Christian Dubuis Santini, Pourquoi la psychanalyse n’est pas soluble dans la messe médiatique


Document du jeudi 11 octobre 2018
Article mis à jour le 18 septembre 2011
par  P. Valas

 
magritte le therapeute
 
Pourquoi la psychanalyse n’est pas soluble dans la messe médiatique.

Les célébrations du 30e anniversaire de la mort de Lacan auront été riches d’enseignement.  

Les célébrations du 30e anniversaire de la mort de Lacan auront été riches d’enseignement, Jacques-Alain Miller, son gendre et exécuteur testamentaire ayant heureusement calé son calendrier pour, depuis la scène médiatique, informer l’opinion (éclairée ?) de sa foisonnante actualité :

  • La sortie d’un séminaire de Lacan inédit (par lui) « Je parle aux murs »,
  • l’écriture d’une « Vie de Lacan » (une biographie qui n’en est pas une…)
  • mais aussi un texte de « mobilisation » suite à l’arrestation de la psychanalyste Rafah Nached en Syrie « il s’agit de faire autant de bruit que possible pour intimider, s’il est possible, des tueurs revêtus de l’autorité de l’Etat syrien » (!)
  • sans oublier une fracassante déclaration (!!) annonçant son changement de maison d’édition — en quittant l’éditeur Le Seuil pour rejoindre l’éditeur La Martinière, il a de fait descendu deux étages du même immeuble du même groupe, puisque La Martinière est propriétaire à 100% du Seuil… (!!!)

Déporter le combat de la psychanalyse dans les eaux tumultueuses des médias.  

Bref, en déportant le combat de la psychanalyse dans les eaux tumultueuses des médias, Jacques-Alain Miller a fait un choix qui n’est pas sans (lui) poser la question épineuse de son positionnement :

• d’un côté il fait sortir la psychanalyse de sa place, de son combat, de sa trace, la faisant dévier de la trajectoire initiée par Freud et redéployée par Lacan dans ses ultimes conséquences, notamment sur le plan politique

• d’un autre côté il apparaît, lui, comme incroyablement naïf, peu aguerri aux pratiques des médias, enchaînant les erreurs de « communication » de débutant, errements qui sapent immanquablement sa crédibilité (et la cause qu’il prétend défendre).

Au lieu d’incarner cet « écart entre énonciation et énoncé » qui fonde le psychanalyste dans sa parole.  

Au lieu d’incarner cet « écart entre énonciation et énoncé » qui fonde le psychanalyste dans sa parole, il pontifie jusqu’au ridicule, s’écoute parler, s’auto-commentant sur « tout-y-taire », raconte n’importe quoi à radio et la télé pour faire l’intéressant (le OOOOOOOOH de Lacan au restaurant) il en réfère à l’idiot Onfray (qui n’en demandait pas tant), va jusqu’à convoquer BHL au chevet de la psychanalyse (à entendre les propos de Deleuze sur le « nouveau filousophe », on devine sans mal l’avis qu’en aurait eu Lacan…) s’adresse solennellement aux « anti-lacaniens »(!) etc.

L’installation d’une sorte d’icône commerciale, une « trade mark » dûment déposée, un Lacan©JAM.  

Depuis quelque temps donc — et particulièrement en cette période d’intense célébration — l’enseignement de Lacan semble bel et bien être passé au second plan, au profit de l’installation d’une sorte d’icône commerciale, une « trade mark » dûment déposée, un Lacan©JAM qu’il convient d’adorer (ou pas), le culte de la personnalité appelant le culte de la personnalité…

Pourquoi cette mise en avant, sous forme de « tête de gondole », est-elle en vérité le meilleur moyen de noyer dans les marécages de la manigance médiatique le noyau critique insupportable de la pensée de Lacan ?
 
magritte le pelerin
 

Lacan se méfiait des médias (tout comme Deleuze).  

Lacan se méfiait des médias (tout comme Deleuze) il les utilisait avec circonspection (Télévision, Radiophonie…) sans laisser la possibilité au système dont ils font partie de l’instrumentaliser, sans céder à leur « logique »… Le média c’est le message (McLuhan) étant devenu « le média c’est le mensonge », quel pourrait en être aujourd’hui le procès ?

Lacan désignait Socrate comme le premier des psychanalystes.  

Lacan désignait Socrate comme le premier des psychanalystes.

Or Socrate est célèbre pour n’avoir rien écrit. Ce qui compte, dans le fait qu’il n’ait rien écrit, ce n’est pas qu’il n’ait pas eu d’énoncés à transmettre (ça Platon l’a fait pour lui) ce qui est déterminant c’est que sa POSITION est beaucoup plus importante que ses pro-positions (les contenus énoncés), le « là d’où il parle » prime sur les formules à transmettre…
Quelle est cette la place si ce n’est celle qui permet de « déchariter » ?

La position de celui qui sait se soustraire au lieu de se mettre en avant ?  

Celui qui s’abstrait de la « fausse activité » médiatique, du blabla, du tintamarre ? Celui dont la position d’énonciation signifie le lieu même de l’inconsistance du grand Autre, l’objet petit a, le noyau extime de la psychanalyse — qui n’est rien d’autre que la condition même de possibilité de la psychanalyse ?

Jacques-Alain Miller est loin d’avoir le talent d’un Žižek, qui a su réitérer le tour de force déjà accompli par Lacan, parler de psychanalyse à un large public, sans en dénaturer la théorie, par la position « impossible » qu’il a accepté de prendre : en prenant le risque d’incarner autant que possible ce moment cartésien du vide qu’est le sujet.

http://www.cdsonline.blog.lemonde.fr


Commentaires  Forum fermé

Christian Dubuis Santini, Pourquoi la psychanalyse n’est pas soluble dans la messe médiatique
vendredi 1er mai 2015 à 11h10 - par  Lorach

Merci de m’avoir éclairé sur l’Illisible Y a de l’illisible dans l’écriture de la psychanalyse Merci de tenter de parler la psychanalyse ( Encore , X 3 )

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