Christian Dubuis-Santini : 1984 c’est maintenant !


Document du jeudi 11 octobre 2018
Article mis à jour le 3 juin 2013
par  P. Valas

-* 1984 c’est maintenant !

Pourquoi il faut défendre la différence sexuelle contre les freaks universitaires adeptes de la Gender Theory…  

1984

Les mots « père » et « mère » ont commencé à être neutralisés en « parent » dans le Code civil.  

Les mots « père » et « mère » ont commencé à être neutralisés en « parent » dans le Code civil, avant, paraît-il, que le mot « race » soit rayé de la Constitution…
En 2008 déjà le parti Socialiste français avait éradiqué du préambule de ses statuts les mots « révolution », ainsi que le syntagme « lutte des classes »…
En faut-il davantage pour identifier le symptôme qui frappe aujourd’hui la classe dirigeante des médiocrates au pouvoir ?

Faut-il être à ce point aveugle et contaminé par l’idéologie hégémonique des Gender Studies ?  

Faut-il être à ce point aveugle et contaminé par l’idéologie hégémonique des Gender Studies (qui est l’idéologie libéral-fasciste par excellence) pour croire que supprimer les mots aura un effet « positif » sur la suppression des choses ? Le syntagme « Ministère du redressement productif » n’avait-il pas déjà une consonance assez Orwellienne pour nous mettre en garde ?

« C’est une belle chose, la destruction des mots. Naturellement, c’est dans les verbes et les adjectifs qu’il y a le plus de déchets, mais il y a des centaines de noms dont on peut aussi se débarrasser. Pas seulement les synonymes, il y a aussi les antonymes. Après tout, quelle raison d’exister y a-t-il pour un mot qui n’est que le contraire d’un autre ? Les mots portent en eux-mêmes leur contraire. Prenez « bon », par exemple. Si vous avez un mot comme « bon » quelle nécessité y a-t-il à avoir un mot comme « mauvais » ? « Inbon » fera tout aussi bien, mieux même, parce qu’il est l’opposé exact de bon, ce que n’est pas l’autre mot. Et si l’on désire un mot plus fort que « bon », quel sens y a-t-il à avoir toute une chaîne de mots vagues et inutiles comme « excellent », « splendide » et tout le reste ? « Plusbon » englobe le sens de tous ces mots, et, si l’on veut un mot encore plus fort, il y a « double-plusbon ». Naturellement, nous employons déjà ces formes, mais dans la version définitive du novlangue, il n’y aura plus rien d’autre. En résumé, la notion complète du bon et du mauvais sera couverte par six mots seulement, en réalité un seul mot. Voyez-vous, Winston, l’originalité de cela ? » (1984)

Le profond illettrisme des médiocrates.  

Le profond illettrisme des médiocrates en place (pseudo-socialistes du gouvernement, personnalités des médias, du spectacle, de la « culture » qui leur sont acoquinées…) pouvait-il déboucher sur autre chose que sur une réduction programmée de la sphère langagière ?

takenabook

Lacan et l’idée heideggerienne de la Geworfenheit…  

Pour prendre le contrepoint absolu de ces considérations « médiatiques », si pour quelqu’un comme Lacan, par exemple, l’ontologie heideggerienne s’est présentée à un moment de sa vie comme un passage obligé — c’était non seulement pour se faire une idée de ce que voulait dire « être » dans la langue du penseur de Meskirch — mais aussi (et j’allais dire surtout) pour essayer de comprendre une autre idée, la fameuse idée heideggerienne de la Geworfenheit…

La Geworfenheit, cette idée de « l’être jeté » là, dans le monde, dans une situation historique concrète et précise, est au bout du compte la seule idée qui permet de dépasser l’impasse de la fausse alternative proposée entre « la théologie » (idéaliste) et « l’humanisme » (matérialiste) : soit l’homme est « déchu » dès son arrivée sur Terre, en exil, venant d’ailleurs, forcément pécheur, soit la Terre, comme le spéculait le jeune Marx, est « le corps inorganique de l’homme », et l’homme devrait se sentir pleinement chez lui à sa surface…

Heidegger est donc le premier à tracer le chemin pour s’extirper de cette délicate situation : et si nous étions effectivement « jetés » là, dans ce monde, mais toujours tiraillés, jamais vraiment chez nous, et que cette « spaltung » était la condition constitutive de notre être, nous donnant notre horizon, fondant ainsi l’ouverture ek-statique de l’homme à ce monde ?

