Bernard Nominé , de Richard de Saint Victor et du nœud borroméen.


Document du samedi 21 novembre 2015
Article mis à jour le 13 octobre 2013
par  P. Valas

De Richard de Saint Victor et du nœud borroméen.  

Bernard NOMINE

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B.Nominé : de Richard de Saint Victor et du noeud borroméen

Je me suis essayé à lire de façon lacanienne le De Trinitate de Richard de St Victor, référence de Lacan et j’ai été frappé par la logique de ce traité de théologie. Quand on lit Richard de Saint Victor on s’aperçoit que, pour lui, Dieu, c’est la logique même. Richard de Saint-Victor s’efforce de faire rentrer tout le réel de la condition humaine et le réel des questions métaphysiques que cela suppose dans une écriture logique qu’il veut d’une esthétique parfaite.

Cette esthétique parfaite répond à une logique ternaire. Il s’agit de démontrer que la divinité comporte trois personnes, chacune distincte des 2 autres et qu’il ne peut pas y avoir de quatrième personne.

Chaque personne est définie selon deux conditions qui se réfèrent à son être :R avoir reçu l’être (procéder) et D donner l’être (être cause ou engendrer).

Le Père est défini par le fait de ne procéder de personne mais d’être cause, d’engendrer. [R-, D+]

Le Fils est défini par le fait de procéder du Père et d’engendrer l’Esprit : [R+, D+]

Enfin l’Esprit est défini comme procédant du Père et du Fils, mais n’engendrant personne : [R+, D-]

Théoriquement dans ce tableau à double entrée, il reste une possibilité, c’est la personne qui répondrait au critère [R-, D-]. Or Richard de Saint Victor nous démontre qu’aucun personnage ne peut répondre à ce critère qui voudrait que l’un ne procède de personne et n’ait engendré personne. Pour deux raisons : tout d’abord il ne doit exister qu’une seule personne qui ne procède d’aucune autre, mais en plus, « si cette personne qui ne vient pas d’une autre n’était le principe d’aucune autre, elle demeurerait à tout jamais solitaire ».[1]

Ce que nous dit Saint Victor peut s’inscrire dans un tableau.

Nominé tableau A

R D

P - +

F + +

E + -

X - -

Pour nous convaincre de l’inutilité et même de l’impossibilité du quatre, Richard de Saint Victor reprend sa démonstration sur un autre versant. Il part du fait que dans la constitution de la trinité divine, chaque personnage doit être distinct des deux autres. Un seul doit avoir la propriété de donner sans recevoir (le Père), symétriquement, un seul doit avoir la propriété de recevoir sans donner (l’Esprit). Entre les deux il y a le personnage intermédiaire qui, à la fois, reçoit et donne (le fils).

On peut écrire ces trois pôles distincts de la Trinité, version Saint Victor dans un graphe, avec des parcours orientés. Cela donne ceci :

Nominé graphe B

P F

E

Mais pourquoi, se demande Saint Victor, n’y aurait-il pas plusieurs personnages intermédiaires ? Ne pourrait-il pas y avoir dans la divinité plurielle un fils, F1 et un petit fils, F2 par exemple ? Eh bien tout simplement parce que l’on ne pourrait pas dire que chacun des personnages ait un caractère différent. En effet F1 et F2 auraient tous deux la même propriété d’avoir reçu l’être et de le donner.

Dans la séquence entre le Père et le Fils il y a équivalence sur un terme et différence sur l’autre : le Père donne sans recevoir D+,R-, le fils donne aussi mais il reçoit D+,R+. Dans la séquence entre le Fils et l’Esprit il en va de même : équivalence sur un terme différence sur l’autre ; le Fils reçoit et donne R+, D+, l’Esprit reçoit mais ne donne pas R+,D-. Si l’on imagine un petit fils, l’ordre de cette belle série sera troublé, en effet entre le Fils F1 et le petit fils F2, il y aura équivalence sur les deux termes R+, D+ pour les deux. « Vous voyez comment le redoublement d’une même propriété bouleverse la proportion et amoindrit la beauté de l’ordre. »[2]

D’où la conclusion : pas question d’un quatrième dans cette sublime trinité où règne « la beauté de l’ordre ». Lacan n’a pas manqué de remarquer le paradoxe qu’il y a à souligner cette exigence du beau dans la Trinité. Ce qui importe, c’est le beau et pas le vrai. « C’est tout de même curieux que ce soit par cette voie, non pas du vrai, mais du beau, que se soit pour la première fois manifesté le dogme de la Trinité divine »[3].

