas.

Enfin, troisième point, rapidement, parce que c’est ce que j’avais oublié tout a l’heure.

Je vais vous parler de Los Cubanos.  

Quand j’ai appris que ma proposition ne serait pas en débat, c’était dimanche, j’ai
décidé d’inviter ceux qui pensent qu’il y a des problèmes à discuter et qui veulent les analyser - en analyser l’origine, la nature, pour apporter des solutions possibles - je les ai invités à se réunir.

J’ai fait ça dans la hâte, dans l’improvisation.

Certains m’ont déjà reproché de ne pas les avoir prévenus, mais je ne vois pas comment je l’aurais fait, je ne savais même pas si ça pouvait se faire, et finalement une première réunion s’est tenue avant-hier soir à l’hôtel La Habana.

JAM, aussitôt, du fait que c’était à l’hôtel La Habana, a qualifié les participants de “ Cubanos ”.  

Eh bien, je trouve que ça me convient, les Cubains, parce que Cuba, ça évoque
beaucoup de choses, pas toutes positives, mais au départ ce fut l’aspiration révolutionnaire.

Lacan a pu dire beaucoup de mal de la révolution, mais quand même, en 1966, il faisait du révolutionnaire l’une des trois figures qui nous reste de l’homme de vérité.  

Alors, la vérité, comme premier pas, ça me paraît très bien.

Dans la psychanalyse, la quête de la vérité n’est que le premier pas, nous savons qu’il faut aller au-delà, que nous visons au-delà de la vérité, un réel, mais sans premier pas, pas de second, ni de troisième !

Il ne s’agit pas de réunions secrètes, il ne s’agit pas de réunions de factions. Qui peut venir ?

Tous ceux qui veulent réfléchir sur l’état de notre communauté. Qui en serait exclu ?  

Personne en droit, seulement ceux, en fait, qui auraient d’après leur expérience et leur place, déjà conclu que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les autres y ont leur place.

Intervention a l’Assemblée générale de l’AMP du 22 juillet 1998.

J’interviens sur le Un et le multiple dans notre champ.

Notre Un est celui de l’orientation, dit J.-A. Miller.

En effet, et le multiple des analyses prises une par une est articulé à ce Un de l’orientation, bien loin d’en être disjoint.

Ce n’est d’ailleurs pas notre privilège : dans la psychanalyse, partout et toujours, la pratique effective des analyses est fonction de la doctrine.

Pour nous donc, c’est le Un d’orientation qui se répercute sur les cures. Sa rectitude est d’autant plus cruciale.

Seulement, dans la question qui nous occupe, les choses sont un peu plus compliquées,
car le Un lui même se dédouble et devient multiple. Le Un de l’orientation et le Un du
pouvoir politique sont à distinguer.

C’est le second que j’ai mis en question jusque là et dont
je fais la critique pour ce qu’il a produit d’abus1 durant ces deux dernières années. Cette
binarité du Un d’orientation et du Un de direction se répercute dans une autre que nous
connaissons bien, qui nous vient de Lacan, à savoir la distinction, voire le hiatus, entre des objectifs d’Ecole et ceux du groupe qui lui donne son support. Toute l’histoire du mouvement lacanien est là pour témoigner de cette tension entre Ecole et Association avec tous les effets de groupe que celle-ci comporte.

Auto-commentaire, rajouté après-coup :

Accentuer la disjonction entre le Un d’orientation et le Un de direction, et cantonner ma
critique au Un de direction comme je l’ai fait, relevait, je dois le dire, d’une réserve
bienveillante : je m’abstenais ainsi de questionner le Un d’orientation et laissais en sourdine la question de sa solidarité avec le Un de direction. Je m’attends à ce que l’on m’en fasse objection.

On n’aura pas tort, car dès lors que les directives de l’orientation et celles de la
direction politique émanent d’un seul, c’est un seul et même rapport à notre fameux objet a qui préside aux deux types de décisions.

Mais alors, mais alors, il se pourrait bien que l’orientation elle-même mérite d’être mise en question au regard des fautes politiques du Un de direction, au deux sens du terme faute. La réciproque n’est pas vraie : pourrait-on concevoir qu’une juste orientation produise des dysfonctionnements de la direction ?

A suivre.

1 - J’ajoute après coup que ce je nomme ici abus est une série maintenant bien connue : l’accusation de plagiat, le coup de force sur la passe pour instaurer un Autre des cartels, les procès lancés contre divers collègues, Marie-Jean Sauret, Pierre Bruno, Antonio Quinet, moi-même, les injures de la Tirade, et j’en passe.


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