Slavoj Žižek : « Comme Heidegger, dans Sein und Zeit, le précise… »  

Slavoj Žižek : "Comme Heidegger, dans Sein und Zeit, le précise avec insistance, le fait qu’il n’existe pas de Sein (être) sans Dasein (être-le-là) ne signifie PAS que rien ne resterait si le Dasein venait à disparaître.

Les entités continueraient à être, mais ne seraient plus dévoilées au sein d’un horizon de signification - il n’y aurait plus de MONDE.

La raison pour laquelle Heidegger parle de Dasein et non d’homme ou de sujet.   

C’est la raison pour laquelle Heidegger parle de Dasein et non d’homme ou de sujet :

le sujet est EXTÉRIEUR au monde et se relie ensuite à lui, provoquant ce faisant les pseudo-difficultés inhérentes à la correspondance entre nos représentations et le monde externe, l’existence du monde, etc. ; quant à l’homme, il est une entité INTÉRIEURE au monde.

Le Dasein, en contraste avec eux deux, est ce qui entretient un rapport ek-statique aux entités au sein d’un horizon de signification, ce qui est par avance « jeté » dans le monde, au cœur des entités dévoilées.

Reste cependant à poser une question naïve : s’il existe des entités comme le Réel antérieures à la Clairière (Lichtung), comment en fin de compte relier les deux ?

La Lichtung a, d’une manière ou d’une autre, à « faire sauter » la fermeture des entités pures — Schelling ne lutta-t-il pas (sans succès) avec cette difficulté ultime dans les premières ébauches de ses Âges du monde (Weltalter) qui entendaient déployer l’émergence du Logos hors du Réel protocosmique des pulsions divines ?

Si le danger de la technologie résidait en CECI :   

Et si par ailleurs, le danger de la technologie résidait en CECI : dans le fait que le monde lui-même, son ouverture, disparaisse, que nous retournions à la muette existence préhumaine propres aux entités dépourvues de Lichung ?« Pour en revenir au mariage homosexuel, si accorder les mêmes droits civils aux couples c’est une chose, c’en est une autre que de s’engager dans la suppression de mots, il n’existe effectivement pas de »nature des choses« , nous sommes déjà constitutionnellement »dénaturés" par le langage, notre corps lui-même étant intégralement colonisé par le signifiant…

Mu

La vérité fait structure de tout discours ; croire en la politique, c’est croire qu’il existe effectivement une vérité universelle, mais qui n’est accessible, en tant que telle, que d’un point de vue engagé, c’est à dire pour un sujet qui a pris partie… Il n’y a pas d’autre universalité que l’universalité de combat.

La politique véritable peut-elle viser autre chose qu’un universel ?  

L’arrivée d’un slogan aussi faussement universel que le fameux « Mariage pour tous ! » (cf. http://cdsonline.blog.lemonde.fr/20...) est directement imputable au rôle prépondérant joué par les Cultural Studies dans les formations (dés)information(s) de l’opinion occidentale, massivement abreuvée par les médias charriant l’idéologie (déniée) de la « fin des idéologies » qui sous-tend le néolibéralisme hégémonique des sociétés occidentales post-politiques…

La Gender Theory (théorie des genres), dominante dans les universités américaines.  

Son fer de lance, la Gender Theory (théorie des genres), dominante dans les universités américaines — et in fine dans l’Université tout court — s’origine sur ce que les anglo-saxons ont appelé French Theory (incluant les travaux de Foucault, Derrida, Deleuze, Levi-Strauss, Althusser, Baudrillard, etc. jusqu’à… Lacan ! ) pour accoucher d’une argumentation fine et détaillée sur la différence qu’il faut faire entre :
- la dimension faussement « destinale » du SEXE en tant qu’anatomique, « biologique » : homme / femme)

  • et la construction sociale du GENRE en tant que discursive, culturelle : masculin / féminin…

Marketing

La reflexion fallacieuse.  

Cette réflexion, fallacieusement présentée comme d’origine « psychanalytique » et « marxiste » en trahit en vérité doublement les (prétendus) fondements théoriques par :

1/ la méconnaissance de la pensée freudo-lacanienne dans son essence, et donc dans son radical antagonisme aux présupposés philosophiques courants et
2/ et une approximation opportuniste de la pensée marxienne, qui ne prend pas en compte le dernier Marx, et notamment sa redéfinition du prolétariat dans son rôle d’agent historique…

L’erreur de perspective.  