La Trinité c’est donc trois noms qui viennent dans la continuité de la tradition juive à la place où le nom de Dieu est imprononçable. Ce qui mérite d’être souligné, c’est que ce dogme de la Trinité ne s’appuie sur aucun mythe. La religion catholique n’a pas besoin de l’illustrer par une petite histoire. Ce qui constitue la Trinité n’est qu’un rapport logique entre trois pôles d’un triangle, c’est-à-dire trois noms.

Ceci n’a pas manqué d’être illustré par un diagramme connu sous le nom de scutum fidei.

Trinité 1

Mais on peut également trouver une écriture qui aurait ravi Lacan, elle date du XIII siècle et on en pouvait voir la trace directement jusqu’en 1940 dans la Cathédrale de Chartres. Suite à un incendie pendant la dernière guerre, ce document a disparu. Cependant on peut en retrouver facilement des copies dans des traités d’iconographie chrétienne. L’exemplaire reproduit ici est extrait du traité d’iconographie chrétienne de Mgr Barbier de Montault, nouvelle édition de 1898 édité par la société de librairie ecclésiastique et religieuse Paris, 13 rue Delambre. C’est au tome II et c’est consultable sur Internet.

trinité borro 2

C’est assez émouvant de retrouver dans ces traités la trace d’une recherche d’écriture logique pour cerner le trou du symbolique. Ce qui ne peut se faire, depuis des siècles, que par l’usage du trois dont Lacan nous dit que c’est le réel.[4] Les noms du père sont trois, c’est un réel, c’est le réel du nœud. Il y a certainement des conséquences cliniques à en tirer quant à la théorie de la forclusion par exemple.

[1] Richard de Saint Victor, La Trinité p.333 Editions du Cerf.

[2] Ibid 341.

[3] Lacan. Les non-dupes errent, 12 mars 74.

[4] Dans la séance du 15 janvier 1974 du séminaire les non dupes errent.

Richard de Saint Victor   

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Dieu borroméen ?

Des anneaux de Borromée Dans l’iconographie chrétienne.  

Le mystère de la Trinité chrétienne est exprimée dans le Credo d’Athanase : nous adorons un seul Dieu dans la Trinité et la Trinité dans l’unité, ni confondre les personnes ni diviser la substance. Tenter de décrire cette nature trinitaire sans prêter le flanc aux attaques du polythéisme était problématique, et les symboles géométriques est devenu populaire. Le triangle équilatéral composé de trois parties égales, également jointes, a été utilisé comme un symbole au début de la Trinité. Il a souvent été inscrit dans un cercle, un symbole utilisé pour se présenter à Dieu pendant de nombreux siècles. Pour les Grecs, le cercle symbolise la perfection, sa forme sans fin encapsule égalemen de
l’éternité.

Dieu noeud borroméen 1

Aujourd’hui, les anneaux de Borromée sont couramment utilisés comme un symbole de la Trinité. La première source de ce que nous sommes conscients de était un manuscrit du XIIIe siècle à la Bibliothèque municipale de Chartres. Il contenait quatre schémas, dont l’un est illustré ci-dessus. Au centre, à l’intérieur de tous les cercles, c’est le mot ’Unitas’, les trois syllabes de `tri-ni-tas » sont distribués dans les secteurs extérieurs. Malheureusement, le manuscrit a été détruit dans un incendie en 1944. L’exemplaire présenté ici a été reproduite dans un manuel de l’iconographie chrétienne [Didron-Didron], ainsi que des descriptions des trois autres. Les étiquettes de ces autres chiffres sont présentés ci-dessous.Ils sont les suivants :

`Dieu, c’est la vie » entouré par `Père ’,’ Fils ’et` Esprit Saint » ;

 : Dieu est « entouré` Word ’,’ Light ’et’ Life ’ ;

les phrases `Trinitas Unitate » (trois en un) et `Unitas Trinitate » (un sur trois) répartis sur le diagramme.

Trinitas 2

Cercles Dans l’iconographie chrétienne  

L’association des anneaux avec la Trinité peut être retracée à Saint Augustin d’Hippone (354-430). Dans son ouvrage De Trinitate [ix, 5, 7], il a décrit comment les trois anneaux d’or pourraient être trois anneaux, mais d’une substance.
Un schéma dans le Dialogi Contra Iudaeos (Dialogues contre les Juifs) par Petrus Alfonsi (1062-1110) a trois cercles reliés dans un triangle [Tolan]. Alfonsi est un personnage intéressant. Elevé comme un Juif dans la partie musulmane de l’Espagne, il s’est converti au christianisme et a émigré en Aragon, en Angleterre et en France. Il a fait ses études en arabe et en hébreu et s’est intéressé à la science, en particulier l’astronomie. Initialement appelé Moïse, il prit le nom de Peter lors de son baptême en 1106. Peu de temps après il a écrit les dialogues, qui prennent la forme d’une discussion entre Moïse et Peter, pour montrer que sa religion adoptée était compatible avec la raison et la philosophie naturelle.

