Annie Amsellem — La Torah - Le Midrash


Document du vendredi 24 avril 2009
Article mis à jour le 20 mai 2012
par  Annie Amsellem

Lacan qualifiait les juifs « de ne pas faillir au séisme de la vérité ». Freud le démontre. Fidèle à la tradition juive de la lettre il a pu inventer la psychanalyse. Il sait lire, c’est-à-dire « que de la lettre il prend distance de sa parole, trouvant là l’intervalle, juste à y jouer d’une interprétation ».

La Torah - Le Midrash


 

« L’ancien testament » comprend 39 livres. Ceux qui ouvrent la Bible et qu’on appelle depuis le 2e s. « pentateuchos biblios » c’est-à-dire un étui contenant 5 rouleaux soit 1/5 de la Torah. C’est une littérature.

La Torah signifie « enseignement, direction », une orale et une écrite.

Y est contenu le récit des plus anciens événements de l’histoire du peuple d’Israël. Abraham, le père dans lequel tous les descendants étaient déjà présents et Moïse, en recevant le premier la révélation, sont les 2 figures porteurs d’expériences et de croyances dont ils n’étaient pas les auteurs mais les inspirateurs.

L’autorité prit alors la forme d’un livre. La codification de la loi fait de la Torah une science.

Participer à cette littérature, c’est entrer dans l’histoire comme unité et finalité.

La pensée biblique pourrait se définir comme ceci :

L’homme arraché aux cultes des idoles, libéré des servitudes magiques est mis en position de devenir le maître d’un monde purgé de ces maléfices, soumis au dieu unique. Sorcellerie et magie sont exclues de ce monde, car elles font écran à la volonté de Dieu que l’homme doit servir seul.

La Torah orale aurait consisté en interprétations détaillées des préceptes souvent laconiques du Pentateuque et qui aurait fixé avec précisions les modalités d’application.

Cette authentique interprétation aurait été communiquée par le verbe à la communauté d’Israël et transmise par la bouche, d’où son nom en hébreu de Torah « qui est sur la bouche » de maîtres à élèves, de générations en générations avant être consignée dans la Mishna au 3e s. et pour faciliter l’étude de la Torah.

Cette compilation, appelée Mishna, du verbe chana=répéter, désigne l’enseignement oral qui s’inculque par voix de répétitions. Elle est constituée de 6 parties ou ordres, 63 traités divisés en 523 chapitres.

La Torah orale s’est gonflée au cours des siècles de l’apport des rabbins qui ont utilisé les règles de l’herméneutique pour nouer le texte aux prescriptions orales ou pour en déduire de nouveaux enseignements qu’imposaient les nécessités de l’époque.

Si la tradition doit être conservée et transmise, ce qui est sa raison d’être, on ne pouvait pas ne pas recourir au moyen le plus adéquat de transmission et de conservation qu’est l’écriture. L’enseignement s’est étendu à la lecture dans les écoles, académies et sanctuaires. Israël n’a jamais été esclave du document écrit même le Décalogue que l’on considérait comme « écrit de la main de Dieu » a subi des variations dont 2 versions (Exode 20 et Deutéronome 5) en sont le signe patent.

Les traditions orales et les discussions entre les docteurs et enseignants ont donc été consignés dans la Mishna publiée vers 200. Elle a été complétée et commentée dans les académies de Terre Sainte et de Babylonie qui ont produit 2 Talmuds (ou étude, science), celui de Jérusalem et de Babylone.

Ce dernier s’est achevé vers 500.

Le premier Temple fut construit par Salomon, fils de David et détruit par Nabuchodonosor en 586 av. J.C. Ce temple est réduit en ruines, son culte est supprimé et la nation emmenée en captivité à Babylone.

Dès lors que le sanctuaire n’existait plus et que le peuple transplanté se trouvait à subir de puissantes influences étrangères, il faut conjurer l’extinction. C’est donc l’institution de la synagogue. On s’y réunit pour lire et expliquer les Écritures. Pour la lecture et l’étude privée, le désir se manifeste de disposer de ces matériaux.

C’est pour répondre à ces besoins que s’est créée la branche de la littérature rabbinique qu’on nomme « midrashim ».

Le Midrash du verbe hébreu darash=chercher, scruter ; signifie déduire, interpréter les idées qu’une étude approfondie du texte peut élucider.

Ce procédé déductif a un nom « midrash ».

Il n’est autre que le système d’interprétation employé tout au long de la littérature rabbinique.

C’est un élément de la littérature post-biblique regroupant exégèse, interprétations poétiques et commentaires.

On recense 4 méthodes d’exégèse pour l’étude du verset :
— Interprétation littérale/simple
— Allusion/explication allégorique
— Exposition/commentaire homilétique
— Mystère/enseignement ésotérique

Il y a 11 synonymes pour le mot loi : enseignement, ordre, équité, norme, loi, parole révélée, verbe, témoignage, voix, jugement, ordonnance, décret.

Dans le judaïsme qui ne connaît aucune instance suprême, ni aucun magistère doctrinal, qui détient l’autorité ?

Le judaïsme a conservé son unité parce que dans chaque génération, un ou plusieurs Sages sont apparus qui ont forcés le respect par leurs vies et leur science. Le judaïsme recherche le consensus pour respecter la diversité et la pratique.

Radiophonie 8 avril 1970 — Questions IV — in Autres Écrits, Éditions du Seuil, p. 428.


Commentaires

Annie Amsellem — La Torah - Le Midrash
samedi 17 décembre 2011 à 10h37 - par  Jean-Pierre P. Edberg

Superbe texte, mille mercis, à deux observations près :
« Ancien testament », écrivez-vous, c’est la façon de désigner nos « Ecritures » depuis les Grecs.
1/5o dites-vous de la Torah proprement dite, les cinq rouleaux de Moïse, mais ce sont les 5/5o de la Torah pour le dire comme le Rabbi (de Loubavitch) !
Et dès après la venue de Machiah tous les autres livres disparaîtront !
Bien à vous, et à Patrick Valas, et Grand merci !
Jean-Pierre P. Edberg

Site web : Jean-Pierre Edberg
Annie Amsellem — La Torah - Le Midrash
samedi 17 décembre 2011 à 10h32 - par  Marc Bonnet

Texte un peu étrange dans certaines de ces articulations mais qui donne envie de travailler. Juste une réflexion autour de la Loi, que nous bafouons tous les jours si j’en crois Lacan et de nous proposer l’élaboration d’une Érotique face á son impossible, elle est écrite en hébreux soit uniquement avec des consonnes d’oú la possibilité d’un certain « jeu », par l’apport des voyelles, que l’on appelle « interprétation ». Mon articulation est -elle valable ? Ce qui nous donnerait une loi qui laisse á désirer.

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