Cette erreur de perspective est suffisamment fréquente pour être devenue la norme, les tenants du discours universitaire s’avérant incapables de saisir l’écart fondamental entre la philosophie et la psychanalyse sur la « différence sexuelle ».

« Sens et non-sens »  

Ainsi, l’homme, l’être, l’individu, la personne, le da-sein, le sujet… ce sont des mots qui définissent un certain horizon de sens. Et de non-sens.

  • Dans la tradition philosophique pré-lacanienne, ce qui s’appelle sujet (cf L’herméneutique du sujet de Foucault) n’est pas en soi sexualisé, la sexualisation c’est quelque chose qui se passe au niveau empirique, contingent, il y aurait ainsi d’abord un sujet, et ensuite sa sexualisation…
  • Dans la théorie psychanalytique, c’est l’inverse, c’est la sexuation qui est la condition formelle a priori de la constitution d’un sujet, raison (entre autres) pour laquelle le sujet de l’inconscient, le sujet de la psychanalyse, est un sujet divisé, un sujet clivé, un sujet barré, inconsistant, qui se note $.

La différence sexuelle thématisée par Lacan et le « Parlêtre ».  

La différence sexuelle thématisée par Lacan, avec son inéluctable sexuation des « parlêtres » ne peut donc jamais coïncider avec la problématique déconstructionniste de la « constitution sociale du genre », un gouffre séparant les deux approches…

Lorsque Lacan dit que la différence sexuelle est « réelle » il ne DIT PAS que si vous n’occupez pas la place qui vous est attribuée par l’ordre hétérosexuel en tant qu’un « homme » ou en tant qu’une « femme », vous êtes exclu du domaine symbolique, il dit qu’IL N’Y A PAS DE NORME SEXUELLE.
La différence sexuelle est « réelle », cela veut dire qu’elle est IMPOSSIBLE.
Impossible à dire, impossible à formuler, impossible à exprimer en éléments de la chaîne signifiante, impossible à articuler.
Définitivement.

IL N’Y A PAS DE NORME SEXUELLE.  

Impossible

Les tenants de la Gender Theory ne veulent rien savoir du sujet de la psychanalyse.  

Les tenants de la Gender Theory ne veulent rien savoir du sujet de la psychanalyse. (noté $) qui est irréductible définitivement aux histoires qu’il peut se raconter sur lui-même ou sur le monde, car c’est un « vide », ce moment cartésien du vide qui constitue l’angoissante promesse de notre possible liberté…

Pour mieux saisir la dimension idéologique de l’affaire, l’idéologie de la fin des idéologies, et donc l’idéologie la plus insidieuse qui soit, il suffit de se souvenir avec Lacan (« Le collectif n’est rien d’autre que le sujet de l’individuel ») que la lutte des classes est une transposition au plan collectif de la différence sexuelle au niveau individuel, les « classes » ne pré-existent pas à la « lutte des classes », c’est l’engagement du sujet dans la lutte qui crée les classes. C’est un effet de la performativité rétroactive du signifiant, propre à la théorie psychanalytique ET à la dialectique de Hegel. J’avais essayé de l’aborder ici :

http://cdsonline.blog.lemonde.fr/20....

Propagande

Les Gender Studies représentent la forme contemporaine la plus avancée du Discours Universitaire.  

Les Gender Studies représentent la forme contemporaine la plus avancée du Discours Universitaire (au sens lacanien) l’agent en est fondamentalement désengagé, il se pose lui-même comme un exécutant de « Lois Objectives », observateur s’effaçant lui-même en tant que sujet de l’énonciation, devant un Savoir Neutre (en termes cliniques, sa position est proche de celle du pervers).

Sous le masque du sentimentalisme, de la « tolérance », de la bien-pensance « égalitariste »… C’est vraiment 1984.  

La finalité du Discours de l’Université (discours scientifique) est d’exclure le $ujet divisé, le $ujet qui souffre, le $ujet qui parle, tout ça au service du Bien, voilà pourquoi je parle de l’idéologie libéral-fasciste qui sous-tend le Discours Capitaliste, c’est la menace qui avance sous le masque du sentimentalisme, de la « tolérance », de la bien-pensance « égalitariste »… C’est vraiment 1984.

Souriez, votre écran vous regarde ! :)  

Christian Dubuis Santini


Navigation

Articles de la rubrique