Dieu borroméen 3

Dans le sixième dialogue il a discuté de la Trinité. Le nom sacré de Dieu a été écrit avec des consonnes seul dans l’alphabet hébreu : Yod, He, Vav, He. Comme il était interdit de prononcer le nom, on ne sait pas ce que les voyelles sont omises. Expansions communes sont Yahvé et Jehova. Alfonsi, écrit le tétragramme comme IEVE, divisée pour produire les noms des trois personnes : IE, EV et VE. Ceux-ci sont écrites dans son schéma.
Joachim de Flore (1132-1202) a pris la scission du nom sacré de Alfonsi, et arrangé les étiquettes sur une conception de trois cercles entrelacés. Les anneaux de composants sont réellement topologiquement équivalent à l’autre, même si cela n’est pas évident dans la figure de Joachim. Il est plus évident lorsque le lien est redessiné comme un schéma symétrique :

Dieu borroméen 4

Il est suggéré dans [Reeves …] que cette image de Dieu comme trois anneaux entrelacés inspiré Dante Alighieri (1265-1321). À l’apogée de sa Divina Commedia , il révèle une vision de Dieu : [Dante, Paradiso, § 33, 115-120]
Ne la profonda e Chiara sussistenza de l’alto lume parvermi tre giri I Tre Colori e d’una contenenza, e l’ONU da l’altro venir iri iri da parea reflesso, e’l terzo parea foco che Quinci e quindi
Dans la subsistance profond et brillant de la lumière élevée m’apparut trois cercles de trois couleurs et une grandeur ; et ne semblait réfléchie par l’autre, comme arc-en-ciel par le troisième feu semblait exhalait aussi de l’un et l’autre.
igualmente si Spiri.
Une interprétation médiévale de l’arc en ciel a jugé qu’il était composé de trois couleurs fondamentales : rouge, vert et bleu. Reeves et Hirsch-Reich suggèrent que Dante a vu le rouge, vert et bleu de trois cercles de Joachim comme irisé, chacune reflète dans les autres, en vue de rendre un arc en ciel apparaissant comme trois [Reeves …]. Dante nécessaire d’être prudent ici que Joachim avait été condamné par le concile de Latran IV (1215) pour donner les cercles de couleurs différentes et donc les rend inégaux.
Avec cette progression dans la bonne direction, il n’est pas surprenant de constater que les anneaux de Borromée apparaissent finalement comme un symbole de la Trinité.

Références  

Dante, La Divine Comédie : Paradiso , vol 1 (en italien avec traduction anglaise par CS Singleton), Bollingen Series, Princeton Univ. Press, 1975.
Y. Delaporte, Les Manuscrits enluminés de la Bibliothèque de Chartres, Chartres, 1929.
M. Didron, Iconographie Chrétienne , Imprimerie Royale, Paris, 1843.
M. Didron et AN Didron, iconographie chrétienne, ou l’histoire de l’art chrétien au Moyen Age , George Bell and Sons, London, 1886.
M. Reeves et B. Hirsch-Reich, La Figurae de Joachim de Fiore , Clarendon Press, Oxford, 1972.
J. Tolan, Petrus Alfonsi et ses lecteurs médiévaux , University Press of Florida, 1993.


Commentaires  forum ferme

Bernard Nominé , de Richard de Saint Victor et du nœud borroméen.
dimanche 13 octobre 2013 à 22h19 - par  laura arbós simó

Lacan tenia un germà que havia estudiat teologia, no ? Del qual va aprendre un munt de qüestions, cert ?
Potser el seu germà desconeixia l’existència de la iconografia però potser no el seu sentit ……
Lacan sempre em fa l’efecte d’actuar a la manera de PIcasso….

mercredi 24 février 2016 à 10h44 - par  Francine Godin

Cher M. Valas, mon désigné passeur par Internet ?

Je vous trouve toujours génial, je n’y comprends rien, je m’éclate, tout en sachant que c’est vrai, et que meme si c’était faux, je vous inventerais, soit pour vous éventrer, soit pour vous dilapider.
Soyons sérieux. Un tel niveau de génie (je pese mes mots), mérite de se distraire un peu. Allez au channel de Céline Dion pour écouter I Knew I love you, before I met you….From Québec with love « Francine Godin, passeur en extension et en intention »

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